‹ L'Espagne, orné de quatre gravures d'après M. Gustave DoréChapitre 142 sur 174 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

semaient l'inquiétude; la langue parlait, le cœur n'approuvait pas; elle parlait au nom de la pureté des doctrines et des saintes Écritures; mais l'accent de ma prétendue dévotion avait quelque chose de faux à l'oreille, et l'Écriture mal comprise semblait s'élever contre Dieu, qui prononce aussi par la conscience.

« — Oh! Clara, ce n'est pas votre confession que vous faites, c'est la mienne.

« — La première fois que la nature condamna en moi le protestantisme, c'était auprès du cercueil d'une amie protestante. Éclatante de jeunesse et de beauté, mais trop attachée aux plaisirs du monde, dont elle effeuillait les roses tout en veillant sur son cœur, elle avait été surprise par la mort sans penser que le Seigneur était proche ; le Seigneur, qu'elle ne voulait pas offenser, mais que -peut-être elle n'avait point assez servi et aimé. Aussi sa mère était Là, plongée dans un morne désespoir; elle voulait croire au salut de sa fille, et ne pouvait pas en conserver l'espérance. Le paradis ! Sa fille n'était pas une sainte; elle ne pouvait donc pas y entrer. L'enfer! oh! l'enfer pour cette enfant presque innocente!... Et cette pauvre âme de mère était ainsi agitée entre l'enfer et le ciel ! Que pouvais-je dire, William? je tremblais moi-même pour le sort éternel de mon amie. Mais près de nous, sous son voile noir, priait une femme , une pieuse Espagnole, liée d'amitié à cette mère désolée. Il nous était défendu, à nous, de prier pour la défunte.

« — Ayez courage, dit la pieuse dame.

« — Je ne puis avoir de courage , répondit la mère toute tremblante ; je n'ai pas l'espérance.

« — J'espère et je prie, moi, reprit l'Espagnole; votre enfant est en purgatoire.

« — Oh ! dit la mère en se levant avec un long soupir, si cela pouvait être! » Et elle se retira, étouffée par les sanglots.

« — Vous entendez, William : Oh! si cela pouvait être! Cette parole, prononcée avec un accent indéfinissable, me pénétra comme un glaive, et porta ma pensée sur ma mère à la fois et sur mon amie. En ce moment j'ouïs la voix intérieure qui me disait : Gela peut être ; et l'espérance et la charité me répétaient tout bas : Gela est. Comme le dogme du purgatoire, enseigné par l'Eglise, nié par le protestantisme, est conforme à la raison, à la nature! et qu'il est doux de pouvoir, avec l'Eglise, espérer du salut même de pécheurs qui n'ont pas donné, avant la mort, toutes les marques extérieures et désirables de conversion; de pouvoir, avec elle, ouvrir les portes du ciel aux âmes demeurées protestantes par une ignorance et une bonne foi invincibles, mais qu'au dernier jour le Seigneur ne trouve pas perdues par le péché mortel !

« — Assurément, dit William, il répugne à la raison de croire que la moindre tache damne éternellement, ou que l'âme qui est encore souillée, qui n'a point expié entièrement ses fautes, entre néanmoins au ciel sans passer par une purification. Et c'est pourtant ce que nous avait enseigné le protestantisme en niant le purgatoire!

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