‹ L'Espagne sous les rois de la maison de Bourbon (volume 2)Chapitre 51 sur 89 · CHAPITRE ADDITIONNEL · texte numérisé non relu

CHAPITRE ADDITIONNEL

la consommation d'hommes déjà si funeste, lorn même que leurs préparatifs faits dans le pays y mettent en circulation des sommes considérables qui font subsister un grand nombre de familles; à ces pertes, dis-je , il fallait encore ajouter celle des trésors dépensés dans les pays étrangers. Depuis le ier janvier 1649 jusqu'à k ^n ^c '654, on dépensa pour l'armement des expéditions et pour ' l'entretien de l'armée 66 millions 85 mille ducats. Une autre cause dont l'influence avait été aussi très funeste à la navigation , au commerce et à la richesse de l'Espagne , était la désuétude dans laquelle était tombé Y acte de navigation. Les rois catholiques, Ferdinand et Isabelle, rendirent une ordonnance (pragmatica) (loilr% tit. 10, lib. 7 de la recopilation), par laquelle on défendit d'embarquer des marchandises et des denrées sur des bâti m en s étrangers, sous peine de confiscation des navires. Les étrangers étaient obligés aussi d'envoyer en Espagne les effets de commerce sur desbàtixnens espagnols, le seul cas excepté qu'il n'y eût pas dans leurs ports des navires de cette nation.

Ulloa (') déplorait l'oubli dans lequel était tombée cette ordonnance. Que seraient devenues, disait-il, la Hollande, dont le sol est si stérile; Gènes, peu favorisée par la nature; Venise, si renommée par les flottes puissantes qu'elle mit en

( 1 ) Rétablissement fies Fabriques.

mer; l'Angleterre, enfin, sans leurs actes de navigation? 11 semble, ajoutait- il, qu'étant, par notre position au couchant, le dernier peuple que le soleil visite dans sa course, nous sommes destines aussi à être les derniers éclairés par le flambeau de la raison.

Le gouvernement de Philippe ne rétablit point Y acte de navigation; mais il travailla avec un zèle constamment soutenu à établir des chantiers, à créer des écoles et des établissemens maritimes. A Cadix, on éleva , sous la direction de Patino , un des plus beaux chantiers de l'Europe. Celui de Guarnizo, sous la direction de Campillo et Ensenada , près de Santander, fournit de nombreux vaisseaux dont les vieux officiers de marine de nos jours aiment à se rappeler encore la magnificence et la solidité de construction. On abandonna ce chantier après avoir élevé celui du Ferrol. Carthagène devint aussi un département destiné a occuper les constructeurs et à élever des marins dans ses écoles de navigation et de pilotage.

Dans le double but d'encourager l'agriculture et d'empêcher la sortie des capitaux du royaume pour acheter des bois de construction maritime , du goudron , du salpêtre et des cordages, on accorda des privilèges pour couper des arbres. Diverses fabriques furent établies dans ' le royaume d'Aragon sur les montagnes de l'Espuna , d'où le bois devait être porté jusqu'à Ja

Cinca; un autre établissement pour la coupe du bois fut placé dans les Pyrénées à la vallée de Hecho; de là, on le transportai^ jusqu'au voisinage de Jaca, d'où il entrait dans la rivière d'Aragorf. Un troisième existait dans la vallée de Roncal ; la rivière Esca le conduisait aussi dans celle d'Aragon.

Le goudron et le salpêtre étaient préparés dans la Catalogne et l' Aragon, notamment dans les montagnes de Tortose, où les pins sont très abondans. Le cordage se faisait à Puerto Real ; il y avait aussi une autre manufacture à Sada, en Galice , dans l'évêché de Tuy , laquelle était préférable, pour la qualité des cables, à celles des nations étrangères.

Des écoles furent établies pour former des marins. La plus célèbre est celle des gardes-marine, créée en 1727* H fallait être gentilhomme pour y être admis. Dans celle-ci, comme dans ceHe de l'artillerie de marine, il y avait des maîtres de mathématiques , de physique, d'artillerie et de manœuvres ; des écoles de pilotage et de nautique se trouvaient distribuées et multipliées sur les côtes.

Il fallait que le personnel , ainsi que le matériel de la marine, fut déjà très considérable en 1 74 1, puisque nous voyons qu'on dépensa cette année 44 millions de réaux pour cet objet. (■)

(') Cahga Abcu elles, Diccionario de Hacienda.

Remarque sur l'administration tie Philippe F.

i3. Les bornes de cet Essai ne permettant pas de tracer une histoire détaillée de chacune des diverses branches de l'administration, nous n'avons fait qu'indiquer quelques unes des principales mesures qui ont signalé le règne de Phi* lippe V : elles suffiront, ce semble, pour se faire une idée assez exacte de la marche suivie par le gouvernement. Nous passerons sous silence un grand nombre de dispositions utiles , soit contre les envahisseraens de l'autorité ecclésiastique, soit contre les acquisitions des biens immeubles par les confesseurs et les églises , lesquelles furent prohibées, ainsi que sur des établisse mens de bienfaisance et des monts-de-piété; nous nous bornerons à faire remarquer que le gouvernement, malgré ses bonnes dispositions en général pour opérer des reformes, se trouvait constamment gêné dans ses démarches par des abus que le temps avait consacrés, et qu'il n'étaitpas libre de poursuivre l'exécution de ses vues. Celles-ci ne pouvaient être, à la vérité, tellement exemptes des préjugés communs, qu'il n'en fut entiché au moins en partie sous certains rapports; mais même pour le bien qu'il voulait faire, il lui fallait, pour ainsi dire , défricher le terrain avant de pouvoir semer et récolter, lorsqu'on examine avec attention les erreurs de tout genre, transmises aux Espagnols

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