CHAI». III. I7OI
dicte ces conseils , que j'attendrais d'un père, si j'étais*% votre place , et que je recevrais comme des preuves assurées de son amitié. »
Afin de prévenir les effets de cette influence^ on envoya des ordres pour que la reine ne pût parler an ministre piémontais qu'en audience publique; et pour plus grande sûreté , la princesse des Ursins était toujours présente , quand elle recevait les ambassadeurs étrangers. On trouvait dans sa jeunesse et dans son inexpérience des moti& sui&sans pour excuser cette innovation. (»)
Cependant Louis et ses agens ne furent pas long-temps sans s'apercevoir que tous ces soupçons étaient sans fondement^ et que le chagrin de la reine ^ loin d'être l'artifice d'une politique calculée y n'était autre chose que la peine qu'une jeune femme devait natureUement éprouver en se séparant des personnes auxquelles elle était attachée depuis l'enfance. Mais étant également convaincus que rien ne saurait l'empêcher d'avoir^ par ses qualités aimables ^ de l'empire sur son tendre et docile époux, ils songèrent bientôt à inâuencer sa conduite par l'intervention de la princesse des Ursins dont ils connaissaient bien le asèle et l'attachement.
(') NoiiLLBA, tome II, pages 160 et 170.
ig8 PHILIPPE T.
f On n'a pas lu^ sans étonnement, dans le coai^ de ce chapitre, les étranges maximes du président du conseil de Castille , Arias , sur le pouvcnr des tois d'Espagne, qu'il appelait absolu et des-potique. Il est, certes, bien à plaindre le pays où le chef de la magistrature tient au roi, par ignorance ou par flatterie, un pareil langage. Les mêmes principes se trouvent aussi confirmés dans les instructions données à Marsin par le gouyer-^ nement de Louis XIV. Quelc[ues remarques nous paraissent nécessaires à ce sujet.
L'abbé Millot> qui fut le véritable auteur des Mémoires de ]\oailles,'dit> en parlant de ces mots des instruttions, le pouwir des rois a été toujours absolu m Espagne, que le rédacteur des instructions données à Marsin n'avait pas lu l'histoire de te pays. L'arrêt pourrait paraître sévère : il est pourtant juste.
Non seulement le pouvoir des rois n'a pas été absolu en Espagne, mais il n'y a eu au contraireaucun peuple en Europe qui ait pris part, d'une manière plus réelle qiie l'Espagnol , aux affaires de radftti-*nistration, au moyen de ses députés aUx Coriès; et cela sans interruption, pendant la durée d'une époque prolongée et malheureuse , où presque toutes les nations étaient asservies , lorsque les ténèbres du moyen âge se répandaient sur toute
CHAP. m. — 1701. 199
la surface de Tancien empire romain , et que les institutions féodales tenaient les peuples courbés sous la domination la plus dure et la plus impérieuse. Sans parler de la Catalogne ni de l'Aragon^ qui furent trop riches autrefois en libertés ; sans parler de la Navarre et de la Biscaye qui en conservent aujourd'hui de très importantes ^ la Castille elle-même a vu constamment le pouvoir de ses rois^ tempéré pendant un grand nombre de siècles par l'intervention des assemblées poli^ tiques nationales dans toutes les affaires graves du gouvernement. Un publicLste moderne anglais^ Halgan, dans son Histoire du moyen âge, a remar^ que avec justesse, qu'il a existé une grande analogie entre les lois qui régirent autrefois la Castille, et ^relies de l'Angleterre à la même époque. Si l'on excepte le jugement par jurés, qui est le soutien et la gloire de la constitution anglaise, toutes les autres libertés politiques et civiles se trouvaient dans les lois castiUannes. Lors même que la cou-ronne conçut le dessein de ravir au peuple ses privilèges , et qu'elle le poursuivit opiniâtrement, en se servant de tous les moyens possibles pour avilir et corrompre les Cortès , elle n'T>sa pas manquer tout à coup à l'usage de les convoquer : elle continua de les réunir pour le vote de l'impôt et pour les affaires graves de l'administration , rendant ainsi un hommage aux droits sacrés du peuple. Ce ne fut que sous Charles II que l'on négligea
:ioo PHILIPPE y.
entièrement la conTocation de ces assemblées.
Si le président Arias et le rédacteur des Instructions données à Marsin eussent avancé que le pouToir de la couronne avait toujours été très étendu y prépondérant même, ils auraient pîi fournir, au besoin, un grand nombre de preuves et de témoignages à Tappui de cette assertion ; car les rois ont de tout temps exercé une très grande autorité en Espagne : mais c'est méconnaître entièrement la vérité historique que d'affirmer que cette autorité a été toujours alhsalue dans un pays célèbre par les Clortès , et fier de l'intervention qu'exerçaient les états dans les affaires de l'administration publique.
Que cette représentation politique ait été alors imparfaite , comparativement à celle des gouvernemens représentatif de nos jours, c'est de quoi nous n'avons pas droit d'être surpris; car on ne doit pas perdre de vue que la science du droit public est moderne, et que ce n'est que depuis peu, et par des combinaisons fortuites, qu'on est parvenu à bien comprendre les garanties mutuelles propres à affermir et à conserver les rapports entre les gouvemans et les gouvernés. L'équilibre des pouvoirs est une théorie tellement récente, selon Hume, dans son Histoire dAn^ gleterrej que ce ne fut que lors du procès de l'infortunée Marie Stuart, reine d'Ecosse, que l'on entendit parler pour la première fois du