‹ L'Espagne, orné de quatre gravures d'après M. Gustave DoréChapitre 171 sur 174 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

sein l'inquisition et beaucoup de moines, sont des ignorants ou des esprits superficiels, qui répètent niaisement les assertions de gens mal intentionnés envers nous, et peu au courant de notre histoire.

— Vous venez de faire une confession méritoire , dis-je à don Lopez; vous n'avez pas dissimulé les torts ni les défauts de votre nation; laissez-nous ajouter qu'elle avait et conserve encore les qualités morales les plus précieuses; ses défauts sont, comme on dit, les défauts de ses qualités. La classe de vos gentilshommes, de vos hidalgos, est orgueilleuse, mais noble et digne; elle préfère la pauvreté au travail, mais elle est sobre; elle fait parade de ses vieux parchemins, mais elle conserve les saintes traditions de patriotisme et de foi; elle est excessivement délicate sur lepundonor (point d'honneur), mais elle identifie son honneur à celui de la nation, et ne recule pas devant le devoir. On a pu rire de don Quichotte, cette désopilante caricature de l'Espagne; mais il a des travers et non des vices; au fond, il est honnête, dévoué, brave, loyal; on ne le méprise pas.

— Mais, enfin, interrompit le docteur, il faut convenir que l'Espagne catholique, comparée à l'Angleterre, n'en fait pas moins une pauvre figure, et qu'il est difficile de ne point attribuer à sa religion son infériorité.

— Vous venez de voir, répondit don Lopez, que les causes de la décadence de l'Espagne sont étrangères à la vérité des doctrines religieuses et à l'organisation de l'Église. Maintenant la prospérité ac-

tuelle, récente, et qui pourra bien être éphémère, de la Grande-Bretagne, ne tient pas davantage au protestantisme.

« La stabilité du gouvernement anglais s'explique par une organisation politique dont les bases ont été posées avant que le protestantisme existât ; ces bases sont dans la Grande -Charte ou magna charta liber tatwn, souscrite en 1215 par Jean sans Terre, et que le passage de quelques rois absolus n'a pas détruite. Elle s'explique encore par la position géographique des Anglais, que la mer protège de toutes parts, et dont il est moins facile d'envahir le territoire que celui des peuples continentaux : aussi n'ontils presque pas eu besoin d'armée; elle s'explique par le caractère positif, flegmatique et peu logique du peuple anglais , dont une grande partie a peu d'activité d'esprit et encore moins d'imagination ; par son aptitude aux affaires de commerce, qui l'intéressent plus que celles de l'ordre moral.

« Mais, à tout prendre, la position actuelle de l'Espagne est telle, que nous ne sommes pas jaloux de l'Angleterre. Que Monsieur me pardonne, continua don Lopezen souriant à William, nous ne sommes pas en butte au mépris et à la haine des étrangers pour le cynisme de notre politique extérieure et des principes proclamés et soutenus au dehors par des hommes d'Etat sans conscience ; nous ne traînons pas à notre pied un boulet déshonorant , comme est l'Irlande pour la nation anglaise ; le peuple espagnol n'est pas scindé en deux parties, dont l'une, manquant

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