‹ L'Espagne sous les rois de la maison de Bourbon (volume 2)Chapitre 71 sur 89 · CHAPITRE ADDITIONNEL. 62 I · texte numérisé non relu

CHAPITRE ADDITIONNEL. 62 I

L'abbé Andrés dit , en parlant de don Jorge Juan : « La postérité le respectera comme un grand maître, comme le régulateur des vents, comme l'Éole et le Neptune des marins, comme le dieu de la navigation. » Il y a sans doute un peu trop d'enthousiasme dans ces éloges , mais au fond ils sont mérités.

L'Institut royal de France disait, en 1826, que Y Examen maritime de don Juan est le traité le plus complet et le plus profond qui ait été écrit sur cette matière.

Son collègue don Antonio d'Ulloa retourna en Amérique en 1769, et fut pendant quelque ^ temps gouverneur de la Louisiane. Il mourut en 1 795 ; il était né en 1 7 1 6.

Don Jorge Juan et don Antonio d'Ulloa adressèrent à Sa Majesté Ferdinand VI, sous le ministère du marquis de la Ensenada, une exposition secrète sur l'état de l'Amérique et sur les abus de l'administration civile et ecclésiastique dans les possessions d'outre-mer : elle vient d'être imprimée à Londres il y a quelques mois. Ce travail honore infiniment l'esprit et le cœur de ces deux savans espagnols ; car il est impossible d'exprimer avec une plus grande impartialité et dans un style plus simple et plus digne tout à la fois leur opinion sur l'état de ces contrées. Il est aisé d'y remarquer un zèle singulier pour le service

de leur souverain et de leur patrie, ainsi que pour le bonheur des peuples de l'Amérique.

Macanaz.

C'est une particularité digne d'être remarquée dans le règne de Philippe V, que la conduite du roi envers le fiscal du Conseil de Cas tille, Macanaz. Ce trait peint à lui seul parfaitement et le caractère du monarque, et la puissance du Saint- Office sous son règne. L'indolence, disons mieux, la timidité avec laquelle Philippe sacrifia son ministre à la Susceptibilité ombrageuse du tribunal, contraste singulièrement avec l'estime et la considération personnelle dont il l'honora constamment pendant toute sa vie. Il n'y avait d'autre tort de la part de Macanaz, aux yeux de l'Inquisition, que zon zèle pour défendre les droits de la couronne contre les empiéteraens et les usurpations du pouvoir spirituel. On ne pouvait lui imputer d'autres crimes que d'avoir soutenu des principes favprables à l'autorité civile dans l'administration extérieure des affaires ecclésiastiques. Or çe fut cette même autorité royale qu'il défendait en ministre fidèle et en homme d'état éclairé, qui n'osa pas prendre sa défense ni interposer sa médiation en faveur d'un aussi courageux avocat de ses prérogatives. Macanaz, craignant d'être enfermé dans les cachots du Saint- Office, se vit dans la nécessité de chercher un

Page 1