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Ouvrage cité

Au marché couvert, à VAlcaiceria ruinée, il manque ses marcliands de soieries et d'armes précieuses, sa foule bigarrée, sonàme d'autrefois. Les bazars du Caire sont pauvres comparés à cet opulent édifice. D'après les stucs, les colonnes, les fenêtres qu'ont respectés l'incendie et le temps, on peut apprécier ce qu'était l'ancien bazar paré d'azulejos, vêtu de brocatelles de s^ypse, riche de tous les trésors de l'Orient.

Du Généralife à la Vega, de FAlbaïcin jusqu'au (ienil, l'antique Grenade ne devait être qu'une suite de merveilles^ et, pour restaurer la cité dévastée, il faut, je crois, la refaire toute dans le style de l'Alliambra. Alors on comprendra les pleurs de Boabdil.

Auprès du peu qui reste de la Grenade arabe, la Grenade chrétienne pâlit. Ses vieux monastères sont dépeuplés, ou changés en casernes. Il faut à tout peuple des soldats. La pacifique armée des moniales et des moines suffit presque aux nations qui croient encore au pouvoir de ll<lée. Elle les préserve des contagions du vice. Elle lutte pour la Cité de Dieu contre les adversaires invisibles : elle détruit l'empire de l'égoisme. Par le plus noble emploi que puisse faire delle-meme la liberté humaine, elle se voue volontairement au bien ; elle poursuit d'immatérielles conquêtes ; elle fait fleurir la charité, et, par contre-coup, la poésie et la beauté. Quand une nation ne croit plus qu'à la force brutale, elle s'arme d'une autre manière contre les assauts

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des appétits oppresseurs. Le monachisme fait place au militarisme. La force recrute des soldats à l'armée de la force. Les casernes s'élèvent et s'emplissent, biens de mainmorte elles aassi, et l'art n'y 2:aQ:ne rien, ni la culture morale, ni le bien-être des peuples. ^Nlais la force est un dieu barbare, et qui l'adore mérite de subir ses rigueurs.

Grenade fut la patrie et vit le dévouement de saint Jean de Dieu. Ses fils gardent ses restes^, mais ils n'ont même plus le pouvoir de soigner des incurables dans la ville où leur ordre naquit. Les révolutions leur ont retiré leur hôpital richement doté. Impuissante à les imiter, la haine jalouse ne sait que ruiner les œuvres de lamour. Au demeurant, rien n'est plus riche, et peu d'édifices sont plus outrageusement baroques que l'église de Saint- Jean-de-Dieu.

Un corps de garde précède ce qui fut l'église de San Geronimo. Le couvent, fondé par les rois catholiques, est devenu, en ce siècle, une caserne de cavalerie, et l'église, sépulture de Gonzalve de Cordoue, offre la désolation des temples où Tonne prie plus. Sept cents drapeaux paraient ,^ jadis, la tombe du grand capitaine. Adieu les drapeaux et les victoires ! La révolution a jeté au vent les cendres du héros ; elle a relégué son mausolée dans un musée. Il dormait au centre de l'édifice, sous une dalle à l'inscription grandiloquente. L'église est peinte jusqu'à la voûte de sujets symboliques. Cette ornementation

n'est pas toujours d'un goût heureux, et à quoi sert, d'ailleurs, son éloquence dans cette église dépossédée ?

A l'ouest de Grenade, en dehors de la porte d'Elvira, s'élève une chartreuse célèbre, veuve elle aussi de ses moines. Les cloîtres contiennent d'assez médiocres toiles, représentant les tortures subies par les Hiéronymites anglais sous Henri VIII. Parfois, me dit-on, des visiteurs saxons s'arrêtent devant ces toiles, consternés, et se désignant les suppliciés : « Ces horribles inquisiteurs, disent-ils; ils ont osé retracer leurs autodafés ! » L'église et surtout la sacristie de la chartreuse résument tout ce que legénie churrigueresque a pu créer de plus extravagant, tout ce que l'horreur de la ligne droite a pu imaginer de plus contorsionné. Une longue ligne de bahuts orne les murs de la sacristie. Un bon moine employa près de cinquante ans à les marqueter d'ivoire, d'écaillé et d'argent, et c'est pitié de voir un si merveilleux ouvrage devenu inutile.

Vis-à-vis du Généralife, séparé de lui par le ravin du Darro, le Sacro Monte, ancienne abbaye bénédictine, conserve du moins son collège de chanoines et sa florissante école de clercs. L'église est bâtie sur les grottes où souffrirent les martyrs des persécutions romaines. Dans ces catacombes vénérables, on m'indique deux roches qui sortent de terre et dont les arêtes .sont usées. Lejj jeunes filles qui veulent un

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époux doivent toucher l'une ; les femmes qui aspirent au veuvage touchent l'autre. Les deux sont également usées, et peut-être, les mêmes mains les ont tour à tour effleurées.

Seule, la cathédrale réserve des émotions profondes à ceux que hante encore le rêve de TAlhambra. Non pas que sa masse grandiose soit poétique. Enrique de Egas, en 15^3, Tavait voulue gothique. Diego de Siloë la construisit en style de la Renaissance. Les cintres de ses cinq nefs s'appuient sur de nobles faisceaux de colonnes corinthiennes. La capilla maj'or est encadrée d'un cercle de piUers d'une robuste beauté. Alonso Cano l'a peuplée de statues et de tableaux de mérite. L'éclat discret de ses marbres et de ses ors est d'une sobriété distinguée. Elle précède l'époque des églises à la Vignole Elle dit le triomphe, mais elle est froide comme toutes les églises de ce style, comme celles de ]Malaga et de Cadix. Elle ne prie guère ; elle ne comprendrait pas, du moins, les larmes ni la douleur. La silleria de son chœur est d'une pauvreté surprenante.

Mais à droite de la cathédrale, attenante à sa dernière nef, se dresse la capilla real, bâtie par Enrique de Egas en 1506, avant la cathédrale. Elle est de ce joli gothique fleuri qu'aimaient les rois catholiques. Elle fut faite pour abriter leurs tombes. Un portail richement fouillé y donne accès, et, sitôt la porte passée, un sentiment de respect et de deuil envahit l'àme. L'église

n'a qu'une nef, aux clés de voûte feuillues et dorées. Sur les murs, à la hauteur des chapiteaux, court une longue inscription gothique qui dit la destination de l'édifice ^ En deçà du transept, s'élève une superbe grille de fer forgé, à travers laquelle apparaissent les blanches sépultures. Le retable de l'autel, sculpté par Yigarni, retrace la reddition de Grenade et le baptême des Maures. Une toile moderne, accrochée au mur de gauche, représente Boabdil au camp de Santa Fé. Les initiales de Ferdinand et d'Isabelle sont brodées sur toutes les tentures. Leurs blasons, maintenus par des aigles, timbrent toutes les parois. La majesté des rois défunts emplit cette chapelle auguste, que Charles-Quint estimait « trop petite pour tant de gloire ».

Ferdinand et Isabelle reposent du côté de répître, sur un sépulcre de marbre, sculpté à Gènes par Fancelli. Aux angles du lit funèbre, siègent les quatre docteurs de l'Église. Les douze apôtres ornent les corniches de la base. Deux médaillons représentent saint Georges terrassant le dragon, et saint Jacques exterminant des

1. « Cette chapelle fut fondée sur Tordre des très catholiques princes don Ferdinand et dona Isabelle, roi et reine des Espaî^nes, de Xaples, de Sicile, de Jérusalem. Ils conquirent ce royaume et le soumirent à notre foi. Ils gagnèrent les îles des Canaries et les Indes, et les villes dOran, Tripoli et Bougie. Ils détruisirent Ihérésie et chassèrent Juifs et Maures de ces royaumes. Ils réformèrent les ordres religieux La reine mourut le 26 novembre MDIV. Le roi mourut le mercredi 23 janvier MDXVI. Cette œuvre fut achevée en MDXVII. »

Maures. Aux pieds des rois, deux anges soutiennent un cartouclie qui porte une inscription laudative. Les rois reposent avec une indicible expression de paix ^

Le sépulcre de Philippe le Beau et de Jeanne la Folle s'élève du côté de l'évangile. Œuvre de Bartolomé Ordofiez, mais sculpté à Gènes, il est plus somptueux que celui des grands rois. Les deux époux, enfin réunis, reposent sur un lit de parade surélevé. Les quatre évangélistes garnissent les quatre angles du lit. Les médaillons de la base retracent des scènes du Nouveau Testament. Des anges et des sirènes supportent des cartouches et des festons de fleurs.

A peine doré par le temps, le marbre de ces tombeaux est d'une souplesse admirable. Leur style ne répond pas à celui de l'église, mais ils sont d'un si excellent travail qu'on excuse cette dissonance.

Je pense, en les regardant, à d'autres tombes éparses dans l'Espagne. Au pied de Fautel de Miraflorès, je revois celles des parents de la reine, et, sous l'austère voûte d'Avila, la large tombe de son fils Jean. Ils dorment tous dans leurs armures ou dans leurs robes blanches, semblablement étendus et paisibles, et ces grands artisans de l'histoire disent, par leur repos, la vanité des agitations humaines.

Une grille s'ouvre devant les glorieux sépul-

1. On peut voir le moulage de ce tombeau à Versailles, devant La salle des Croisades.

ères. Un escalier conduit au caveau royal. Misère de la mort ! Les cénotaphes de marbre en disaient encore trop. Dans Tobscurité s'allongent cinq cercueils sombres, en plomb. Ceux du milieu contiennent les restes des rois et portent leurs initiales couronnées. Ils gisent côte à côte, tandis que le Bourguignon et la reine Jeanne, séparés jusque dans la mort, occupent chacun un des côtés du caveau. L'autre petit cercueil est celui de don Miguel, frère de Charles-Quint.

Quand le marquis de Lombay, François de Borgia, descendit en ce caveau, le 17 mai 1536, apportant la dépouille de l'impératrice Isabelle, devant la figure décomposée de sa souveraine il jura de ne plus servir un maître qui pouvait mourir. Il n'aurait pas eu besoin de voir Thorrible ravage opéré par la mort. Ces noirs cercueils alîandonnés en disent assez sur le néant des grandeurs périssables ^

La sacristie de la chapelle royale contient, dans une modeste vitrine, de précieuses reliques : la couronne et le sceptre d'Isabelle, son missel de vélin enluminé par Francisco Florès, l'épée de Ferdinand le Catholique, l'étendard de Castille brodé par la reine et arboré sur Grenade le jour de la conquête, un coffret d'argent doré que la reine offrit à Colomb pour subvenir aux frais

1. Les restes de limpératrice Isabelle, femme de Charles- Quint, de Marie de Portugal, première femme de Philippe II. des infants don Fernando et don Juan, fils de l'empereur, furent, eux aussi, déposés dans ce caveau, mais ils en furent retirés et transférés à l'Escurial en 1534.

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de son expédition, des chasubles œuvre et don d'Isabelle, le calice de la chapelle des rois...

Un saisissement religieux remplit l'àme en face de ces augustes souvenirs, et que cette émotion diffère de celle que m'inspiraient la salle du repos après le bain, ou les gracieuses cours de l'Alhambra ! Le charme où me plongeait le palais arabe était stérile, et mes sens en jouissaient plus que mon esprit. Dans la chapelle royale, un idéal supérieur m'apparaît. Ici se résume la grande lutte pour la liberté et pour la patrie. Ici vient mourir Técho des batailles séculaires, qui, de Covadonga à l'Ebre, de TÈbre au Tage et à l'Océan, ont refoulé l'envahisseur. Ici j'apprends quilnefaut point désespérer des causes justes, et, qu'après sept siècles de triomphe, la tyrannie du mal peut être vaincue. Cette chapelle est plus sacrée que le Panthéon de l'Escurial. Elle contient les vrais pères de la patrie, et. par excellence, le sol que Ton y foule est une terre d'épopée.

Lecteur ami, mon patient compagnon de route, tu dois être las de me suivre. Je t'abandonne. Pardonne-moi si je fus un guide fâcheux. Jirai seul revoir les huer tas du royaume de :Murcie et de Valence, l'Aragon, la Catalogne et la Navarre. Sous les palmiers d'Elche, dans ces huertas vertes, abondamment arrosées, nous aurions rencontré le pays le mieux cultivé, le seul bien cultivé de l'Espagne. Je relirai, sans te

les répéter, les épopées écrites par les comtes de Barcelone, les rois d'Aragon, les souverains de Navarre. Elles t'auraient encore mieux fait apprécier ce peuple d'Espagne, qui a ses défauts comme tout peuple, mais que j'aime pour ses qualités superbes et méconnues. Séparons-nous devant les tombes des grands rois.

Ou plutôt, viens encore avec moi au pied du Sacro Monte, dans ces jardins, ces carmenes qui égayent les rives abruptes du Darro. Ils sont hérissés de cactus et d'aloès. Des maisonnettes blanches s'accrochent aux pentes du ravin, ombragée de figuiers et de vignes. Ce sont les écoles de VAve Maria, l'œuvre d'André Manjon, et je veux te faire connaître ces œuvres et cet homme. Bœdeker n'en dit rien, et les touristes l'ignorent.

Don Andrés Manjon est Castillan de la province de Burgos. Fixé à Grenade comme chanoine du Sacro Monte et professeur à l'Université, il rêvait, depuis longtemps, de fonder des écoles pour la multitude des enfants pauvres abandonnés. Ceux qui savaient ses rêves en riaient doucement.

Un jour, que, selon son habitude, il descendait du Sacro Monte sur son ànesse blanche^ il entendit, dans une grotte de l'Albaïcin, des enfants chantonner une leçon. Il descendit de sa monture, et, écartant les broussailles, il parvint dans une grotte où une pauvre vieille

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femme, sortie depuis peu de l'hôpital, enseignait dix enfants.

Ce fut un coup au cœur de D. Andrès. Cette femme, sans moyens et sans ressources, en faisait plus que lui! Il paya aussitôt le loyer de cette grotte — quatre francs cinquante par mois — et, animé par cet exemple, il acheta un Carmen, où, en octobre 1889, il installait une première école de petites filles, puis une école de petits garçons. Il possède aujourd'hui dix-sept écoles, huit maisons avec jardins.

Don Andrès ^lanjon ne se bornait pas à ouvrir des écoles confiées à des maîtres pauvres. Cet homme se trouvait être un rénovateur puissant, en même temps qu'un apôtre- Les brochures, les tracts qu'il n'a, depuis, cessé de publier, révèlent une conception originale de l'éducation des enfants, du rôle de l'école primaire et de toute école. Je les voudrais Aoir traduits en toutes les langues et médités par tous les théoriciens, souvent utopistes, qui écrivent sur ces matières.

Le fondateur des écoles de \ A^^e Maria veut et sait élever les corps aussi bien que les âmes. Les enfants qu'il recueille vivaient dans la pauvreté, l'ignorance, l'incurie, au sein de familles souvent sans pudeur. Il avait affaire aux gitanos de TAlbaïcin, race rebelle à toute culture.

Ses écoles sont gratuites, la Providence les alimente. Aux plus pauvres, don Andrès donne tous les jours à manger. Deux fois par an, il habille toute sa famille. Il donne des vêtements

de denil à ceux qui deviennent orpiielins. II récompense en offrant des cadeaux en nature. Don André s Memjon suit ses élèves. Il les aide à se marier, à trouver des instruments de travail. Dans ce pays, qui, sur dix- sept millions six cent soixante-huit mille deux cent cinquante-six habitants, compte onze millions neuf cent quarante-cinq mille neuf cent quatre-vingt-onze illettrés, soit soixante pour cent', il combat l'ignorance comme une faiblesse. Il arme les faibles pour la vie. Il en fait des croyants, des patriotes, des sincères, des forts.

Les méthodes d'enseignement de don André s Manjon sont toutes expérimentales. Il veut renseignement, non seulement à la campagne, mais en plein air. Il n'use que de leçons de choses. Tout, chez lui, contribue à instruire, et on s'instruit en jouant, en se remuant.

Des cartes, des chiffres, des gammes sont peints sur tous les murs. Dans les cours, sont tracées, sur le sol, des tables de Pythagore et des cartes de géographie. Aux arbres, pendent des globes qui figurent le système planétaire. Il a imaginé des jeux pour apprendre la géographie aux petits, le calcul à tous. Il a composé des chansons qu'on dit en allant et en venant et qui enseignent Thistoire. Les petits gitanos répondent à une question d'arithmétique, d'histoire, de cosmographie, avec plus d'assurance que cer-

1, Chiffres empruntés à un tract de don Andrès Manjon.

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tains bacheliers de ma connaissance. Ils apprennent la musique, le dessin. Ils s'exercent au maniement du fusil et aux mouvements militaires. Les petites filles savent coudre, broder, travailler au menasse. ]Mille industries leur inculquent le calcul, rhistoire et la s^rammaire.

La ruche est toujours en mouvement. Ni ennui, ni paresse. Chaque enfant possède un minuscule jardin qull peut cultiver avant Iheure de la classe. Aux mauvais jardiniers, on retire leur carré. Tous apprennent à respecter celui du voisin, ce qui n'est point sans mérite pour un gitano. La religion imbibe cet enseignement viril et simple. Don Andrès et ses aides traitent les enfants avec un souverain respect. Ils leur donnent une haute idée de leur responsabilité morale. Ils les arment pour la vie et Féternité^

Cet homme modeste apprend à sa nation par quel dévouement intelligent elle peut se refaire. La ville de Grenade a adopté don Andrès Man-

1. La charité catholique est partout ingénieuse Les écoles de don Andrès Manjon me font songer à celles qu'un autre apôtre et un autre rénovateur, le commandeur Bartolo Longo, a fait surgir à Pompéi, près de Xaples. Une des œuvres les plus admirables de cet homme dévoué est celle des fils de captifs. Persuadé que l'hérédité ne voue pas fatalement au vice les fils de criminels, le commandeur Bartolo Longo a fondé un orphelinat pour les fils de condamnés à perpétuité, et, de ces enfants nourris dans le crime, il fait des hommes d'honneur. Il les réhabilite et les transforme, et, en assurant l'avenir des lils, il console et gagne le cœur des pères.

jon. Elle Fa déclaré son hijo predilecto. Le roi l'a contraint d'accepter la grand'croix d'un de ses Ordres. A sa vue, les gitanos se découvrent. Personne, sur TAlbaïcin ni dans Grenade, ne pourrait impunément insulter don Andrès.

Et lui passe, monté toujours sur son ânesse blanche. Il va faire son cours à l'Université^ gravit le Sacro ^lonte, revient à ses petits et à ses pauvres. « Je me découvre devant cet homme, écrivait naguère le directeur des écoles de Grenade et je le considère comme extraordinaire. »

Un autre publiciste, don Miguel M, Pareja, écrivait ces lignes que je n'aurais pas osé signer : « Le peuple espagnol est un peuple ignorant, qui, actuellement, a perdu la conscience de sa destinée historique... L'égoïsme est l'anémie de l'àme. La société espagnole est une société égoïste. Aussi sa puissance morale et intellectuelle est faible ; les initiatives individuelles en faveur de ses intérêts sont rares. L'amour du prochain est ressenti par la minorité, bien que beaucoup se fasse gloire d'en être animés. On attend tout de l'Etat, et l'Etat fait bien peu. Les villes et les cités tendent toujours les mains, implorant la charité du gouvernement, et la charité ofticielle est insuffisante pour procurer notre régénération \ » Et, à ces maux, M. de Pareja indiquait, comme remède, l'exemple de don Andrès.

A ceux qui se demandent, de loin comme de

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