‹ L'Espagne Sous les Rois de la Maison de BourbonChapitre 89 sur 113 · PRÉSENTÉ A SA MAJESTÉ CHARLES III · texte numérisé non relu

PRÉSENTÉ A SA MAJESTÉ CHARLES III

ROI d’esPAGRR.

. Ce Memoirê, ou plutôt cette apologie du comte de Florida-Blanca, ayant paru trop long pour être inséré dans le corps de l’ouvrage , on s’est décidé à le placer ici comme apj^endicc, â raison de sa haute importance historique. Il présente un tableau non moins vrai qu’intéressant d’une période considérable du règne de Charles III.

. C’est la première fois que

ce Mémoire parait en français,

Conclusion des disputes avec le Portugal , relatives aux colonies de l’Amérique du sud ; avantages de cette réconciliation.'— ». Négociations avec la Porte et les États barbaresques. — 3. Négociations avec les princes de l’Inde.— 4. Accord avec la Prusse

et, la Russie, et formation de la neutralité armée. 5. Rup.

ture avec l’Angleterre. — 6. Ojjératious militaires en Europe et en Amérique. — 7. Blocus de Gibraltar. — 8. Prise de Minorqne.

250 administration

évanoui. - II- Préliminaires et traité déünitif. — i*i Avan- . tages du traité avec l’Angleterre. - ,3. Floridn-Blanca demande .. , la pennission de s^- retftcr des affaires. - .4. Bombardeumnt d’Aleer - i5. Traits avéc les États mahométans. - 16. Ma- .

. riages entre les personnes des lamiUes royales d’Espagne et .^e Portnaal. - 17. Mesures d’administration inténeure; sociétés ■ patriotiques et de bienfaisance. Mesures contre la fain&mt.se et le vagalmndage. ÉtabUsscmens et améliorations soit des indi- ; vidus, soit de, corporations qui se trouvent sous le patronage de la couronne. -18. Fonda pio . caisse de bienfaisance, eta par une imposition sur lesbiens duclergé. - 19. clergé oblige de venir au secours de l’État par se, contributions. - ,0. I^i concernant les Bohémiens. - at. Projets pour l’avancement de l’agriculture et du commerce, canaux et routes, création de

■ nouveaux établissemens. - aa. Exemple donné par le roi et la famille royale. - a3. Progrès des sciences et de, arts industriels.

. ,4 Mesures pour faciliter les communications intérieures.

' ’ ,5. Embellissement de la capitale et d’autres villes du royaume.

Création de la banque de Saint-Charles. ay. Cÿire

commerce avec les Indes. - a8. Tentative pour abolir les taxe,

, onéreuses, et pour introduire un nouveau système de donnes ' dans le but d’encourager les fabrique, nationales. - ag- projet pour remplacer Valcabala et les mllloncs par une contnbutiop sur le revenu, en soolageant par là les classes les moins aisées.

3o. Ordonnance relative aux prombtions tant civiles qn ecclér siastiques. — 3 1 . Améliorations dans l’administration de la j ustice.

3a. Administration des biens qui avaient appartenu aux Jé- >. suites. — 33. Dispositions relatlvesaux inhumations. — 34. Concession de la noblesse héréditaire aux professions des «rts et des

■«. • sciences. — 35. Cens et dictionnaire géographitpe de 1 Espagne.

. 36 Les coramunicalions avec le Saint-Siège réglées. — 7* ®

formes «Juuires dans l’armée et dans la marine - 38. Création et avantages de la junte d’État. 3g. Concorde domestique de la famlUe royale, établissemens pour les infants. - 4o- Conduit de Florida-Blanca pendant son amba^de à Rome. coii n ne

■ à l’élection de Pie VI , et obüent de la cour de Rome divctîies

concessions, et l’abolition des Jésuites. - 4'- Ai resse a

* DE FEORrDA-BLAl^lCA. aSg

Cliaries IV. 4t. Décret royal , reofermant l’approbation rie , celte apologie.

I. Conclusion des disputes avec te Paru, gai, relatives aujc colonies de l’Amérique dujud ; avantages de cette réconciliation.

Sire, ce fut le ig février 1 777 , que j’eus l’honneur de présenter mes hommages à Votre Majesté, et quejô me chargeai du portefeuille des affaires étrangères que la bonté de Votre Majesté avait daigné me confier.

C’était précisément dans ce moment que l’expédition destinée pour le Rio de la Plata mettait a la voile de Cadix , afin d obtenir .satisfaction des insultes des Portugais dans le Rio Grande de San Pedro, et prévenir des agressions ultérieures, v On avait entamé en même temps des négociations à Paris pour accommoder ces différends par la médiation de la France et de l’Angleterre.

Ij 3 mort du roi don Joseph de Portugal offrait une occasion favorable pour négocier la paix. L ambassadeur portugais don Ignace de Sousa ayant proposé de traiter avec moi pour arranger nos querelles , je répondis sur-le champ, que j’étais disposé à y consentir, pouvu toutefois que nous pussions traiter sans l’intervention des médiateurs; son acquiescement ne sé fit pas attendre. 1

Mon but était d exclure de la négociation les ■' ’ •' ' ' 7 - ■

260 ADMINISTRATION

deux cours puissantes de France et d’Angleterre, lesquelles, quoique amies, n’ayant aucun motif ' de jalousie contre le Portugal , pourraient pencher pour que l’accommodement eût lieu aux dépens de l’Espagne. Il entrait aussi dans mes vues que le Portugal sût gré à Votre Majesté des concessions qu’elle voudrait faire; car en admettant la médiation de la France et de l’Angleterre, il était tout naturel de témoigner de la reconnaissance à ces deux puissances, dont on employait les bons offices pour obtenir les sacrifices que l’Espagne serait dans le cas de faire. La négociation fut commencée sur ces bases, que Votre Majesté daigna approuver; et le traité des limites, signé le 1" octobre 1777, aplanit les obstacles pour l’union heureusement existante maintenant entre les deux cours, et pour l’exécution d’au très traités dont nous avons retiré de grands avantages, particulièrement dans la dernière guerre.

Votre Majesté obtenait par ce traité la colonie de Sacramento , ainsi que l’exclusion de toutes les nations du Rio de la Plata. L’Espagne avait repris et détruit trois fois cette cohmie. La pre»mière , vers la fin du dernier siècle, lorsqu’elle venaitd’étre créée ; la seconde, au commencement du siècle présent, pendant la guerre de la succession; et la troisième, dans la guerre de 1762, terminée par le funeste traité de Paris. Dans ces trois occasions, la France et l’Angleterre inter-

vinrent pour la conclusion des traités , et toujours l’Espagne fut forcée de restituer la colonie. ,

Il était réservé à Votre Majesté d’atteindre la ■première ce but désiré ; ce fut là un des plus heureux incidens de mon ministère , d’être à la fois l’instrument et le témoin de cette acquisition, d’obtenir la destruction d’un refuge pour la contrebande des étrangers au centre du Rio de la Vlata , et d’ôter par là à nos ennemis les moyens de troubler la tranquillité de nos provinces , en y excitant des insurrections, et en s’appropriant les trésors de l’Amérique du sud. Par ces motifs, la colonie de Sacramenlo était regardée dans le règne précédent comme étant d’une telle importance que, pour l’acquérir, on céda par le traité de iy 5 o avec le Portugal idVit le territoire de l’Ibicui , comprenant plus de cinq cents lieues dans le Paraguay. L’opposition et les intrigues des Jésuites, ainsi que la répugnance des Portugais à remettre la colonie, forcèrent Votre Majesté à ' annuler ce traité.

Par la convention de 1777 et le traité définitif qui la suivit. Votre Majesté parvint à acquérir' cette colonie, en gardant néanmoins l’ibicui et les places cédées dans le Paraguay, et en étendant les limites de vos États jusqu’au lac Mairin depuis le f/e Ccistillos Grandes, où ils avaient été réduits par le traité de l’jSo, et en acquérant du côté du Maragnon et de Rio Negro tous les

2ÔQ ADMINISTRATION

territoires necessaires pour assurer les États de cette couronne.

Ceux qui ne connaissent point les véritables ' interets de la monarchie , et qui ne révent que des acquisitions à quelque prix que ce soit , sans s informer si elles sont ou non d’une utilité réelle, ont censuré les conditions de nos derniers traites ; ils nous ont blâmé d’avoir abandonné la ville de Rio Grande avec T^aguna de los Patos, et rendu ainsi l’ile de Sainte-Catherino que nous avions conquise , sans considérer que nous ne pouvions pas conserver Rio Grande contre la teneur du traité de Paris , et que le général don Pedro CevaRos lui-même, qui s’était' emparé de cette Re , la représentait comme dtant .s*is utilité pour nous.: ils ne fout point réflexion que nie dé Sainte-Catherine, qui ne forme pas un ' district notable dans le Brésil, nous eût occasionné une grande dépense sans aucun profit, puisqu’elle aurait ete sans cesse exposée à des agressions, et qu’elle nous aurait été enlevée dans la première guerre; que la pêche de la baleine qu’on y fait, jpeut se faire aussi et avec de bien plus grands avantfiges près de nos côtes de Buenos-Ayres,.et tout le long de l’Océan du sud jusqu’au détroit de ** Magellan, nous négligeons des profils plus considérables ; enfin , qu’étendre nos possessions dans le Brésil , ainsi que plusieurs personnes pa- ,

raissaient Iç souhaiter, en vertu d’un titre tel que

DE FLORIDi-BLANCA. ^65

la fameuse division faite par Alexandre VI , est un - projet d’exécution impossible, et, qui plus est, contraire aux engagemens précédens. Au surplus en admettant ce principe nous aurions du ceder aux Portugais les îles Philippines , puisqu elles leur appartiennent d’après la démarc^ion faite par ce pontife.

L’utilité de ce traité ne se bornait point à ces avantages ni à ces acquisitions. Sa Majesté obtint ' aussi la cession des îles d’Annobon et Fernando Pô avec la faculté de faire le commerce des negres directement avec la côte d’Afrique. 11 sera aisé d’apprécier les grands avantages qui doivent ré-^ sulter de cette faculté , lorsqu’on se rappellera la nécessité où nous sommes de nous servir de nègres . dans nos vastes possessions des deux Amériques, les sommes énormes qu’il nous a fallu payer jusqu’ici , tour à tour aux PortugaLs , aux F rançais et aux Anglais , des mains de qui nous les recevions, et que, dans ce moment même, nous sommes tributaires de ces derniers. A ce sujet, le bon ou le • mauvais usage que 1 on a pu faire de cette concession ne me regarde nullement , n ayant pas etc chargé moi-même de l’execution du traite.

A joutons à cela que par ce traité nous avons eu l’oflre de la part du Portugal de nous garantir la sécurité du Pérou et des autres provinces de l’Amérique du sud, non seulement contre des ennemis extérieui*s, mais même contre des’êom-

- jr:'

■•A - Va

ADMINISTRATION

motions intérieures. On dirait que nous avions deviné que la guerre était imminente avec F Angleterre ( elle éclata en effet en 1779 ), puisque pendant cette lutte, lorsque la cour de Londres songea à préparer une expédition contre le Pérou , les bons offices et la médiation puissante du ministère portugais empêchèrent cette tentative, ne se souciant pas de se trouver lui-même compromis par suite des engagemens de sa garantie. On sentira aisément quels résultats funestes eût eus poumons une expédition anglaise dirigée contre ces provinces , pendant la fameuse rébellion de Tupac-Amaro et de ses partisans. La main de la Providence avait bien évidemment tracé le traité de Lisbonne, pour protéger Votre Majesté et cette monarchie , en préservant leurs immenses possessions d’outre-mer.

L’amitié et la bonne intelligence que le traité de Portugal avait rétablies, nous furent très profitables dans la guerre avec l’Angleterre. Pour la première fois nos ennemis ne se servaient pas contre nous de la faculté de fréquenter les ports et les côtes du Portugal , tandis que nous y trouvions aussi un asile et des facilités pour beaucoup d’objets importans. Nous dûmes également au pavillon portugais le service précieux de transporter une partie de nos trésors d’Amérique , sans aucun danger , et particulièrement une somme de trois millions de piastres, que le bâti-

t)E FLORIDA.-BLANCA.

nient le Buen-Comejo avait laissée dans l’ile de Fayal, et qui fut embarquée à bord d’un vaisseau de ligne portugais , envoyé exprès par les soins extraordinaires de ce gouvernement, pour empêcher qu’elle ne tombât entre les mains des corsaires.

Votre Majesté voulut montrer sa satisfaction de la conclusion de ce traité , et daigna m’offrir la grande croix de l’ordre de Charles III. Je priai Votre Majesté de m’excuser de ne pas accepter cet honneur; Votre Majesté eut la bonté d’agréer ma demande. Après avoir baisé sa main royale,* en la remerciant de cette faveur, et d’avoir bien voulu agréer mes excuses. Votre Majesté eut la bonté de m’ordonner de le dire au prince des Asturies, à qui elle avait fait part de ses intentions à cet égard. Ceci se passait en 1777, au moment où j’obtenais plusieui*s grâces pour mes collègues, notamment pour le comte de Rida celle de capitaine -général , pour don Joseph Galvez les honneurs du conseil d’état, et la grande croix pour le marquis de Castejon ; tous avaient travaillé, et tous méritaient et désiraient quelque témoignage de la faveur de Votre Majesté.

a. Négociations avec la Porte et les États harbaresques.

La Providence se plut à nous favoriser, dans le traité avec l’empemir de Maroc, par des

AUMINISTKATIOI^

avantages non moins remarquables que ceux que nous avions obtenus avec le Portugal. Le siège de Melilla et ses conséquences avaient rendu nul le traité fait par don Georges Juan. Aussitôt après mon entrée au ministère, je fis sentir à Votre M.ajesté la nécessité de nous attacher le monarque africain, afin d’éviter les inconvéniens de son inimitié, au moment où commençait à se former l’orage qui menaçait l’Europe par suite de la guerre entre les Anglais et les Américains, et d’obvier aux jalousies occasionnées par l’intervention de la France et celle d’autres nations.

Nous parvînmes en effet à déterminer l’empereur de Maroc à envoyer à Votre Majesté l’ambassadeur Ben-Ottoman , démarche qu’on ppuvait regarder comme une satisfaction, ou par laquelle on témoignait du moins publiquement que la bonne intelligence était rétablie. Par ce moyen le traité de paix avec lui fut renouvelé et confirmé, et nous obtînmes des avantages dont l’évidence fut frappante pendant la dernière guerre avec l’Angleterre. L’assistance qui nous fut prêtée par le prince maure pouvait paraître incroyable si elle n’eùt été aussi évidente. Il ouvrit ses ports aux vaisseaux employés dans le blocus de Gibraltar, leur permit de poursuivre et d’arrêter ceux de l’ennemi , facilita le transport des approvisionnemens et de toutes .sortes de secours à

mappip

■Lr:- :

9»nm w

Pif

■ DE FLOKlDA-JiLANCA. 267

notre camp; et enfin il déposa entre nos mains une partie de son trésor comme gage de sa sincérité. Cette amitié nous donna également la facilité de laisser nos postes d’Afrique avec de faibles garnisons, de tirer de la place de Ceuta une quantité considérable de canons et de munitions et de rester sans inquiétuda à l’égard de cette place pendant la guerre. Votre Majesté comprend mieux que qui que ce soit dans quels ’ grands embarras nous nous serions trouvés, si , ayant négligé de former cette alliance en temps utile, les Anglais eussent poussé l’empereur de Maroc à entreprendre le siège de Ceuta et de Melilla, à contrarier par ses corsaires les mesures adoptées pour le blocus de Gibraltar, ou à intercepter les approvisionnemcns destinés pour notre camp.

Page 1