CHAPITRE ADDITIONNEL. OCX
prêtaient leur coopération à des démarches d'une superstition aussi stupide , précisément à la veille de la mort d'un monarque sans enfans et en présence des dangers dont l'Espagne était menacée par une succession contestée! L'histoire des peuples offre peu d'exemples, je crois, aussi frappans et aussi salutaires que ce règne , des malheurs par lesquels ils expient les outrages faits à la raison et à l'humanité.
Le fanatisme ne toléra plus d'autre enseignement que celui des principes propres à affermir la durée de son empire; il ne laissa entendre d'autres voix que celles des faux docteurs chargés de les proclamer. Les universités offraient un luxe remarquable quant au nombre des maîtres appartenant la plupart à des ordres religieux, et qui affichaient un superbe dédain pour toutes les connaissances utiles : on n'y parlait que le langage barbare , le jargon inintelligible de la secte prétendue péripatéticienne. On n'y exerçait que dans des disputes aussi oiseuses que ridicules des élèves qui devaient être appelés un jour à diriger les affaires les plus importantes de l'Etat ou à éclairer les consciences et à obtenir la paix et le bonheur domestiques. La théologie et la jurisprudence étaient à peu près les seules facultés qui fussent enseignées dans les universités; mais toutes les deux s'écartaient de leur véritable but. La première s'égarait dans des abstractions et des
subtilités , lorsqu'elle n' aurait dû s'occuper que d'établir la solidité des fondemens sur lesquels repose la foi orthodoxe , et de démontrer surtout l'alliance des vérités émanées du ciel avec celles qui sont du domaine de la raison. La seconde n'offrait qu'un mélange bizarre de dispositions civiles et canoniques de diverses époques et des nations différentes ; de plus , elle proclamait parfois sur l'autorité des rois et sur les droits de l'Eglise des doctrines contraires au bien-être des sociétés politiques.
En dehors des corps enseignans , il ne restait non plus aucune trace de l'ancienne gloire littéraire. L'histoire, l'éloquence, la poésie, étaient plus atteintes les unes que les autres de la déviation universelle des principes d'une saine philosophie. Le mauvais goût avait tout envahi; le gongorisme était passé de la poésie dans toutes les autres facultés.
Quant aux sciences, elles étaient à peu près inconnues. L'armée et la marine se trouvaient dans l'abandon le plus complet. Il n'y avait ni industrie, ni commerce, ni aucun des établissemens qui rendent le secours des sciences indispensable. On trouvait, il est vrai, dans quelques universités, des chaires de mathématiques ; mais l'enseignement n'existait que de nom. Bien longtemps après cette époque, c'est-à-dire , au milieu du dernier siècle, lorsque les lumières avaient