‹ L'Espagne. Souvenirs de 1823 et de 1833. Par M. Adolphe de BourgoingChapitre 2 sur 58 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Louis XVIII avait dit dans le discours d'ouverture des Chambres de la session de 1825 : « Cent mille hommes, commandés par un fils «de France, vont franchir les Pyrénées»; et peu de temps après commença la campagne d'Espagne, qui était prévue depuis long-temps.

Cette guerre était utile. Louis XV11I ne pouvait laisser Ferdinand VII , son parent , son

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allié, prisonnier des Cortès : cette guerre était conséquente avec le principe de légitimité , en vertu duquel régnait la branche aînée des

Bourbons.

C'était une détermination hardie, que de faire marcher du même pas sous le canon , tous ces hommes d'opinions diverses qui composaient l'armée de la restauration , et de rassembler cent mille hommes sous le drapeau blanc , pour les faire combattre contre le drapeau tricolore qui flottait de l'autre côté des Pyrénées , enseigne déployée par les constitutionnels pour tenter la fidélité de l'armée française, qui comptait dans ses rangs et les vétérans de la répu-

de la Vendée , et ces jeunes gens qui , nés trop tard pour partager la gloire des guerres de Napoléon , ne servaient que depuis neuf années.

Chez les uns se trouvaient la prudence et l'expérience nécessaires pour commander dans des grades supérieurs, chez les autres l'audace et

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l'énergie de la jeunesse , sans lesquelles on ne fait rien de hardi à la guerre. Avec quelque opinion que l'on envisage cette expédition , toujours est-il vrai que l'embarras du roi fut grand pour choisir parmi toutes les célébrités militaires , les généraux qui désiraient faire partie de cette armée, car les demandes arrivaient de toutes parts. Les officiers en activité de service , comme ceux qui étaient en demisolde , sollicitaient avec instance l'honneur de faire cette campagne. On vit aussi une foule de ces jeunes gens de Paris , nés d'illustres maisons ou de riches familles , tourbillonnant dans les salons de la capitale, user de toutes leurs protections pour trouver des places dans les rangs de l'armée. Les demandes comme simples volontaires ne furent point accueillies : les plus heureux virent leurs désirs satisfaits ; beaucoup ne purent réussir, et c'était le plus grand nombre.

Les vétérans étaient jaloux de montrer aux jeunes gens que huit années de paix ne les

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avaient point rouilles dans le métier des armes. Les jeunes voulaient prouver aux anciens qu'ils étaient dignes des grades que leur avait facilement accordés la restauration , qui avait besoin de s'entourer d'hommes jeunes et dévoués.

La politique et les opinions n'étaient pour rien dans l'ardeur des jeunes qui allaient combattre pour remettre un Bourbon sur le trône. L'expérience a montré que la politique est indifférente aux masses armées îorsqu'elles sont en pays étranger. La guerre! peu importe pour qui , peu importe quelles institutions elle doit relever ou détruire. La guerre ! voilà le but auquel aspire tout homme revêtu de l'uniforme. En campagne , disparaissent les ennuis de la garnison, auxquels va succéder la vie agitée mais plus libre des camps. Une première campagne pour un jeune homme , c'est l'avenir brillant , ce sont des rêves de gloire # des souvenirs pour le vieil âge , un pays nouveau à explorer , un baptême de feu qui vous met l'égal des anciens ; c'est la croix, qui, large, brille éclatante, noyée

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dans un ruban rouge sur une jeune poitrine !

Pour le vétéran , c'est souvent la dernière marche a franchir pour arriver au banc du repos , pour s'asseoir sous le dôme doré , et , tranquille et calme, parier de guerre jusqu'au dernier battement de son cœur. Dans une campagne s'effacent les nuances d'opinion et s'interrompent les discussions politiques. Chacun pense à soi , aux hommes qui lui sont confiés ; l'esprit est tendu , la tête montée , le corps est fatigué; et devant le feu du bivouac, le récit des événemens de la journée , les conjectures sur la marche du lendemain , l'éloge ou le blâme de telle opération , le besoin de repos , se perdent les petites haines et les animosités trop fréquentes dans la vie oisive des militaires en temps de paix.

La campagne. qui s'ouvrait présentait des hasards a courir, des dangers a braver ; c'était donc plus que suffisant pour que chacun tentât de faire cette guerre. Les anciens de l'armée, ceux qui avaient combattu dans la Péninsule sous

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l'empire, l'imagination pleine encore des désastres de cette guerre d'extermination , blâmaient l'entrée en Espagne , et disaient hautement que l'on ne savait point ce que c'était qu'une guerrecontre les Espagnols. Les autres, avec l'insousiance de la jeunesse , ne soupiraient qu'après le moment où l'on passerait la frontière, et craignaient que quelque combinaison diplomatique ne s'opposât a la guerre. S'il faut le dire , la défiance était chez les vieux , l'ardeur du côté des jeunes.

Beaucoup de bruits sinistres s'élevaient de plusieurs bouches, avant l'entrée des Français en Espagne. L'armée, disaient quelques uns, était trop peu nombreuse pour résister à toute la population, qui devait se lever en masse contre ceux qui tenteraient de renverser la constitution ; c'était envoyer a une mort certaine les cent mille hommes qui voulaient ramener Ferdinand a Madrid. Ces bruits dccourageans étaient semés par ceux qui ne voulaient pas que Louis XVIII portât secours à Ferdinand. Plus

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tard, lors de l'expédition d'Alger, on vit recommencer la même tactique. Mais dès l'ouverture de la campagne on sentit combien étaient exagérées les craintes sur les résultats de cette guerre : dans le nord , depuis Irun jusqu'à la Junquiera, les populations montrèrent un grand enthousiasme à la vue des troupes françaises.

Moins de neuf mois suffirent pour occuper ('Espagne entière avec nos divisions, victorieuses toujours où elles trouvèrent de la résistance. L'armée eut des marges rapides à faire, des fatigues à éprouver, soit lorsqu'elle traversait les sierras glacées de Penamarcla dans les Asturies , où plusieurs soldats eurent les mains et les pieds gelés, soit lorsqu'elle haletait sous le ciel embrasé de l'Andalousie : partout elle fut admirable par sa discipline. La sollicitude de l'autorité supérieure pour les besoins du soldat fut constante ; les distributions de vivres se firent comme dans la vie réglée de la garnison. Aussi pas une seule plainte n'eut lieu, et les Espagnols

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étaient dans l'admiration de la belle tenue et de la discipline de l'armée. Les soldats furent ce qu'ils sont et seront toujours sous tous les drapeaux, braves sans fanfaronnade, gais dans la fatigue , humains et généreux après la victoire.

Les troupes constitutionnelles ne firent presque nulle part de résistance sérieuse : aussi il n'y eut guère que des combats, point de batailles rangées; le découragement s'empara d'elles, lorsqu'elles virent qu'elles n'étaient point soutenues par les populations , et les chefs eux-mêmes, craignant dès le commencement le résultat de la campagne, voulurent se mettre dans la position de pouvoir traiter avec quelque avantage en cas de défaite. C'est ce que l'on serait tenté de croire ; car, en Catalogne, le général Mina , après quelques marches et contre-marches, quelques combats d'avant-poste, rentra dans Barcelonne, où il resta enfermé , laissant à ses lieutenans le soin de tenir la campagne. L'intention de ce général était de fatiguer les troupes qui le poursuivaient,

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