UN PÈLERIN DE SAINT-JACQUES. — LA GALICE
Après l'excursion obligée de Burgos à la cartuja ou chartreuse de Miraflores , où Ton voit les tombeaux d'albâtre de Juan II et de sa femme Isabelle, si finement sculptés en gothique fleuri par le ciseau de Juan de Colonia (1488), nous poussâmes notre pèlerinage jusqu'à l'antique monastère bénédictin de San-Pedro de Gardena, un des sanctuaires où se conserva, depuis le vne siècle, à travers les âges troublés par les guerres contre les Sarrasins , la flamme sacrée de la science et de la foi , flamme allumée au flambeau des saint Léandre et des saint Isidore de Séville. Parmi les sépultures royales d'Aragon et de Navarre se trouvent des tombeaux de la famille du Gid et celui même du héros; mais ses restes mortels n'y sont plus.
Le lendemain, nous volions emportés par des mules endiablées sur la route de Burgos à Valladolid. Le paysage s'en allait du reste sans nous laisser de regrets. Une fois l'été venu, la plaine riche naguère et
verdoyante revêt une teinte grise ou jaune d'une monotonie désespérante; les villages sans verdure et sans jardins s'endorment sous les feux du soleil et sous une couche de poussière; on ne se douterait point qu'ils sont habités, tant ils paraissent tristes et silencieux. Sauf le mouvement qui se fait pour le relais à la porte de la posada, sauf l'apparition de quelque tête d'enfant attirée par la curiosité et qui se montre encadrée dans une étroite fenêtre sans vitrail , rien n'indique la présence d'habitants au sein de ces misérables maisons. L'église du village les domine quelquefois de sa tour carrée, terminée par un toit de forme écrasée et à quatre égouts ; mais souvent elle n'a pas de tour, et l'on distingue à peine le pignon surélevé de sa façade, percé de baies où les cloches sont suspendues. L'usage n'est pas de balancer les cloches; on leur fait faire le tour entier sur ellesmêmes. Et si le clocher offre peu d'intérêt à la vue, la cloche ne flatte guère mieux l'oreille; on la dirait de fer plutôt que de cuivre mêlé d'étain.
Au sortir des bourgades, en cette saison, même aspect morne et désert. Seulement vous apercevez tout d'abord les aires établies en plein vent et les gerbes posées en monoeaux un peu plus jaunes que le sol. On foule le grain au moyen d'un traîneau , garni par dessous de pierres arrondies ou de galets polis, comme il s'en trouve dans le lit des torrents. Le paysan est assis sur le traîneau, et de là il dirige le cheval qu'il l'ait tourner et galoper dans tous les sens sur les épis répandus.