CHAPITRE XI
par don Pedro de Vargas Maldonado, alors gouverneur de la ville. Elle sert à donner l'investiture aux gouverneurs nouveaux.
Ce n'est pas d'hier que fleurit à Ceuta le culte de Marie. En 542, peu après que Bélisaire eut reconquis l'Afrique sur les Vandales, le préfet grec Salomon bâtit à Septa, en l'honneur de la Mère de Dieu, une église, monument de la piété de l'empereur Justinien.
Nous nous retirâmes , emportant comme souvenir l'image de Notre-Dame d'Afrique, imprimée sur un voile de soie bleue , que nous offrit le chapelain ; et William, à la pensée de la terre barbare de l'Afrique, que nous foulions eu ce moment, écrivit au bas d'une autre gravure ces vers de Manzoni :
In che lande selvaggie , oltre quai mari , Di si barbaro nome, flor si coglie Che non conosca de' tuoi miti altari Le benedette soglie?
Nelle paure délia veglia bruna, Te noma il fanciulletto; a te tremante , Quando ingrossa ruggendo la fortuna , Ricorre il navigante.
« En quelles landes sauvages, au delà de quelle mer, si barbare qu'en soit le nom, se cueille-t-il une fleur qui ne connaisse pas les gradins bénis de tes doux autels?
« Dans les peurs de la nuit sombre, le petit enfant t'appelle; et quand la tempête se lève en rugissant , le navigateur trem blant recourt à toi. »
Une heure fut consacrée à visiter l'église profanée de Saint-Jean-de-Dieu, devenue magasin à fourrage;
puis les hauts remparts , auxquels ce grand saint travailla comme manœuvre , et où le poëte portugais Gamoëns, Fauteur des Lusiades, perdit un œil en combattant contre les Maures. Avant de quitter Geuta , le moins triste des quatre presidios , ou forteresses-prisons, que l'Espagne possède sur cette côte du Maroc, nous fîmes l'ascension de l'acho, c'est-à-dire du sommet de la colonne d'Hercule, où s'élèvent la citndelle et la vigie de Geuta.
La vue est plus belle encore, à mon avis, que de l'acho de Gibraltar. On voit presque aussi nettement que de ce dernier point les montagnes de Ronda ; mais tout le détroit se découvre avec une clarté merveilleuse; on croirait avoir sous les yeux une de ces cartes géographiques en relief, où l'on embrasse d'un coup d'œil une vaste contrée prise à vol d'oiseau ; et puis, mieux qu'à Gibraltar, on a les plans rapprochés de chaînes imposantes : c'est, à gauche, le sinistre contre-fort du Rif, auprès deTétouan; à droite, l'abrupte montagne des Singes; en face, les cimes de la sierra Rullonès, qui s'élèvent comme une barrière sauvage, infranchissable, pareille à celle que ce pays oppose à la civilisation. Et tous ces tableaux sont dessinés sur un ciel d'azur ou de feu, avec une vivacité de Irait, une immobilité de formes qu'on n'observe qu'au sein des atmosphères chaudes et lumineuses, comme celles d'Afrique et d'Orient.
Le panache de fumée du navire qui devait nous ramener à Gibraltar se distinguait à peine, el à l'aide dos lunettes d'approche de !a vigie, vers le dap Nègre.