‹ L'Espagne, orné de quatre gravures d'après M. Gustave DoréChapitre 92 sur 174 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

deux par l'armée espagnole et décimées par toutes les misères qui peuvent accabler une armée, Dupont recula devant la menace d'un massacre suspendu par le général sur la tête d'une division entière, et il signa cette capitulation, qui fut le premier de nos désastres dans cette malheureuse entreprise. Ah! s'il eût pu prévoir que les Espagnols détruiraient , par la captivité la plus inhumaine, un si grand nombre de ceux auxquels il voulait du moins sauver la vie, nul doute qu'il n'eût préféré succomber dans une lutte désespérée. Peut-être eût-elle ouvert le chemin de Madrid , alors occupé par les Français, à quelques débris héroïques de sa glorieuse armée.

Les Espagnols, reconnaissons - le , sont braves et très-dévoués à leur patrie; mais, secrètement jaloux peut-être des lauriers de la France , ils semblent se plaire à nous répéter: Bailen, Bailen. Ils oublient trop que nous avions depuis quinze ans l'Europe sur les bras; qu'en Espagne nous avions contre nous, avec rinfluence d'un climat étranger, l'ignorance de la topographie au milieu de régions des plus difficiles, parfaitement connues d'eux; ils avaient l'armée anglaise et le génie militaire de Wellington; puis l'assistance des habitants, qui nous trahissaient et nous assassinaient; ils avaient le nombre; ils avaient ce sentiment de l'homme qui combat pro ans et focis : les armes, les conditions n'étaient pas égales. Ils se font illusion , s'ils croient pouvoir contester notre supériorité militaire en s'appuyant sur leur fameuse guerre de l'indépendance.

II n'est pas moins évident le tort des Espagnols , trop nombreux, qui motivent par l'invasion de 1808 les sentiments de défiance et d'antipathie qu'ils manifestent envers la France, la préférence qu'ils accordent à l'alliance anglaise. La nation française n'est pas moralement responsable de l'ambition de Napoléon; elle ne s'appartenait pas sous le sceptre absolutiste qui voulait imposer à l'Espagne un Bonaparte pour souverain. Depuis qu'elle a pu à cet égard émettre une opinion, depuis qu'elle a pu écrire librement son histoire, elle a désavoué ces prétentions injustes et condamné les moyens déloyaux mis en œuvre pour les faire triompher. La guerre d'Espagne est une page qu'elle voudrait déchirer du livre rayonnant des gloires du grand homme.

Ainsi disions-nous à la table de la modeste posada de Bailen , où quelques Espagnols, chauds patriotes, s'étaient assis avec nous. Ils nous conduisirent à l'Alameda, c'est le nom que l'on donne aux promenades plantées d'arbres, et nous montrèrent en cet endroit la pyramide commémorative du 22 juillet 1808. Une prière monta de mon cœur à mes lèvres pour les braves tombés au champ d'honneur, et pour ceux de leurs compagnons qui succombèrent, en captivité, à Cabrera et dans les cachots flottants d'origine anglaise.

Bailen n'est pas gai pour un Français; j'attendais avec impatience la Gordobesa revenant de Madrid à Cordoue. Nous prîmes place dans la berline, et nous vîmes ainsi défiler à l'aise Andujar et les bords ver-

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