‹ L'Espagne Sous les Rois de la Maison de BourbonChapitre 64 sur 113 · CHAPITRE- IX ADDITIONNEL, '’r · texte numérisé non relu

CHAPITRE- IX ADDITIONNEL, '’r

avaient jusqu’alors dégradé la scène, la réforme 'de l’éloquente de la chaire et du barreau des ouvrages périodiques rédigés dans un excellent esprit où se traitaient souvent les hautes questions de morale publique, de gouvernement et d’écor nomie , enfin une ardeur extraordinaire, un élan général pour l’instruction , tels furent les progrès des connaissances en Espagne sous Charles III. Ce monarque , protecteur avoué des sciencdfe et des arts, laissa à" la presse une liberté raisonnable que l’inquisition chercha vainement à lui ravir par des persécutions ou plutôt par des menaces; car, ainsi que nous l’avons remarqué plus haut, elle perdit entièrement sous ce règne l’allure îranche de son atrocité primitive. Tant d’écoles créées piour l’enseignement des connaissances scientifiques, tant de sociétés économiques occupées à rechercher les causes de la décâdence de l’Espagne et les moyens de la relever; la raison publique, en un mot, appelée à la discussion des questions les plus essentielles auxquelles se rattachaient les intérêts nationaux, ne pouvaient que rendre timides les suppôts de l’ignorance et- de l’erreur. ' ,•

Deux mesures prises par le gouvernement cou- • tribuèren| surtout, d’uné manière efficace et immédiate, à lever les obstacles qui s’étaient opposés jusqu’alors aux progrès de l’instruction générale, le niinistre Roda en eut tout le mérite; ce- fut la

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réforme de six eolegîos majores dans le royaume deÇastillc, et l’expulsion des Jésuite?. Avantcelte révolution , les canonicats d’offices des églises cathédrales et les magistratures de robe n’étaient doiin.és qu’aux membres de ces collèges : l’on sait qu’en Espagne les églises et les tribunaux se partageaient à peu près toute la jeunesse destinée âiix études. Par la suppression de ces corps privilégié^ tout étudiant qui avait des connaissances et une conduite régulière pouvait aspirer désormais à remplir un |our les fonctions qui leur avaient éte^ jusque-là interdites. 11 faut avouer, à la louange des collèges supprimés, qu’il y régnait généralement parmi leurs membres un sentiment délicat sur l’honneur, et de la noblesse dans les* procédés; mais ces qualités, quelque estimables qu’elles fussent, ne pouvaient pas racheter les inconvéniens de l’institution elle-même, Quant aux Jésuites, leur crédit éloignait des places et des honneurs, quiconque n’était point leur élève, ni Jésuite de robe courte ; deux classes qui, sçlon.la remarque de Llorente , composaient alors en quelque sorte un tiers ordre fort nombreux de la compagnie de Jésus.

-.ri-Mais, malgré l’importance de ces mesures pour la restauration des.,sciehces et des lettres , Roda sentit qu’elle ne pourrait être complète tant qu’on n’aborderait pas franchement la réforme dès corps enseignans. L’entreprise était aussi honorable que

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difficile ; Roda eut la douleur d’ecboner'dans ses efforts. Pour expliquer cette partie de l’bistoire littéraire sous Charles III , nous sommes* forcé d’entrer ici dans quelques, détails. L’impulsion générale dohnée aux esprits vers Tétude des sciences et des connai.s.sances utiles,. et le désir d’instruction, que nous-verions de signaler, s’arrêtaient aux* portes des universités soi-disant littéraires, où le scolastiçisme, toujours entouré* des nombreuses phalanges de ses adeptes et .soutenu par elles, continuait) à régner en inaîfl’e. Des discussion.s pour -la plupart inutiles, et une métaphy.sique hérissée de subtilités, occupaient les théologiens : le droit civil et canonique, dénaturé également par des abstractions, pwdait de vue les' principes généraux, qui sont la source de- la justice des lois; ces.seules facultés formaient, comme jadis, tout l’enseignement des corps à qui, par* un déplorable malhéur , l’instruction nationale était confiée., Le professorat se composait en général de moines dépourvus de connaissances, et qui passaient leur vie à agiter des questions inutiles sur la pi’éférence de*^ telle» du telle doctrine scolas- ^ tique» Pôur assurer donc le succès de la réfonne que Roda avait eu. vue, il fallait surmonter une vîye résistance de "leur .part ; la prudence conseillait des ménagémens y il .crut convenable de deniander aux tinivei'sités leur avis k ce sujet. Tl était important surtout d’avoir le suffrage.de cellé

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de Salamanque , laquelle , à raison de sa renommée etf^e la possession où elle se trouvait depuis des siècles d’être consultée non seulement sur les affaires de l’enseignement^ mais sur des matières même d’administration, exerçait une sorte de

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suprématie, et se regardait elle-même avec orgueil comme la reine des uuiversités , le trône de la sagesse et le boulevard de la chreüenléi Or , l’unîversité de Salamanque offrait à cette époque le déplorable spectacle d’un enseignement presque entièrement consacré à de Vaines subtilités. L’eloignement , ou plutôt l’horreur de cette académie poiir les connaissances sêientifiques, était' extrême. Deux faits authentiques le prouvent d’une manière évidente. En 1768, don Diègue de Torres, et quelques autres membres' de l’université, témoignèrent à celle-ci le désir de foimer une académie de rnathéznatiques, et en demaiidèrent la permission, A cet effet, ils exposèrent devant le c/aowtro ( assemblée de docteqrs)' l’abandon où se trouvaient ces portes d’étydes; et que c’était lui (Torres) qui avait le premier donné l’éveil par son Pronostique : la demande fut rejetée. Deux ans après ( 1760) , le comte de Fuentes eiit la pensée de fonder, a Saragosse, ninp acadéni'ie générale des sciences et des arts, avec le litre ôü Académie du bon goût i dont l’objet devait être de critiqnoe avec nzesure les livres et antres productions lit-

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téjaires y d’aviser aux moyens de corriger les défauts des ouvrages élémentaires , <ou tout au moins de les éviter, de pülser enfin de nouvelles connaissances dans la cultùt'e des sciences et des arts. D’après la forme établie, le Conseil de Castille renvoya la pétition du comte à l’université de Salamanque, qui s’y opposa formellement.

Un père Ribera, de l’ordre de la Trinité, qui exerçait alors* une sorte de dictature dans cette université, fut chargé de .rédiger le rapport au conseil. Oh y disait que les pétitionnaires ( plusieurs personnes avalent signé la pétition avec le comte de Fuentes) n’étaient point déterminés par un désir véritable d’instruction ; que leur de-‘ mande n’attestait que leur'attachement aux principes -des. entcyclopédistesi nommant, avec une ignorance qu’on ne sait commentqualifier, parmi ceux-ci, Heinnetius, Mnralori', Rollin et autres. On y lisait' cette étrange assertion , que c’était Muratoriqui leur avait tourné la tête, par son ouvrage intitulé Réflexions sur te bon goût dans les sciences et dans les arts. .On y ajoutait que l’uni»versité de Salarnanque était le seul modçle à suivre en matière d’enseignement ; que l’on n’avait .enfin nullement besoin de nouvelles méthodes ni de nouvelles académies. Sur un semblable rapport de l’université, l’académie du bon goût, qui avait déjà commencé ses séances, sous la présidence du comte de Ftienlesi fut supprim’ée par le conseil.

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' D’ après cette résistance opiniâtre, de l’ université contre tout autre enseignement que le sien, il était aisé de voir qu’elle n’entrerait pas dans ^ • les vues éclairées de Roda. ‘

En effet, .à l’invitation qui lui fut faite par lé Conseil de Castille , en 1 77 1 , de réformer l’ensei- ' ■. gnementjCette université répondit en lui adressant

un plan d’études entièrement basé sur la méthode suivie jusqu’alors,: elle ajoutait qu’élle‘ne pouvait pas se séparer du. système appelé péripatéticien; que ceux de Newton , de' Gassendi et dé Descartes n’avaient pas une affinité aus^ prononcée avec les vérités révélées , que celui d’’ArIstote; que les docteurs qui avaient précédé les professeurs actuels de l’université , ne s’étaient jamais proposé* d’être des législateurs littéraires, eri.introduisant un goùt*plus exquis dans les sciençes, et que l’université ne ‘songeait en aucune manière à • ' s’ériger en réformatiice^ en créant de nouyelles méthodes. On ne sait, à la vérité, de quoi s^* tonner le plus, dans le plan présenté par l’université, ou* de l’ignorance^ ou de la mauvaise foi des membres des facultés de, théologie et .de philosophie ; mais la surprise est à son comble . lor^u’pn' entend dire aux professeurs mêmes de. la faculté de di'oit,* qu’il fallait repousser, toute . . réforme , et lïe point aTiandonner les méthodes ' étabKesv.ll noys semble, dLsaieiit-ils~, que' c’est aux universités câthobques, et surtout à la notre.

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