‹ L'Espagne religieuse et littéraire - pages détachéesChapitre 6 sur 37 · I.R ROI · texte numérisé non relu

I.R ROI

« Sans mon ordre?

LE DUC d'aI-RE.

« La fièvre quarte rend l'humeur mélancolique; il se trouvera peut-èlre mieux de l'air de la campagne.

LE ROI

« Cruelle destinée ! il me fuit : la nature a fait de lui mon ennemi.

LE DUC d'albe.

« Le prince aura été indisposé; mais je vais^l'amener ici en lui disant, ce qui est vrai, le plaisir qu'éprouve Votre Majesté à le voir; il sera ici dans un instant. le roi.

« Je suis inité ; que faire? Manquer de la sorte au respect qu'il me doit, .c'est trop compter aussi sur mon amour. Oh! comme l'Empereur, mon seigneur, le con naissait bien, il s'est toujours défié de son humeur ambitieuse. 11 est rare que la raison force le naturel. »

Philippe, en effet, ne devait pas ignorer que l'Empe*

84 L'ESPAGNE r.ELlGIEUSE ET LITTÉRAIRE, reur, se rendant à Yuste, avait permis que son peti!fils lui fût amené sur sa route, et que, quelque attention passionnée que l'enfant eût apportée au récit de ses campagnes, il n'avait été content ni de sa tenue, ni de son humeur. Un peu plus lard, la princesse régente, sœur du roi, ayant parlé de placer don Carlos à Yuste, sous les regards de son sévère aïeul, celui-ci s'était bien gardé d'accueillir une pareille ouverture; il eût craint que cette nature sauvage et perverse ne lui gâtât don Juan d'Autriche.

N'êtes-vous pas frappés cependant de cette singulière attention qu'apportait don Carlos, encore enfant, au récit des grandes guerres de Charles-Quint? On a vu plus haut comment il tira l'épée contre don Juan ; le courage personnel était peut-être, avec la libéralité, la seule qualité royale qu'on ne pût lui refuser.

Revenons au poète. Toutes les paroles qn'on a rapportées sont comme autant d'éclairs qui présagent la tempête. Philippe, ne se contenant plus, fait retirer tout le monde, dl, resté seul avec son fils, il lui reproche dans un long discours tousses torts envers lui. Le prince se plaint à son tour que son père ne lui donne aucune part dans les affaires de TÉtat et les abandonne tout entières à d'insolents favoris.

On s'étonnera peut-être de trouvi'r de si longues harangues dans la bouche de Philippe U; mais l'étonneinent vient de ce que nous nous sonunes forgé un Philippe il (jui, sous plus d'uti rapport, n'est pas préc^iscluent ct'lui de l'histoire. Philippe parlait, écrivait sur-

1,1 M'A NT noN r.AP.i.ns. sr.

tout longutMiient; il n'y a pas à protesl(M' contjv le axlactère impitoyable et froid que l'histoire lui attribue; mais le sphinx .lux monosyllabes est une création moderne d'Alfieri.

Du reste, celte longue scène n'a de remarquable que la fin, où nous voyons ce naturel impétueux et arrogant de don Carlos misérablement dompté par la fièvre, et l'audacieux jeune homme, épuisé par cette lutte inégale, redevenir tout à coup un enfant chétif et malade qu'il faut mettre au lit.

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