‹ L'Espagne, orné de quatre gravures d'après M. Gustave DoréChapitre 174 sur 174 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

laient avec les chaises et les banquettes, qu'on n'avait pas encore eu le temps d'attacher. Je ne tardai pas à faire ma partie dans ce triste et douloureux concert; mais William était trop bon Anglais pour nous imiter. Il m'avouait même, ce qui m'indignait, que, sans les scènes qu'il avait sous les yeux, roulis et tangage n'auraient fait que stimuler son appétit. Pourtant il fut un moment où chacun se dressa avec stupeur : au milieu du bruit assourdissant des lames qui déferlaient contre le flanc du navire , un éclat comme d'un coup de canon retentit sur le pont; c'était un mât qui tombait, cassé par le mistral. Ce furent alors des cris de femmes, des prières jaculatoires à Dieu et à la sainte Vierge. Je continuai à prier mentalement pour notre salut; ma confiance devint entière et ma crainte s'évanouit.

Oh! que la nuit fut longue! Qu'est-ce donc que l'éternité?

La tempête ne se calma qu'au jour. Elle nous avait portés vers l'est de gré ou de force, et le capitaine nous déclara que l'état du navire l'obligeait à rentrer directement à Marseille. Là nous nous rendîmes, William et moi, au sanctuaire de Notre -Dame -de -la- Garde, bénie des voyageurs et des matelots. J'y célébrai avec bonheur une messe d'action de grâces, durant laquelle mon ami fit brûler un cierge, symbole de notre amour pour Notre-Dame , qui nous avait protégés dans notre voyage.

Page 1