MADRID. — LE MUSEE RUYAL. — LESCURIAL. — ALCALA DE HENARES
L'entrée du musée royal de Madrid n'a rien de flatteur pour un Français. Dans la première salle, les yeux tombent sur une toile immense, où nos grenadiers du premier empire offrent du pain à des femmes espagnoles que la faim rend livides et qui s'évanouissent d'inanition. Mais elles répondent qu'elles aiment mieux mourir que d'accepter ce pain, puisqu'on ne leur rend pas Ferdinand, leur véritable roi. C'est bien l'expression exagérée d'un patriotisme exalté, et du sentiment monarchique enraciné en Espagne plus que partout ailleurs. Nous laissâmes les Espagnols en contemplation devant cette toile, que beaucoup d'entre eux estiment sans aucun doute la plus belle du musée, et nous allâmes à d'autres tableaux. Pour nous guider, nous avions en main le livre des Musées d'Espagne, par M. Viardot.
Il y a ici deux mille tableaux! Cette immense collection, formée depuis quelques années seulement, renferme les peintures enlevées aux couvents supprimés et surtout aux monastères royaux, à l'Escurial,