‹ L'Espagne sous les rois de la maison de Bourbon (volume 2)Chapitre 53 sur 89 · SCIENCES ET LETTRES · texte numérisé non relu

SCIENCES ET LETTRES

§. i . Le seizième siècle avait été pour l'Espagne la belle époque de la. littérature. Toutes les connaissances humaines avaient été cultivées avec ardeur pendant sa durée; et, il faut bien le dire au risque même de déplaire à ceux qui nous reprochent de parler de nos richesses littéraires avec l'exa^ration et l'emphase propres aux peuples déchus de leur ancienne grandeur, une littérature nationale aussi belle et aussi variée sous les rigueurs mêmes du Saint-Office est un singulier phénomène non moins honorable pour le génie de notre nation, que digne de fixer l'attention de l'observateur éclairé. Il était cependant audessus du pouvoir des hommes de se soustraire à la longue à la funeste influence de cette institution atroce. Le génie des Espagnols dut enfin succomber. Tant que les bûchers ne furent allumés que pour des juifs, des mahométans ou des sor-

ciers , on put parcourir encore, non sans danger à la vérité, le vaste champ des sciences et des lettres; mais, aussitôt après que les réformateurs de l'Allemagne eurent proclamé la nécessité d'extirper certains abus et porté un regard scrutateur jusque dans les croyances, le fanatisme s'en alarma. N'ayant jusqu'alors déployé ses rigueurs que contre des israélites ou des sectateurs de Mahomet , il devint ombrageux envers les catholiques eux-mêmes ; il poursuivit à outrance tous ceux qu'il soupçonnait de partager les opinions de la réforme; l'ignorance et l'asservissement purent seuls le rassurer. Un nombre considérable d'Espagnols de tout rang et de toute condition périrent dans les flammes : la terreur s'empara des esprits. Pour ne point attirer l'attention du tribunal de la foi, il fallait être tout-à-fait ignorant; on s'empressa de le devenir. La décadence de la littérature espagnole date de cette malheureuse époque; elle suivit la même progression que celle de l'État.

La dégradation était consommée sous le règne de Charles H. A quel état de dépérissement les lettres et les sciences ne devaient-elles pas être parvenues dans un pays où Ton voyait le souverain consulter des possédées et régler les affaires les plus importantes de l'Etat sur les réponses de tels oracles! Quelle cour que celle où les plus hauts personnages et les prélats les plus émineus

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