CHAPITRE III
principe qu'on ne peut pas faire un plus grand mal à un pays méridional etconstilué géolog'iquemeni commo l'Espagne. De là, en effet, tant de sommets arides et qui ne retiennent plus les nuages; de là ces flancs durcis des montagnes qui laissent glisser les pluies dont se forment , non plus des sources constantes et fécondes, non plus des rivières paisibles, au cours régulier, mais des torrents qui creusent des ravins, ou qui se font de larges lits presque sans eau , semés de rochers, coupés de barres et de gués , impropres à la navigation; de là cette rareté des ponts et leur insuffisante largeur, qui ne dépasse pas quatre mètres dans les ponts anciens , tandis que tout le développement de la construction se porte sur les culées , les piles et les éperons; de là cette atmosphère sèche et brûlante, qui favorise les fièvres intermittentes, ce fléau des climats du Midi ; de là ces ouragans , ces coups de vent que rien n'arrête, le galle go impétueux qui souffle du nord-est, le solano qui semble apporter jusqu'à Burgos et aux flancs des chaînes septentrionales l'air embrasé de l'Afrique.
Ce qui sauve les plateaux de la Castille, c'est que l'eau y séjourne à peu de profondeur et rend le soussol humide. La charrue légère enfonce peu dans la terre, et semble avoir pour but d'enlever les mauvaises herbes plutôt que de retourner puissamment la glèbe. La fraîcheur du sous-sol gagne aisément la racine des céréales, et remédie à la sécheresse atmosphérique.
Les bêtes à laine, aux fines toisons, errent en hiver et au printemps dans les steppes de la Castille; l'été,
elles gagnent les montagnes; car le soleil, après les moissons faites, dessèche et dévore les herbes de la plaine.
Voilà les renseignements que nous recueillons pour abréger les heures si longues de Villacastin au port de Guadarrama, qui sépare les deux Gastilles. Nous gravîmes à pied les rampes de ce célèbre passage, et nous arrivâmes au point culminant, où un grand lion de pierre, tenant deux globes sous sa patte, se dresse et semble contempler d'un regard dominateur les royaumes qui se déroulent au pied des deux versants de la sierra. Je crois vraiment que le patriotisme inspire les sculpteurs espagnols toutes les fois que leur ciseau travaille aux sujets héraldiques. Ils savent admirablement cambrer le lion ; ils donnent à l'écu des airs de noblesse, tant ils dessinent habilement les supports, les lambrequins , les cartouches qui les encadrent. A voir ce lion de Guadarrama, vous diriez Sanche le Grand , conquérant et fondateur du royaume de Castille, prêt à fondre sur les Maures, dont il regarde les étendards flotter au loin, du côté de Tolède.
Aidé de sa longue-vue, mon ami William sondait les profondeurs infinies de l'horizon; à travers l'espace et la brume transparente, au milieu des accidents de la montagne et du terrain mouvementé des plateaux qu'elle couronne, il cherchait les ruines de ces innombrables châteaux forts, qui ont fait donner à cette région le nom de Castille, et qui figurent dans les armoiries du royaume.
Bientôt nous descendîmes les pentes rapides qui