‹ L'Espagne sous les rois de la maison de Bourbon (volume 2)Chapitre 18 sur 89 · CHAPITRE ADDITIONNEL. 5lS · texte numérisé non relu

CHAPITRE ADDITIONNEL. 5lS

ment à la renaissance même de cette aurore de prospérité générale des peuples que les Espagnols se voyaient courbés sous une autorité illimitée , sans éprouver d'autre besoin que de lui obéir sans murmures, sans songer même à leur liberté ni à leur grandeur passées.

Tout porte à croire que les maximes dans lesquelles Philippe V avait été élevé à la cour de son aïeul , se trouvèrent parfaitement d'accord avec les opinions qui dominaient alors chez les Espagnols, en matière de gouvernement. On est fondé aussi à penser qu'il prêta volontiers l'oreille aux conseils de ces hommes d'état ignorans , de ces courtisans ambitieux qui lui parlaient de la monarchie absolue comme du beau idéal des institutions humaines, et regardaient les souverains comme les mandataires de la Providence , chargés de la représenter sur la terre, et d'exiger des peuples en son nom une obéissance passive et aveugle; mais en admettant que Philippe eût eu , comme il ne les eut point, des opinions particulières, favorables à la liberté civile, il n'aurait pu qu'hésiter encore à les laisser entrevoir à ses nouveaux sujets, tant les mauvaises doctrines avaient égaré et perverti leur esprit. Cette considération , je le sais , ne peut justiGer entièrement le monarque de n'avoir pas rendu aux Espagnols l'exercice de leurs anciens droits politiques ; mais elle peut servir du moins à l'excuser. Il y aurait eu, certes, un

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grand mérite de sa part , s'il eût porté la générosité jusqu'à choquer des opinions généralement reçues, lorsque tout lui conseillait de les ménager, et même de devenir populaire en les caressant.

On doit sans doute regarder comme ini attentat cette politique qui avait ravi au peuple castillan l'exercice de ses droits , et anéanti toutes ses libertés ; mais ce malheur étant déjà accompli à l'avènement de Philippe par la conduite des rois ses prédécesseurs, et par l'insouciance générale des Espagnols, ceux-ci ne pouvaient s'en prendre au nouveau monarque; ils devaient plutôt se reprocher à eux-mêmes cet esclavage pour lequel ils étaient si passionnés. Le souverain Créateur, en accordant ses bienfaits aux hommes, a imposé aux peuples, comme à chaque individu, l'obligation de les conserver : le peuple , comme les individus , expie par des malheurs, souvent même par de longues calamités , l'oubli de l'accomplissement de ce devoir; c'est une vérité confirmée par l'histoire de toutes les nations, que la liberté politique ne peut s'obtenir que par des vertus ; elle en est le prix et la récompense. Si Ton demande aux Anglais, quelle est la cause de l'état avancé de leur civilisation, ils répondront, les fastes de l'histoire à la main, que la Grande- Bretagne doit ce bonheur au zèle de leurs ancêtres pour le maintien de leurs droits, et à la coura-

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