‹ L'Espagne, orné de quatre gravures d'après M. Gustave DoréChapitre 141 sur 174 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

son Eglise. J'y suis arrivée par la simple observation du culte catholique et des mœurs religieuses en Espagne.

« — Pour ceux qui recherchent sincèrement la vérité, Clara, tous les chemins mènent à Rome.

« — Vous le savez, mon père était planteur en Virginie. Une catastrophe, qui laissait son honneur parfaitement intact, ruina sa fortune. Il en recueillit quelques débris à peine, et il émigra, pour la refaire, dans les solitudes de l'Arkansas, sur la lisière de Green-Wood (la Forêt-Verte) où nous ne voyions plus que de rares voyageurs et quelques missionnaires de passage, se rendant au milieu des tribus indiennes. Ma mère, déjà frappée au cœur, ne put s'accoutumer à la tristesse de notre pauvre demeure, du log-house autour duquel, la nuit, rôdaient en rugissant les animaux féroces. Elle succomba, et sa mort fut pour moi un coup terrible. J'ai pu sourire encore, William, depuis cette époque; mais la joie s'est envolée de mon ca?ur, et le rire de mes lèvres. Mon père vit bien que le mal me consumait; il ne voulait pas d'ailleurs se contenter de l'éducation imparfaite que j'avais reçue à Richmond. Quoiqu'il m'aimât tendrement, il m'obligea à me séparer de lui pour venir ici , auprès de son frère, qui a pour moi des sentiments paternels. J'y suis depuis cinq ans , et j'ai vécu en Espagne ces deux dernières années.

« — Mais dans quelles circonstances la grâce de Dieu, chère cousine, a-t-elle donc éclairé votre esprit et touché votre cœur?

« — Le monde où j'ai vécu n'était guère composé que d'Anglais protestants. Mais j'ai rencontré parfois des convertis et des converties du protestantisme à la vraie foi, et nous étions en contact avec les populations et la société espagnoles.

« — 11 me semble que cette dernière circonstance n'avait rien de favorable à votre propre conversion ; car les protestants, presque sans exception, haïssent, méprisent le caractère religieux des Espagnols; ils travestissent et bafouent leurs usages et leurs croyances; or vous deviez vous trouver naturellement sous l'influence de ces discours et de ces préjugés?

« — Il est vrai, William; mais je sentais dans le secret de ma conscience la fausseté et l'injustice des jugements portés par mes coreligionnaires. La nature protestait en moi contre le protestantisme, et donnait raison à la religion de l'Espagne. D'abord j'hésitais à écouter cette voix intérieure; car je savais qu'en nous la nature a été viciée. Je ne tardai pas cependant à distinguer, dans la plupart des circonstances, la voix de la nature demeurée droite et saine et la voix de la nature corrompue. Les jugements portés par la première laissaient mon âme dans la plénitude de la paix, dans le repos de la certitude, dans la joie de la charité; rien ne me disait ensuite : Tu as tort contre Dieu, et tu prends le parti du mal. Et je comprends maintenant que la grâce agissait alors en moi. Les appréciations émanées de l'autre source étaient accompagnées d'aigreur et de sarcasme; elles ne détruisaient pas le doute au fond de mon esprit, et elles y

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