CHAPITRE I
vous n'avez pas de larmes. Ses yeux se ferment, et il vous regarde pour la dernière fois. Adieu, riantes montagnes de ïeruel et d'Albarazin, immortels témoins de sa gloire, de ses travaux et de son courage! Adieu, collines attrayantes, et toi, vaste mer répandue au-dessous d'elles! Hélas! la mort nous enlève tout; la mort nous dépouille comme l'épervier. C'en est fait, ses yeux s'éteignent; ils voient pour la dernière fois. Qu'a dit le vaillant Gid? 11 gît étendu sur son lit. Qu'est devenue sa voix de fer? A peine peuton entendre qu'il demande encore son cheval fidèle, Bibieca. »
La poésie espagnole n'a point d'épopée; elle n'a pas à! Iliade ni & Enéide, ni Divine Comédie, ni Jérusalem délivrée, ni Paradis perdu, mLusiades, ni Messiade, ni Henriadc ; le Romancero lui en tient lieu; elle y retrouve ses souvenirs nationaux les plus vivaces, avec les noms et les exploits du Gid, de Bernard del Garpio, de Fernand Gonzalès, de sept infants de Lara, fils, de Gonzalès Gustios , seigneurs de Lara, qui, attirés dans une embuscade par leur oncle pour être livrés au gouverneur de Gordoue, Almanzor, se battirent comme des lions, près du pic de Moncayo, et laissèrent un mémorable exemple des proportions surhumaines des héros espagnols.
«Voilà, d'après une excellente traduction, quelques traits du Gid et du Romancero, dit William en terminant. Le Gid avait eu un fils, qui fut tué jeune dans un combat. Ses deux filles, dona Elvire et dona Sol, épousèrent des princes de Navarre.
— C'est vrai, ajoutai-je; et il se trouve, par une longue suite d'alliances, que les filles du Cid sont les aïeules des Bourbons, qui régnent encore en Espagne. »