CHAPITRE XXXIV
|)olitiqur.
Ferdinand viola la loi fondamentale établie eh Espagne depuis 171 3, sous Philippe V, lorsque ce prince changea Tordre de succession.
Cette loi fut décrétée dans rassemblée de toutes les Cortez du royaume, qui n'avaient pas été réunies depuis long-temps.
Jusqu'alors, en vertu d'une loi qui se perd dans la nuit des temps, comme notre loi salique,
les femmes parvenaient au trône de Castille lorsqu'elles y étaient appelées par la proximité du sang. Cette loi se nommait castillane ou cognatique y en opposition à celle nommée agnatique, qui a prononcé leur exclusion absolue. Si Ton compare la position des deux monarques qui
ont, à deux époques différentes, changé Tordre de succession , on verra que l'un , puissant parce qu'il venait de conquérir son royaume après douze ans de combats et de travaux , n'a point osé, sans l'assentiment de la nation, représentée fidèlement par toutes les Cortez de la monarchie, assemblées selon les anciennes coutumes, donner à l'Espagne une loi d'hérédité qui ressemblait a celle de la France. Le nouvel ordre de succession appela au trône les héritiers mâles , et n'y admit les femmes que dans l'absence totaie des mâles de la maison régnante. Depuis cent vingt ans la succession avait lieu de mâle en^mâle , sans qu'à l'avènement d'un nouveau souverain la moindre secousse s'opérât dans 1 Etat.
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Ferdinand , de sa propre volonté, sans s'appuyer sur la nation , a renversé la loi d'hérédité qui gouverne l'Espagne depuis plus d'un siècle! Les trônes peuvent être menacés par l'éruption démocratique, déracinés par l'orage populaire; mais qu'ils soient ébranlés dans leurs fondémens par ceux mêmes qui ont reçu la mission de veiller à leur conservation, c'est ce qui ne peut s'expliquer que par l'esprit de vertige qui # s'est emparé de Ferdinand , lorsque dans son testament il a légué k l'Espagne des troubles sans fin.
Si l'attachement a l'ancien ordre de succession vivait dans quelques esprits, s'il s'était conservé religieusement chez quelques Castillans, si la nation eût été divisée au sujet de l'hérédité , il eût fallu en appeler a la nation elle-même , et dès-lors rassembler tous les grands, tous les titulos de Cas tille , tous les prélats et les députés de toutes les villes qui ont droit d'envoyer k rassemblée desCortez. Le clergé, la noblesse, et les échevins, qui représentent le tiers état, eus-
sent discuté , approfondi et décidé la question en litige. Mais, au lieu des vrais représentans de la nation espagnole, quelques prélats , quelques nobles , reçurent Tordre de venir prêter serment de fidélité à dofia Isabelle. Presque tous étaient fonctionnaires publics : Ferdinand mit ces personnages entre leurs intérêts et leurs consciences; les intérêts remportèrent.
Quelle ressemblance avait cette réunion , de laquelle était exclue toute indépendance, avec les anciennes Cortez où se discutaient librement, avec le sens droit et la fierté des Espagnols , les intérêts politiques? Quelle ressemblance avec ces assemblées où toutes les classes de l'État étaient représentées? Là il n'y eut pas même réunion ; aucune discussion n'eut lieu : ces soidisant députés se présentèrent pour remplir une vaine formalité de foi et hommage. Ils exécutaient un ordre, jurèrent sur les saints évangiles , et se retirèrent ! Parodie dérisoire des discussions orageuses des assemblées libres de la vieille Espagne. Le serment fut demandé à tout
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ce qui était en place. Militaires, administrateurs ,
de tous , on exigea le serinent. Un peuple consciencieux reçut la dangereuse atteinte de la corruption. On mit sa vertu sévère a la rude épreuve d'avoir à opter entre des emplois , des places , de l'argent, et un serment éventuel ; car la reine eût pu avoir un fils, et dès-lors ce serment prêté par la peur , cette prétendue sanction arrachée par la crainte à des fonctionnaires qui pouvaient être dépouillés de leurs places, devenait à rien. On a faussé les consciences, et pourtant on a cru nécessaire d'appuyer d'un semblant de vérité cette décision enlevée par l'ambition à un monarque faible et malade.
Lorsque le décret absolu d'une volonté qui jusque-là avait été si maléable fut connu; lorsqu'ensuite , devant Dieu, des hommes séduits ou menacés eurent revêtu d'une espèce de sanction l'acte le plus illégal et le plus monstrueux , l'Espagne resta muette de stupeur. Frappée d'étonnement, elle ne trouva rien à balbutier pour défendre ses anciens droits. Silencieuse, elle at-
tendit et se prépara au combat lentement. L'heure a sonné ; elle a saisi ses armes.
Que de haines vont se réveiller î que de sang va couler ! De l'autre côté des Pyrénées s'établit la guerre civile avec toute la fureur méridionale. Elle sera longue , car elle précipite la nation dans cette vie aventureuse et toute de dangers qui semble être son élément. Elle combattra avec constance : pendant huit cents ans elle n'a point rompu ses faisceaux ; elle n'a pris de repos que couchée à côté de ses lances. Les imprudensqui n'ont point tremblé à l'idée de lui voir secouer la poussière de ses armes, ne se rappellent donc pas qu'il y a vingt ans elle a recommencé de rudes combats , et. n'a déposé le fer qu'après avoir vaincu.
Dans nos tristes annales de dissentions civiles, nous savons qu'après le combat s'oublie la cause de la guerre : les Français ne peuvent haïr longtemps. L'attaque est impétueuse , le choc sanglant; mais, après l'exaspération du moment, les têtes se calment , le cœur redevient froid : le
ai
vainqueur et le vaincu se donnent la main , se portent secours , et se racontent, avec orgueil et confiance, leurs actions éclatantes, leurs chances de succès, leurs craintes, leurs espérances. S'il y a apparence de retour au combat, ils se séparent sans haine personnelle , en se disant : « Au revoir sous les halles. » Il est impossible d'établir en France une guerre civile , c'est-à-dire une lutte opiniâtre et prolongée : soit parce que nous avons perdu notre virilité ; soit que nous soyons blasés sur le présent et insoucians sur l'avenir ; soit plutôt que nous ayons la conviction que le sang ne cimente aucune institution , et que chaque parti espère que la raison amènera pour ses opinions un triomphe certain et durable.
Mais l'Espagnol , comme une médaille qui a conservé la pureté primitive de ses traits, ses reliefs et toute son empreinte , apparaît encore parmi les nations, modernes avec ses antiques vertus , son énergie , sa rudesse et son imperturbable sang-froid au milieu du grand mouvement européen. Sous Pélagc, il emporta dans les ca-
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vernes des Asturies les images révérées des chré* tiens ; il aiguisa son glaive sur le fer de la croix, et combattit les Infidèles. Plus tard , il opposa * son ardent catholicisme aux invasions de la réforme. Sous Charles IV, il ressaisit les bannières de ses saints, invoque monseigneur saint Jacques , et se débat sous les serres de l'aigle impérial jusqu'à ce qu'il l'ait chassé au-delà des Pyrénées. Dix ans plus tard, on porte atteinte à la religion de ses pères, on rit de ses vieilles croyances; il rétablit sps prêtres et leur autorité. Allez voir, suspendue* aux voûtes de l'église de Nuestra Senora d'Atocha , les bannières poudreuses de l'armée de la Foi , et vous lirez la confession de toutes les provinces d'Espagne sur ces drapeaux écartelés de croix de toutes couleurs , sur les armes de Navarre , de Castille , d'Aragon , d'Andalousie.
Aujourd'hui, la guerre civile recommence : le peuple , les masses s'effraient de la résurrection d'un parti qui menace ses vieilles institutions et sa religion; la nation se divise en deux camps.
3 a 4 POLITIQUE.
lia victoire peut rester indécise ; mais elle appartiendra à celui qui jettera dans la balance , avec son bon droit et les cartouches de ses guérillas , la croix d'Espagne qui a vaincu l'islamisme.
Appuyé sur le clergé, dont la puissance est infinie , l'influence justement acquise , parce que le clergé est le seul des ordres de l'État qui vive avec le peuple , s'occupe de lui , étudie et connaisse ses besoins, Charles V arrachera à l'usurpation un sceptre qu'elle tient d'une main mal assurée. Roi d'Espagne, Charles V n'a qu'à fouiller dans les archives du royaume : il y trouvera les conseils que Louis XIV donnait h son petitfils ; il y trouvera des règles certaines à suivre pour ce qui concerne les intérêts monarchiques et ceux du peuple espagnol. Ces conseils, donnés, il y a cent vingt ans, par celui qui connaissait son métier de roi , sont applicables encore aujourd'hui à la position de Charles V, et peuvent le guider dans sa manière de gouverner un peuple dont les mœurs et les usages ont peu changé.
On lit dans le Mémoire remis par Louis XIV
à son petit-fils le duc d'Anjou, devenu roi d'Es-' pagne sous le nom de Philippe V, partant pour Madrid , le 3 décembre 1700 :
1 . « Ne manquez a aucun de vos devoirs, surtout envers Dieu.
3. « Faites honorer Dieu partout où vous au-r rez du pouvoir ; procurez sa gloire , donnez-en l'exemple : c'est un des plus grands biens que les rois puissent faire.
4. « Déclarez-vous, en toute occasion , pour la vertu et contre le vice.
7. « Aimez les Espagnols , et tous vos sujets, attachés à vos couronnes et à votre personne. Ne préférez pas ceux qui vous flatteront le plus. Estimez ceux qui , pour le bien, hasarderont de vous déplaire : ce sont là vos véritables amis.
33. « Je finis par un des plus importons avis que je puisse vous donner : Ne vous laissez pas gouverner; soyez le maître; n'ayez jamais de favori ni de premier ministre ; écoutez , consultez votre conseil , mais décidez. Dieu, qui vous a fait roi , vous donnera les lumières qui vous sont
nécessaires, tant que vous aurez de bonnes intentions. »
Plus tard , Louis XIV écrivait encore , fin de décembre 1701 :
.... « Votre patience était nécessaire. Il fallait faire voir, a des peuples naturellement inquiets et jaloux de leurs privilèges , que vous n'aviez pas dessein de les supprimer. Cette confiance leur inspirera plus de zèle pour le service de Votre Majesté, et il n'est que trop vrai qu'elle a besoin de l'assistance de tous ses sujets. »
Le 28 juillet 1702 :
«... Je suis persuadé que vos sujets vous en aimeront davantage , et vous en seront encore plus fidèles, lorsqu'ils verront que vous répondez à leur attente, et que, loin d'imiter la mollesse de vos prédécesseurs , vous exposez votre personne pour défendre les- États les plus considérables de votre monarchie. »
Le 10 septembre :
« .... Il faut, pour votre gloire, travailler au rétablissement de vos affaires , et vous n'y
POLITIQUE. il')
parviendrez que par beaucoup de son œ et par une extrême application. Vous ne voyez que trop où elles sont par la paresse des rois vos prédécesseurs. Leur exemple vous apprendra à réparer, par une conduite opposée , le préjudice qu'ils ont causé à la monarchie d'Espagne. »
Le 4 février 1704 :
« .... Ne vous renfermez point dans la mollesse honteuse de votre palais. Montrez-vous à vos sujets , écoutez leurs demandes , faites-leur justice > donnez ordre à la sûreté de votre royaume; acquittez-vous enfin des devofrs où Dieu vous appelle en vous plaçant sur le tr^ne. »
Le 20 août 1704 :
((..,. Faites voir qu'il y a un roi eu Espagne, et que vous y commandez. » . Le 16 novembre 1705 :
« . . . . Lorsqu'il s'agit de défendre une
COURONNE, IL FAUT, PLUTOT QUE DE l' ABANDON- NER , PERDRE LA VIE. »
Le 5 août 1706 :
<(.... Vos ennemis ne doivent plus espérer
3l8 POLITIQUE.
de réussir, puisque leurs progrès n'ont servi qu'a faire paraître le courage et la fidélité d'une nation toujours également brave et constamment attachée à ses maîtres. Vos peuples ne se distinguent point des troupes réglées, et je comprends aisément que tant de preuves de leur amour pour vous augmentent la tendresse particulière que vous avez toujours eue pour eux ; elle leur est due, et je vous exhorte à leur en donner de fréquens témoignages , si je ne savais que vos sentimens à ce sujet sont entièrement conformes aux mieriH »
Au milieu du mouvement européen qui , depuis quarante ans, s'opère sous nos yeux , dans cette lutte de l'ordre et du désordre, de la démocratie contre l'aristocratie, des privilèges des rois et de ceux des peuples; lorsque , déchiré par les idées qui cherchent a se faire jour, le siècle finira par enfanter, et pour les peuples une sage liberté qui ne sera point la licence , et pour les rois une autorité non contestée qui ne sera point ledespo-
tisme, l'Espagne né peut être long-temps sans suivre l'impulsion donnée d'un bout du monde à l'autre. Sans aucun doute quelques abus appellent une réforme, mais elle doit s'opérer lentement. Il faut la revêtir des formes qui doivent plaire au peuple en faveur duquel elle doit être faite. Que Charles V assemble les Cortez ; que la nation parle au roi ; que des mains d'une légitimité ferme et confiante dans ses forces retrempées dans l'assemblée de toutes les Cortez du royaume, découlent pour la nation espagnole les libertés qu'elle a connues dans les plus beaux temps de sa gloire. Que Charles V rompe avec ce système bâtard , cette politique peureuse qui fait crier merci à tous les rois de l'Europe ; que l'Espagne fasse mentir ses ennemis , qui s'obstinent à la représenter courbée sous un joug honteux : il y a plus d'élémens de liberté dans une seule province d'Espagne , que dans toute l'Angleterre. L'esprit national de l'Espagnol n'est point abruti par la cupidité. II n'est ni commerçant , ni nomade : c'est à ceux qui le gouvernent à diriger
33o POLITIQUE.
cette énergie qui reste concentrée en lui-même. Avec l'Espagnol on peut tout oser en lui parlant religion et libertjp.
La royauté a été vue par les peuples, nue, dépouillée de ses prestiges , avec ses misères et ses faiblesses. Dans un temps où le peuple présente aux balles sa large poitrine pour conquérir, les rois seuls craignent de mourir pour conserver. Ils se voilent la tête pour ne point voir, et se croient a l'abri du danger. Le siècle dit : « Arrière les rois timides ! » Le siècle monarchique veut que les* rois soient les plus braves et les plus instruits , qu'ils marchent en avant et non à la remorque, qu'ils dominent et qu'ils ne suivent pas, qu'ils entraînent la génération au lieu d'être précipités par elle. La génération, avide de sages libertés % leur crie la proclamation des Aragonais : « Nos que valemos tanto como vos, os ha- (( cemos nuestro rey'y seîior, con tal que guar- <( deis nuestros fueros y libertades : slno, no. »
Note 1 . Page 72.
Cérémonial observé lors de la remise aux Français de l'épée de François I er , publié dans la Gazette de Madrid du 5 avril 1808.
S. A. I. le grand-duc de Berg et de Clèves avait manifesté à S. Exc. don Pedro de Cévallos , premier ministre d'État , le désir qu'aurait S. M. l'Empereur des Français, roi d'Italie, de posséder l'épée que François I er , roi de France, rendit à l'empereur Charles V, après la bataille de Pavic. Cette epée était gardée, depuis l'année 1525, dans l'arsenal royal.
Sa Majesté Catholique informée du désir de l'Empereur, et voulant profiter de toutes les occasions de prouver à son intime allie la haute estime qu'elle a pour son auguste personne , et son admiration pour ses faits héroïques , résolut que ladite épée serait immédiatement remise à Sa Majesté impériale et royale , et jugeant que le grand-duc de Berg , formé à son école , et illustre par ses talcns militaires , était plus digne que personne de se charger d'un dépôt si précieux , Sa Majesté ordonna que son grand-écuyer, le marquis d'Astorga , conduisît l'épée à l'hôtel de S. A. I. le grandduc de Berg , de la manière suivante :
L'épée, placée dans un bassin d'argent, couvert d'un drap de soie , orné de galons et de franges d'or, fut déposée au fond d'un carrosse du Roi ; sur le devant se placèrent le surintendant de l'Arsenal , don Carlos Monlargis , et son aide don Manuel , trésorier. Le carrosse , escorté par six valets de pied du Roi, en grande livrée , fut traîné par un attelage de six mules magnifiquement enhàrnachées. • Dans une seconde voiture ayant le même attelage et une semblable escorte , étaient Son Exe. le grand-écuyer, accompagné du duc de Parque, lieutenant - général des armées , et capitaine des gardes-du-corps : à la gauche de la voiture , précédé par un piqueur du Roi , était le grandécuyer honoraire , M. Gonzalès. Un détachement de gardesdu-corps, composé d'un sous-brigadier, d'un cadet, et de
vingt gardes , accompagnait les deux carrosses : quatre gardes ouvraient la marche , et les autres suivaient derrière la voiture où était l'épée.
Le 31 à raidi , le cortège sortit de la maison du marquis d'Astorga , et se dirigea au palais du grand-duc de Berg. Dès qu'il fut arrivé, M. de Montargis prit le bassin où était l'épée , et , suivi de LL. EE. le grand-écuyer et le capitaine des gardes-du-corps , il se rendit dans le salwi où attendait le grand-duc. •
Le marquis d'Astorga prit alors l'épée , la remit à Son Altesse impériale, avec une lettre du Roi , et lui adressa un discours analogue à la circonstance auquel Son Altesse impériale répondit de la manière la plus flatteuse en prenant l'épée , et en se chargeant de l'envoyer à Sa Majesté impériale.
La cérémonie achevée , le cortège , dans le même ordre , reprit le chemin du palais de Sa Majesté , pour lui rendre compte de l'exécution de ses ordres.
( Histoire de la Guerre d'Espagne contre Napoléon ttuonaparte , par une Commission d" Officiers de toutes armes établie à Madrid auprès de S. Exc. le Ministre de la guerre. )
Note 2, Pagf 119.
Traité tic Fontainebleau , conclu entre le maréchal Duroc « au nom de Napoléon , et le conseiller Izquierdo , au nom du roi d'Espagne, le 27 octobre 1807.
Art. 1 er . La province de l'Alentejo et le royaume des Algarves seront donnés , eu toute propriété et souveraineté , au prince de k Paix , qui prendra le titre de prince des Algarves. •
Art. 5. La principauté des Algarves sera possédée par les descendais du prince de la Paix héréditairement et suivant les lois de succession qui sont en usage dans la famille régnante de S. M. le roi d'Espagne.
Note 3 , Page 24().
M. Carrel faisait partie de l'expédition du général Fernandez. Je copie ici le rapport de la séance de la cour d'assises d'Eure-et-Loir. {Affaire de M. de Chièvrcs.)
M. Carrel est introduit, et s'exprime ainsi : «« Je ne sais rien qui se rattache directement à l'affaire qui occupe la cour. Ce que j'ai à dire peut servir seulement à faire connaître M. de Chièvres comme homme de parti. La guerre de grande route, appelée rhouannerie , suppose, chez ceux qui s'y livrent , des haines de parti violentes et du fanatisme religieux ou politique. J'ai eu personnellement l'occa-
sion d'éprouver que M. de Chîèvres n'a point ce fanatisme , et que c'est au contraire un homme de parti loyal , humain , généreux. Il s'agit d'un fait déjà vieux de dix ans.
« Vous savez , messieurs les jurés , que le drapeau tricolore a eu aussi son émigration , et les émigrations ne sont pas heureuses. En 1823 , l'armée royale qui allait en Espagne renverser la Constitution des Cortex eut affaire , sur la Bidassoa , à une poignée de Français qui s'étaient serrés autour du drapeau tricolore , et , en Catalogne , à plusieurs centaines de réfugiés qui avaient pris la cocarde aux trois couleurs et l'uniforme des anciennes armées nationales. Un de ces corps , dont je faisais partie , essaya ,
dans le mois de septembre 1823, de pénétrer dans la for-
teresse de Figuères , investie par une division aux ordres du général Damas. Après deux jours de combats très sanglans , dans lesquels les deux tiers de nies camarades furent tués ou blessés , et dans lesquels aussi les régimens qui nous étaient opposés perdirent malheureusement beaucoup de monde , nous nous trouvâmes dans une situation à être obligés de nous rendre ou de nous faire tuer jusqu'au dernier.
u M. de Chièvres , alors aide-de-camp du général Dama« , n'écoutant que son désir de faire oesser l'effusion du sang français , pénétra jusqu'à nous. Il se souvînt que son père avait échappé à la funeste journée de Quiberon , et vint
nous supplier de nous rendre. Je me trouvai à portée de lui
répondre au no» de mes amis. Je lui représentai que les lois qui nous attendaient, nous étaient connues, et que nous ne pouvions pas neus rendre sans conditions. M. de Chièvres s'entremit avec la plus grande chaleur pour nous faire obtenir une capitulation , quoique de semblables conventions n'aient jamais lieu en rase campagne. J'ai su depuis , de la bouche même du général Damas , que nous devions beaucoup aux intercessions de M. de Qûèvres.
« Les pénibles négociations dont M. de Chièvres s'était chargé, avec un empressement si généreux , durèrent longtemps. M. de Chièvres alla et revint plusieurs fois du quartier-général à la position que nos débris occupaient. Ea£n , nous le vîmes reparaître suivi d'un grand nombre d'officiers , qui uous annoncèrent avec la joie la plus vive que nos conditions étaient acceptées , et ces conditions étaient d'avoir la vie sauve , de conserver nos épées , les insignes qui distinguaient notre uniforme , et d'obtenir des passeports pour nous rendre à la destination que nous choisirions.
« Le gouvernement français ne crut pas devoir ratifier la capitulation , bien que le général Damas eût eu plein pouvoir de l'accorder. Moi-même , à mon retour en France , je fus arrêté et condamné à mort par deux conseils de guerre ; mais ces condamnations ayant été cassées pour vice de formes , je fus acquitté à Toulouse par un troisième conseil
de guerre , sur la simple preuve de l'existence de cette capitulation que M. de Chièvres avait tant contribué à nous faire obtenir.
« Je suis bien loin de prétendre que personne doive ici de la reconnaissance à M. de Chièvres pour le service personnel qu'il m'a rendu dans cette circonstance , mais je pourrais citer une douzaine d'officiers de tout grade , depuis celui de sous-lieutenant jusqu'à celui de chef de bataillon , qui ont profiH comme moi de la capitulation de Figuères , et qui, depuis la révolution , ont repris du service. Les uns servent à Alger, les autres devant Anvers ou dans la Vendée , et ont pu contribuer même à y étouffer l'in-
m Je ne m'étendrai pas plus sur le compte de AT. de Chièvres. Il était de mon devoir d'attester ici que je l'ai connu modéré , humain , généreux , quand son parti avait la force , et que le drapeau tricolore était traité en rebelle.
« M. de Chièvres ne me saura pas , j'espère , mauvais gré de dire qu'il était fort dévoué au gouvernement de ce temps-là , qu'il était du parti du gouvernement. Ses sentimens politiques furent trop honorés à mes yeux par sa conduite dans la circonstance dont j'ai parlé , pour que je n'estime pas aujourd'hui sa persévérance dans les mêmes sentimens. Mais je répète que des opinions qui s'alliaient alors à une générosité si française , n'ont pas pu conduire
34o NOTES.
aux actes violons qu'on impute aujourd'hui à M. de Ch ièvres. >»
Un officier dans l'auditoire : Bravo !
M e Hennequin. — Quel homme d'honneur! (On entend partout à voix basse : bravo î bravo ! ) Le respect dû à la justice a peine à contenir la satisfaction que cause cette déclaration. Nous pouvons dire que l'impression générale qu'elle cause est aussi honorable pour M. Carrel que pour l'accusé. •
M. de Chièvres avec émotion : « Je prie M. Carrel de me permettre de lui témoigner ici toute ma reconnaissance. » ( Cour d'Assises d'Eure-et-Loir, 24 décembre 1 832. )
Je n'ai l'honneur de connaître ni M. de Chièvres , ni M. Carrel , mais le tableau de ces deux hommes généreux , dont l'un, animé encore par toute la chaleur d'un combat de deux jours , oublie des ennemis acharnés pour ne voir en eux que des Français , qu'il presse , qu'il conjure d'accepter la vié , et l'autre , qui , après dix ans , après une révolution qui a ressuscité des couleurs qui lui sont chères , vient tendre la main à son adversaire politique , pour l'aider à franchir les marches de sa prison ; ce tableau , beau comme l'antique , ne saurait passer inaperçu*. Quelques esprits inquiets désespèrent de l'avenir de la France ! La France est étayée sur de hautes vertus , sur de nobles caractères : elle n'est pas prête à périr '
NOTES. 34 f
Note 4 , Page 274.
Il paraît que Sagonte ne s'élevait que jusqu'à mi-côte , et s'étendait surtout dans la plaine vers la mer, bien au-delà de l'enceinte actuelle de Murviédro , puisque Tite- Live dit qu'elle n'en était qu'à mille pas , et qu'il y a une grande lieue de la mer à Murviédro ; aussi n'a-t-on trouvé des traces du séjour des Carthaginois et des Romains , qu'à commencer au pied de la montagne où sont les forteresses maures.
Murviédro est encore semé de pierres qui portent des inscriptions phéniciennes on latines ; celles-ci surtout y abondent : on les trouve enchâssées dans quelques unes des murailles de ses rues. Cinq surtout très bien conservées, le sont dans celles d'une église. Si l'on en rencontre quelques unes sur le penchant de la montagne ou même plus haut , il paraît qu'elles y ont été transportées par les Maures , comme toute autre pierre à bâtir. C'est ainsi que dans une des murailles de leurs anciennes forteresses , on trouve une statue antique de marbre blanc , à laquelle il manque la tête , et quelques pierres chargées d'inscriptions mais posées à l'envers.
Les monumens dont Murviédro conserve encore les débris , datent de l'époque où les Romains , après la va-
34 a notes.
leureuse défense des Sagontins et la destruction de leur
ville , la rebâtirent et en firent une de leurs municipia ,
une des villes les plus brillantes qu'ils eussent hors d'Italie.
Elle avait , entre autres , un temple de Bacchus dont on
aperçoit quelques restes à gauche , près de l'entrée de
Murviédro. Son pavé , en mosaïque , que l'incurie laissait
dépérir sur le lieu même , a été recueilli et transporté dans
la bibliothèque de l'archevêque. On découvre encore les %
fbndemens de l'ancien Cnique de Sagonte , sur lesquels •
posent présentement les murs qui servent d'enceinte à une
longue suite de vergers. Ce Cirque , comme il est facile de
s'en apercevoir, allait aboutir à une petite rivière dont il ne
reste plus que le lit , et qui servait de corde à l'arc formé par
le Cirque. Sans doute lorsque les Sagontins donnaient ces
spectacles connus sous le nom de Naumachie , ce lit
était rempli aux dépens des canaux voisins qui existent
encore.
•Mais de tout ce qui reste de l'ancienne Sagonte , rien n'est si bien conservé que son théâtre. On y retrouve trè9 distinctement les divers gradins qu'occupaient tous les spectateurs , chacun suivant son état ; d'abord au degré le plus bas , à la place qu'occupe l'orchestre dans nos théâtres , viennent les gradins des magistrats , puis ceux de l'ordre équestre, puis ceux du peuple. On voit encore les deux portes par lesquelles entraient les magistrats : deux autres
jtotes. 343
qui étaient exclusivement réservées à Tordre équestre , et presqu'à la sommité de cet amphithéâtre, qui continue sans interruption du bas en haut , on reconnaît encore les deux galeries par lesquelles s'écoulaient les flots du peuple , et que les anciens , pour cette raison , nommaient V omùoria. Enfin , on retrouve en leur entier ces gradins les plus élevés qui étaient destinés pour les licteurs et les courtisanes. La crête , semi-circulaire de tout l'édifice , est aussi parfaitement conservée ; on retrouve même en dehors les pierres saillantes où étaient enfoncés les pieux sur lesquels portait la toile horizontale qu'on déployait pour mettre toute l'assemblée à l'abri du soleil ou de la pluie ; car les anciens , dans leurâ spectacles ; prévoyaient tout , pourvoyaient à tout. Tout le monde y était assis et pouvait y être à l'abri des injures de l'air. Toutes les mesures étaient prises pour prévenir le désordre. Dans un endroit , qu'on reconnaît encore , était la place fies juges.
Au-delà de l'amphithéâtre , dont plusieurs gradins
vers le centre étaient sensiblement détériorés , on retrouvait à peine des vestiges du lieu qu'occupaient les acteurs. Il n'offrait plus que quelques arbres et des masures : le bord de l'ancienne scène avait été converti en une allée de mûriers , où des cordiers avaient établi leur atelier ambulant. On ne prenait aucun soin pour conserver ce monument précieux. Un concierge y avait son habitation, qu'il étendait
ou changeait au gré de ses convenances. Quelques familles de pauvres artisans y construisaient des masures auxquelles les Romains avaient préparé , il y avait près de vingt siècles , des murs et un plafond ; jamais le temps n'avait été mieux secondé , devancé dans ses ravages. Caylus et Winkelmann eussent versé des larmes à l'aspect de ces sacrilèges.
{Tableau de F Espagne moderne, tome III. )
Note 5 , Page 279.
Le premier de nos poètes s'exprime ainsi sur cet illustre maréchal. M. de Lamartine a dit :
Et celai qui soutient de son bras triomphant
Les pas tremblans encor de ce royal enfant,
Et qui d'an œil de père, en regardant son maître,
Semble dire en son cœnr : Cest moi qui l'ai vu naître ;
Quel est-il ?