‹ L'Espagne, orné de quatre gravures d'après M. Gustave DoréChapitre 15 sur 174 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

samment à ia formation des royaumes chrétiens d'Espagne. Par ses services, sa bravoure, sa loyauté, ses souffrances, ses victoires, il est devenu le modèle des chevaliers chrétiens dans l'imagination du peuple espagnol , qui chargea peu à peu son histoire d'ornements romanesques.

Sans cesse en campagne, il reçut le surnom de Campeador; et celui de Cid lui vient du mot arabe sidi, monseigneur, parce que les prisonniers faits sur les Maures et les députés de cette nation lui donnaient ce titre d'honneur. Il conquit, pour Ferdinand Ier, le royaume de Saragosse sur l'émir El-Moktader; et sa redoutable épée continua de flamboyer dans les batailles, sous le règne de Sanche, fils de Ferdinand. Sanche fut assassiné au siège de Zamora, et l'on soupçonna son frère , Alphonse VI , d'avoir trempé dans ce crime. Les ricos-hombres ou riches-hommes, c'est ainsi qu'on appelait les anciens seigneurs castillans, n'osaient lui demander de s'en laver par un serment, comme il le fallait pour l'honneur de la couronne; mais le Cid l'exigea du prince, avant de lui rendre hommage.

« Je le veux bien; demain je jurerai, dit Alphonse; mais aujourd'hui je désire savoir qui a pensé à m'imposer un tel serment?

— Moi , répond le Cid.

— Vous, don Rodrigue! ne songez- vous donc pas que demain vous devez être mon sujet?

— Je ne le suis pas encore aujourd'hui , et j'y songerai quand vous serez roi. »

Le serment futprononcé dans l'église Santa- Agueda, que nous avions visitée le matin.

« Dans Sainte -Gadée de Burgos, dit le Romancero, où les gentilshommes prêtent hommage lige , là Rodrigue exige le serment du nouveau roi de Gastille.

« Serment si terrible, qu'il imprimait la terreur à tous. Il se prêtait sur un épieu de fer et une arbalète de bois.

« Que des vilains te tuent, Alphonse! des vilains, et non des chevaliers; que les Asturiens d'Oviedo te tuent, non des Castillans!

« Qu'ils te tuent avec des épieux, non avec des lances ou avec des dards; avec des couteaux à manche de corne, non avec des poignards dorés;

« Qu'ils portent des chaussures de corde, non des brodequins lacés; des manteaux de laine grossière, non des étoffes de brocart;

« Des chemises d'étoupe, non de toile de Hollande; qu'ils soient montés sur des ânes , non sur des mules et sur des coursiers;

« Qu'ils aient en main des liens de corde , non des brides de cuir doré; qu'ils t' égorgent dans un sillon, non dans une ville ou dans une bourgade;

« Enfin qu'ils t'arrachent le cœur du côté gauche, si tu ne dis pas la vérité sur ce que nous te demandons : As -tu contribué ou consenti à la mort de ton frère?»

— 0 poésie populaire, interrompis-je, comme tu révèles un peuple ! L'action du Gid, c'est le sentiment

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