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Négociations avec les princes de l'Inde

*Par les mêmes motifs qui nous déterminèrent à faire la paix avec l’empereur de Maroc, nous nous décidâmes aussi à nous assurer dans l’Inde orientale l’amitié de Hyder- Ali-Kan , dont la puissance et l’amour de la guerre pouvaient inquiéter les Anglais , dans le cas où les hostilités commenceraient ; nous résolûmes aussi de les éloigner de leur projet bien arrêté de prendre Manille et la partie principale des îles Philippines, ainsi qu’ils avaient déjà commencé de le

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faire dans la dernière guerre. Je trouvai parmi les papiers du ministère d’état ceux relatifs à la négociation d’amitié proposée par l’émissaire Gale-Mitz , qui était venu en Espagne dans cette vue; je la continuai, en maintenant la correspondance avec le prince asiatique , pour l’affermir dans ses espérances à l’égard de notre gratitude , et regagner son amitié. En effet, tout le monde connaît ses efforts contre les possessions anglaises pendant la dernière guerre ; et c’est à lui que , selon toutes les apparences, nous devons la conservation des îles Philippines.

/|. Accord avec la Prusse et la Russie , et formation de la neutralité année.

La guerre dont nous étions menacés pouvant embraser le continent si l’Angleterre réussissait à y trouver des alliés, chose qui heureusement n’eut pas lieu , jé représentai à Voire Majesté les avantages que l’on pouvait retirer de l’amitié du grand Frédéric, roi de Prusse, et je proposai de rétablir réciproquement les ambassades dans les deux cours, ce qui n’avait pas encore été adopté, malgré les conseils d’une saine politique.

Ce grand monarquefutenchantéde cette offre, et, qui plus est, on eût dit qu’en l’acceptant c’était lui qui la proposait. On prit aussi des précautions jKMir calnrer les inquiétudes que cette

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démarche produisit à la cour de Vienne; Votre ^ Majesté obtint et conserva l’amitié du monarque prussien jusqu’à sa mort ; elle jouit également de la plus grande confiance de la part de son successeur, malgré les contrariétés occasionnées par les troubles de la Hollande , et par le grand changement survenu dans le système d’union entre les cours de Berbn et de Versailles.

Pour priver nos ennemis de tout allié maritime qui eût pu nous gêner dans le cas d’une rupture, je cultivai, par ordre de Votre Majesté, la^ bonne correspondance avec la Russie, envers laquelle il existait quelque froideur et un manque de confiance, par suite des disputes relatives au titre impérial, ainsi qu’aux cérémonies et prétentions de la cour de Russie. La France entra dans nos vues ; non seulement nous réussîmes a séparer la Russie de l’Angleterre, mais elle nous envoya exprès deux frégates chargées de munitions navales, précisément au moment où la guerre nous empêchait de les transporter et d’équiper nos vaisseaux.

Nous déterminâmes également l’impératrice à se placer à la tête de presque toutes les nations neutres, pour maintenir l’honneur de leurs pavillons , union qui fut appelée la neutralité armée. L’Angleterre se trouva privée par là de tous les avantages qu’aurait pu lui procurer l’amitié de quelque puissance maritime. Toutes, jusqu à

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la Hollande son ancienne amie , adhérèrent à cette réunion. Permettez-moi, Sire, de rapporter ici ( les moyens employés pour frapper ce grand coup dont on a voulu faire honneur à laRussie , mais qui réellement prit son origine dans le cabinet diplomatique de V otre Majesté , et dans les maximes que vous adoptâtes avec une singulière prévoyance. f' Le principe reconnu dans les traités de presque toutes les nations, savoir, que le pavillon neutre met à couvert de toute confiscation les effets ou les marchandises appartenant aux ennemis, n’a- • vait jamais ete observe par la marine anglaise , qui s’appuyait sur les grands principes de sa prétendue souveraineté sur les mers, ou qui alléguait les lois particulières de son amirauté. Lorsque Votre Majesté arrêta et publia sa nouvelle ordonnance pour les croisières pendant la dernière guerre, il fut établi que les vaisseaux avec pavillon neutre , ou bien ceux des puissances amies transportant des effets appartenant à l’ennemi, seraient conduits dans nos ports, pour exécuter, au sujet de leurs cargaisons, la même loi que les Anglais appliquaient à ceux portant des propriétés espagnoles ou alliées. Par cette mesure, nous avions deux objets en vue j c’était de réprimer la conduite des Anglaisa l’égard du pavillon neutre , et de nous procurer des compensations au moyen des représailles; car le commerce anglais ne pouvait qu’éprouver de grandes pertes.

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î.orsqu’on mit à exécution cet article de l’ordonnance , et que la circonstance du blocus de Gibraltarnous donnala facilité d’arrêter un grand nombre de bâtimens portant des marchandises anglaises, à leur arrivée dans la Méditerranée, on jeta un cri général chez toutes les puissances maritimes neutres. Je fus assailli par les ministres de Suède’, de Danemarck, de Hollande, de Russie, de Prusse, de Venise, de Gênes, etc.; tous se plaignaient des pertes que leur commerce éprouvait par suite de cette détention de leurs

nombreux bâtimens. Je répondis constamment à ces clameurs et à ces représentations que si les puissances maritimes neutres défendaient leur pavillon contre les Anglais , lorsqu’ils voulaient saisir à leur bord des effets espagnols, nous respecterions leur pavillon à notre tour, quoiqu’il couvrit des marchandises anglaises ; que les puissances neutres ne devaient pas consentir à un tel abus d!e pouvoir de la part des Anglais , et que nous ne saurions le tolérer non plus; maisqu’ayant permis à la marine anglaise d’arrêter et de confisquer les propriétés espagnoles sous pavillon ami ou neutre , on devait s’attendre à voir l’Espagne agir d’après ce même principe.

Les chosetfse trouvant ainsi préparées pour jeter , comme de raison , tout le blâme sur la conduite de l’Angleterre , et pour disposer les esprits des puissances étrangères neutres h dé^dre letirs

pavillons, la Russie fît l’ouverture d’un projet ^ dont nous nous emparâmes à propos. Le chancelier de Russie me fit l’insinuation qu’il serait d’une haute importance pour la tranquillité et pour la bonne intelligence des puissances commerçantes, de former un code général maritime, qui renfermât les points les plus essentiels pour écarter des doutes et des controverses. Pour engager les autres nations à l’adopter , il assurait que l’impératrice de Russie emploierait ses bons offices et son autorité.

En apercevant tout de suite que la Russie aspirait à la gloire de donner des lois maritimes à l’Europe commerçante , je répondis que la formation d’un code semblable rencontrerait plus d’un obstacle, et qu’il serait incomparablement"^ plus aisé d’engager les puissances maritimes à défendre leurs pavillons contre les puissances belligérantes qui chercheraient à les insulter en établissant des règles fondées sur des traités. J’ajoutai que la Russie en prenant l’initiative auprès des puissances neutres qui voudraient maintenir l’indépendance de leurs pavillons, d’où il résulterait la prospérité de leur commerce pendant la guerre, il se formerait insensiblement une sorte de code maritime , et que l’impératrice se mettant à la tête de cette alliance, ou de ce commencement de neutralité, aurait la gloire d’être la protectrice des droits des nations commercantes. Le feu roi

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de Prusse qui désirait empêcher les abus de l’amirauté anglaise, approuva le système ; en conséquence, il fut bien accueilli du -ministère russe. Je leur assurai aussi que l’Espagne et la France acquiesceraient à ces principes, quand même l’Angleterre les rejetterait. En effet, la czarine commença alors l’exécution du projet de la neutralité armée qui fut si célèbre, et qui, ainsi que je l’ai déjà dit, prit naissance dans le cabinet de Votre Majesté.

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