‹ L'Espagne, orné de quatre gravures d'après M. Gustave DoréChapitre 37 sur 174 · LE PLATEAU DE CASTILLE. — TOLEDE. — LA MORT EN ESPAGNE · texte numérisé non relu

LE PLATEAU DE CASTILLE. — TOLEDE. — LA MORT EN ESPAGNE

La route de Valladolid à Madrid, parGuadarrama, ne nous offrit d'abord qu'un faible intérêt. Nous retrouvâmes les grandes plaines nues, grises et jaunes, les tourbillons de poussière soulevés par la diligence, les r entas où nous attendait une cuisine à l'huile non purifiée. Il fallait nous contenter de l'eau fraîche, de petits pains, frais aussi, blancs et légers; du chocolat broyé dans la cafetière par un pilon muni d'un manche que la servante d'auberge fait pivoter en le roulant entre ses deux mains. Dépouillée de ses moissons, la campagne laissait voir les sillons disposés en chevrons ou en feuilles de fougère; et les villages bâtis en pisé , en petits blocs de terre séchée au soleil , paraissaient presque sans relief au-dessus du sol.

Pour bien comprendre le caractère et l'aspect des plateaux de la Vieille et de la Nouvelle-Castille, considérez que ces plateaux forment le centre de la Péninsule et sont fort élevés au-dessus du niveau de la mer. Parmi ceux qui occupent en Europe une grande éten-

due, il n'en est pas de plus hauts, en Suisse même, ni en Ecosse. La hauteur moyenne est de six cents mètres. Madrid est plus élevé que Langres; le froid rocher sur lequel je revois ces lignes , et Madrid , pourtant, est au pied des chaînes de Guadarrama. De tous côtés il faut monter beaucoup depuis le littoral pour arriver à ces plateaux du centre; et, quoiqu'ils soient dominés eux-mêmes par des sierras couvertes déneige une partie de l'année, leur élévation entraîne de fâcheuses conséquences. Ainsi, les rivières y sont rares, et l'aridité du sol augmentée par la force de l'évaporation : l'on rencontre à côté des champs fertiles, surtout en blé, les parameras désolées, vastes plaines sans habitants. Si les Castillans avaient seulement lutté contre la sécheresse du territoire, en ménageant les arbres et en les propageant! Mais on assure, au contraire, qu'ils les ont systématiquement déracinés, par ce préjugé, que les arbres attirent les oiseaux destructeurs des graines confiées à la terre; et le regard parcourt maintenant d'immenses horizons sans pouvoir se reposer, je ne dis pas sur un bouquet de bois, mais même sur un seul arbre. La bruyère et le genêt, la multitude des plantes sauvages et odoriférantes qui recouvrent ces espaces d'un tapis verdoyant quelques mois de l'année, n'empêchent pas de regretter une autre végétation. Quelles que soient les causes qui ont déboisé la Gastille, que ce soit l'ignorance ou les longues guerres de razzia entre les Maures et les chrétiens, il est certain que ce déboisement est un incalculable dommage. Nous posons en

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