‹ L'Espagne. Souvenirs de 1823 et de 1833. Par M. Adolphe de BourgoingChapitre 47 sur 58 · BARCELONNE · texte numérisé non relu

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ajouté du développement aux promenades qui boixlent les rives de l'Arlançon.

Une amélioration qui doit produire de grands résultats pour le commerce , faciliter les communications d'une province à une autre, établir des relations fréquentes avec la France , c'est la création d'excellentes diligences servies avec la rapidité de nos malles-postes , et qui parcourent toutes les grandes routes d'Espagne. Deux fois par semaine, des voitures partent de Madrid pour Valence et Barcelonne, Saragosse, Séville, Cadix , Valladolid, Burgos, Bayonne, Badajoz, Guadalajara , Aranjuez , Tolède et les habitations royales. Dans toutes les auberges sont affichés les tarifs du prix et de la composition des repas qui doivent être servis aux voyageurs. L'autorité surveille avec un soin particulier l'exécution du traité fait, dans l'intérêt du public, avec les maîtres des posadas qui se sont engagés à être toujours prêts k recevoir les voyageurs.

Sur cette route étroite et d'une blancheur qui fatigue la vue , s'élève un nuage d'une poussière

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épaisse qui laisse une longue trace derrière lui. Des bruits de sonnettes se font entendre , de* cris perçans dominent un bruit sourd, et qui se rapproche rapidement ; c'est la diligence de Madrid, traînée ou plutôt emportée par huit mules au galop, chargées de clociiettes ep couvertes de pompons de laine jaune et rouge. Écoutez les cris de cet homme qui , un long fouet à la main, court à leurs cotés, excitant l'une, l'appelant de son nom, c'est la capitana; l'autre en la menaçant, c'est la marquesa; celle-ci en allongeant un coup éclatant sur ses flancs amaigris , c'est la duquesa; celle-là de la voix : Andal anda ! la morena ! Cet homme si vif, si alerte , qui fait au pas de course six ou sept lieues d'Espagne, c'est le zagal. Il ne se repose qu'aux montagnes en sautant légèrement à côté du mayoral, qui tient les deux rênes des mules du timon. Voyez le postillon avec sa veste brune et ses manches étroites au poignet , bariolées jusqu'au coude de couleurs bleu de ciel , jaune , rouge , et ce dessin a palmes en soie nuancées ,

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brodées au milieu du dos ; c'est la veste courte, le dolman des anciens Maures conservé dans sa coupe primitive. Des tromblons, des carabines , suspendus à F impériale, battent le long des panneaux : ce sont les 'armes des escopeteros , qui, assis sur la voiture, l'escortent , et font en cas de besoin le coup de fusil contre les voleurs qui attaqueraient la diligence. Les escopeteros sont presque tous d'anciens chefs de bandes qui , fatigués du métier et craignant les suites de cette vie périlleuse , passent marché avec l'administration des diligences royales, pour que désormais leurs anciens compagnons, sur lesquels ils conservent de l'ascendant, n'attaquent jamais la voiture avec laquelle ils ont traité. C'est uhe espèce d'abonnement, d'assurance, contre le vol à main armée.

On raconte l'histoire suivante sur* un des escopeteros de la diligence de Madrid à <Bayonne.

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rement dans les défilés de Somo-Sierra : son audace et son adresse l'avaient rendu redoutable ;

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la police avait mis sa tète à prix. Juan, du reste, n'avait jamais versé de sang : il allait, avec son fils , demander l'aumône poliment, chapeau bas, le fusil à la main , à la portière des voitures. Fatigué de cette vie de dangers , Juan se rendit un jour sur la route déserte de l'Escurial, par laquelle devait passer M. Calomarde, ministre de grâce et de justice. Il arrêta sa voiture , et se nomma. Le ministre tressaillit à ce nom redouté,* mais Juan lui observe que, bien que sa vie soit entre ses mains, il n'usera pas de violence. 11 lui promet de renoncer à son métier de voleur, s'il peut obtenir sa grâce : M. Calomarde la lui promet. A un jour convenu , la grâce de Juan et des papiers en règle sont déposés dans un lieu indiqué ; mais Juan , rentrant dans la vie privée , avait perdu son état. Il retourne chez M. Calomarde , a qui il prouve logiquement qu'il lui faut une place, puisqu'il avait volontairement abandonné celle qui lui procurait des moyens d'existence. Le ministre, vaincu par la

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candeur de Juan et ses excellentes raisons , le plaça comme escopetero à l'administration des diligences royales. Juan a justifié les bontés de son protecteur. Rarement, la voiture qu'il est chargé de défendre et d'escorter est attaquée. Dans un voyage à Madrid , le mayoral aperçut deux hommes à cheval , sur la route inhabitée d'Alameda à Buytrago. Juan et son compagnon s'élancèrent, le fusil armé, sur ces deux personnages dont la mine était fort suspecte, et les forcèrent à s'éloigner. Juan est poli et prévenant pour les voyageurs , mais on ne peut s'empêcher d'un sentiment d'effroi, lorsque l'on connaît ses antécédens, et que l'on'se trouve sous la protection de Juan , à qui sa tournure martiale, d'épais sourcils , d'énormes favoris et un regard louche donnent un aspect vraiment redoutable.

Cette facilité que trouvent les étrangers pour voyager en Espagne n'est pas encore assez connue: Les résultats deviendront importans pour la Péninsule. Beaucoup de préjugés disparaîtront

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de part et d'autre. Les villes de l'Océan et de h Méditerranée , qui présentent tant de charmes par leur position et la douceur de leur climat , seront plus souvent visitées. Les habitans du Nord quitteront un ciel brumeux pour le soleil d'Andalousie. On recherchera avec empressement les antiquités romaines et les monumens qui marquent d'une manière si pittoresque le séjour des Arabes. Les parvis de l'Alhambra seront, comme ceux d'Herculanum, foulés par de nombreuses caravanes ; l'argent importé par les étrangers servira k leur procurer le bien-être et le confortable qui manquent encore. L'Espagne enfin, pays presque inconnu, sera le but des voyages des gens riches et des artistes , comme l'Italie l'est aujourd'hui.

Une diligence parcourt en peu de temps la distance de Perpignan à Barcelonne. Cette route offre des sites curieux : on s'arrête à Figuères, a Girone, dont le siège, qui dura neuf mois, coûta tant d'efforts, en 1 809, aux troupes de Napoléon . Mariano Alvarez de Sotomayor, par la défense

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héroïque de la place qui lui était confiée, à laissé un nom cher aux Espagnols.

Au nombre des jolis villages que traverse la route de Girone à Barcelonne, il est difficile de ne point remarquer Calellas, renommé par ses eaux minérales , placé sur le bord de la mer, adossé a un rocher élevé ; joli hameau, entouré de citronniers, orné de maisons à l'italienne, délicieux point de vue qui ressemble à ces décorations de théâtre où , sur une toile étroite , le peintre a entassé d'heureux accidens recueillis dans de nombreux souvenirs.

La Catalogne avait pour capitaine-général un homme qui , comme tous les hommes énergiques et attachés a leurs devoirs, a été en butte à d'atroces calomnies. Le comte d'Espagne administrait cette province avec impartialité, et travaillait avec ardeur à tout ce qui pouvait développer les progrès de l'industrie , du commerce et de ragriculture.il prévoyait un changement funeste dans la marche du gouvernement, et tâchait, par ses conseils, d'arrêter les progrès rapides d'une

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révolution. Il faisait de vains efforts pour ouvrir les yeux de son souverain sur les dangers qui me-

naçaient l'Espagne : pour prix de ses sages conseils, il fut tout à coup exilé. Le comte d'Espagne travaillait à l'embellissement de la ville de Barcelonne. Uiyardin botanique en face de la Bourse , une placejregulière, au milieu de laquelle on remarque une fort belle statue de Ferdinand, élevée de ses propres deniers , témoignent assez de sa sollicitude envers une ville dont le commandement et l'administration lui étaient confiés. Ce qui prouve en faveur du comte d'Espagne, c'est qu'il était aimé du peuple catalan, dont il est difficile de conquérir l'affection, car il est ombrageux et mobile dans ses sentimens.

Barcelonne possède un théâtre italien excellent, supérieur a celui de Madrid, rendez -vous de toute la société. L'hiver, de fort belles fêtes ont lieu dans les salons de la Bourse.

L'hiver aussi, le clergé donne des fêtes religieuses qui attirent beaucoup de monde. On annonce qu'un funcion doit avoir lieu dans une

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église indiquée. Chaque paroisse prépare à son tour une pareille solennité. L'église est magnifiquement décorée, illuminée avec un goût et un luxe inouïs. La féte commence par un sermon prêché par un prêtre ou Un moine connu par son talent. Une musique religieuse, des chants graves, un orchestre composé d'excellens mulciens, forment un concert ravissant. Ces pieuses harmonies produisent beaucoup d'effet sur les Espagnols, qui assistent régulièrement à ces fêtes.

De Barcelonne, la route s'enfonce dans l'intérieur des terres, gagne Villafranca, Arbos et Vendrell. On admire partout une nature vigoureuse, une belle culture, un peuple robuste. A Torredembarra , on se rapproche de la mer pour ne plus la quitter jusqu'à Valence. C'est la route que suivit Annibal , qui partit de Carthagène pour marcher sur Rome. On passe sous X Arco di Barca, monument élevé, dit-on, par un des lieutenans de ce grand capitaine.

Tarragone , sur un rocher stérile qui domine la mer, offre le point de vue le plus remarquable

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