‹ L'Espagne sous les rois de la maison de Bourbon (volume 2)Chapitre 17 sur 89 · ADMINISTRATION · texte numérisé non relu

ADMINISTRATION

Pouvoir illimité de la couronne à l'époque de l'avènement

de Philippe V.

§. i. A l'époque où Philippe fut appelé à la couronne d'Espagne, les monarques y jouissaient de toute la plénitude d'un pouvoir sans contrôle. Non seulement les anciennes Cortès étaient tombées en désuétude, pour ce qui concernait les affaires de l'administration, mais les idées politiques et religieuses les plus favorables à la monarchie absolue étaient accréditées et généralement répandues chez les Espagnols. De ces nobles sentimens, naguère si impérieux , de cet amour ardent pour le maintien de leurs droits, qu'ils avaient montré dans les siècles passés , surtout au commencement du règne de Charles V, à peine restait-il dans les esprits un respectueux mais faible souvenir des anciennes assemblées natioiii. 53

5l/f PHILIPPE V.

nales. Dans la soumission universelle qui avait été constamment prescrite comme un devoir par les jurisconsultes et par les théologiens à la fois, dans le silence profond qui régnait autour du trône , on n'entendait de temps à autre que la voix des flatteurs , adressant aux rois des conseils sur la manière d'étendre encore et d'affermir davantage leur pouvoir.

L'Espagne expiait bien cruellement les égaremens de ce fanatisme religieux, qui avait introduit chez elle l'intolérance civile, et organisé le tribunal de sang , connu sous le nom de Saint- Oflice ; ce fut là le coup mortel porté au bonheur, à la liberté et à la gloire de ce peuple. Apres avoir conservé au milieu même des ténèbres du moyen âge des lois politiques fort sages ; après avoir atteint , sous les rois de Castille, à un haut degré de liberté, relativement à l'état de la plupart des nations , l'Espagne gémissait dans l'abattement et la plus honteuse servitude à l'époque qui vit l'avènement de la nouvelle dynastie. Grâce à l'impulsion morale et bienfaisante donnée aux hommes par la découverte de l'imprimerie, ainsi qu'à la marche progressive de la civilisation de l'Europe depuis ce moment, tout faisait déjà pressentir au commencement du dix-huitième siècle , l'ère heureuse où le désir de perfectionnement et d'institutions politiques deviendrait le besoin général des sociétés modernes. Or , c'était precise-

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