L'Espagne Sous les Rois de la Maison de Bourbon
Les malheurs de la France vont toujours en augmentant » et Louis XIV se trouve dans la nécessité de renouer les négociations. — Principes, progrès et rupture des conférences de Gertruydenberg.
Pendant l’année 1709, des malheurs successifs accablèrent la France presque sans interruption. Dans les Pays-Bas, théâtre principal de la guerre, la sanglante bataille de Malplaquet ajouta sans doute encore à la gloire et à la réputation de bravoure des troupes françaises; mais leur courage ne put les préserver de l’épouvantable défaite qu elles essuyèrent. Villars, le plus habile, comme le plus heureux de leurs généraux,
fut blessé et forcé de quitter le commandement; les alliés brisèrent encore davantage cette chaîne de fer qui ceignait et gardait la frontière, et avait jusqu’alors arrêté leur marche audacieuse; ils s’emparèrent de Tournai et de Mons. Le monarque français, en voyant les progrès d’un ennemi victorieux, et, d’un autre coté, envisageant l’état d’épuisement où la nation se trouvait , ne pensait pas sans effroi à la*campagne prochaine , ni aux suites funestes d’une défaite qu’il pouvait essuyer. La conduite de l’électeur de Bavière rendait encore sa position plus embarrassante.
Ce firince, désespérant de la fortune de la France, fît des ouvertures aux alliés ; il offrit de leur remettre Luxembourg, et les autres places fortes des Pays-Bas qu’il conservait pour Philippe , en échange d’un territoire équivalent, ou de la restitution de ses états. (l)
Louis XLV, pendant cette campagne désastreuse, était sans cesse préoccupé de l’idée de reprendre les négociations, aussitôt que le retour de l’hiver suspendrait les opérations militaires.
Quant à Philippe, à peine fut-il parti pour . l’armée , qu’on mit en œuvre les mêmes moyens
dont on s’était déjà servi précédemment , pour
• ( ’) Maison if Autriche , vol. I, page 1022. Torcy, tome II, page a35. * * . .
faire croire à la mésintelligence entre la France et l’Espagne. Le monarque français retira ses troupes de Pampelune, Fontarabie, et autres places au sud des Pyrénées ; Bezons reçut l’ordre de se mettre en marche , avec toute l’armée sous ses ordres, pour le Roussillon : c’était pourtant dans ce même moment que Philippe recevait de son père, le dauphin, l’assurance la plus positive sur le secours que le roi de France était et serait toujours disposé à lui accorder ('). On permit aux soldats de passer au service du roi d’Espagne; et il se trouva que le nombre de ceux qui s’y engagèrent montait à cinq mille hommes, dont on forma un corps, tandis qu’on renvoya les Wallons des Pays-Bas en Espagne, sous prétexte qu’ils étaient sujets espagnols. Ainsi, les troupes qu’on faisait semblant de retirer à Philippe res- ' taient à son service sous une dénomination différente ; et les troupes qui restèrent sous le commandement de Bezons étant réunies à celles de Noailles, formèrent une armée puissante sur la frontière de la Catalogne, prête à la franchir au premier signal.
Afin d’atteindre son but vis-à-vis des alliés, et pour calmer l’anxiété de l’électeur de Bavière, Louis XIV demanda à son petit-fils la cession de Luxembourg, Namur, Charleroi et Nieuport,
Hi
C) Saînt-Phïli"Pj>f. , tome II, pages ü63, 307 , 309.
■ rik
Jfc
• ‘ v yf • .
i PHILIPPE Y.
»., •** -.si -i .
les seules places qui lui restaient dans les Pays-Bas espagnols. Lors du départ d’Amelot pour l’Espagne , il fut charge d’aplanir graduellement et de loin les obstacles qui pourraient s’opposer à cette demande, et de déclarer qu’à moins de faire ce sacrifice, le roi de France se verrait, quoiqu7à regret , forcé de plier devant une nécessité impérieuse et de réunir ses armes à belles des alliés.
. Cette menace n étant suivie d’aucun effet ,
V îi . 7
on donna un tour nouveau à la proposition. Louis XiV envoya Ibbeville, agent de l’électeur, pour faire la demande au nom de son maître, en vertu du traité signé en 1703. Il espérait que l’offre de ces places importantes, avec le reste des Pays-Bas , tenterait irrésistiblement les Hollandais, ou du moins, que cette cession empêcherait la défection de l’électeur.
’ Philippe n’osa pas consentir à cette demande 4>av|pt d’avoir consulté les ministres espagnols; mais ceux-ci n’ayant pour but que le bien de leur propre pays, ne virent dansle traité avec la Bavière qu’un simple prétexte pour acheter la sûreté de la France aux dépens de l’Espagne , et ils s’y re- 4' fusèrent sur la raison que Philippe se priverait par là des moyens d’obtenir une paix favorable. Le duc de Medinaceli surtout s’opposa avec le plus de chaleur à l’exécution du traité, alléguant que la France ii’âvait qu’un seul moyen d’aider l’Espagne, qui était de rompre toute négociation
cflAp* xvii* — 1710. * 5
nvec les allies, et de faire une diversion puissante parla Catalogne. Cette vive opposition l’emporta sur la timide obéissance de Philippe; Ibbeville quitta l’Espagne , convaincu que le roi voulait bien, mais qu’il n’osait admettre la proposition dont il s’agissait.
Cependant, Louis persistait toujours dans son dessein d’amener les alliés à ouvrir une nouvelle négociation. 11 savait, par sa propre expérience, que la plus petite lueur d’espérance de la paix contribue à ralentir les opérations guerrières. Il n’ignorait pas que , d’après les premières conférences , non seulement le courage de ses partisans en Angleterre et en Hollande s’était ranimé , mais qu’il en avait retiré de grands avantages, ayant eu le temps de rassembler des ressources pour la dernière campagne, il est vrai que, depuis la rupture des conférences, on avait entretenu une correspondance suivie, par le canal des agens français en Hollande, et qu’une sorte de négociation, quoique non revêtue de formes diplomatiques , avait eu lieu par l’entremise de Petkum , résident du duc de Holstein, afin d’aviser à quel- . que expédient satisfaisant, qui pût modifier les quatrième et trente-quatrième articles préliminaires, qui étaient les seuls obstacles, en apparence.* à la conclusion de la paix.
Louis découvrit des symptômes $i favorables dans le parti qui s’était prononcé «pour la paix.
qu’il chercha à leurrer les Hollandais en leur offrant un traité séparé, par lequel il leur serait cédé une partie, ou la totalité des Pays-Bas espagnols, avec des avantages extraordinaires pour leur commerce (‘). Mais ces intrigues n’échappèrent pas à la vigilance des alliés ; elles restèrent . sans résultat par la conclusion du traité des barrières entre l’Angleterre et la Hollande, par lequel on garantissait à la république des avantages pareils à ceux offerts par la France, ainsi que la sûreté de son territoire, mis sous la protection de la grande alliance.
Par ce traité célèbre, dont le but était d’unir intimement la Hollande et l’Angleterre, à l’effet d’empêcher à l’avenir les agressions de la France,
(‘) Saint-Philippe , qui est ordinairement bien informé sur les affaires d’Espagne , affirme que le but d’Ibbeville , dans sa mission , fut d’obtenir la cession des Pays-Bas et le commerce d’Amérique pour les Hollandais. Cette assertion est contredite par l’éditeur des Mémoires de Noailles , qui prétend, d’après les documens qu’il avait sous les yeux, que la mission d’Ibbeville se borna tout simplement à la
demande faite au nom de l’électeur de Bavière. Il se pour-*
rait, néanmoins, que. cet éditeur eût accordé aux instructions écrites et ostensibles de cet agent plus d’importance qu’elles n’en méritent. La conduite de Louis XIV donne un grand poids à l’assertion de Saint -Philippe. Noailles, tome IV, page 106. Saint-Philippe, torhe II, page 3ia. Dksormeàux, member.