CHAPITRE XXXIII
Ston Carlos.
Don Carlos, héritier légitime et direct du trône d'Espagne, roi par ses droits aujourd'hui, est un prince entouré de l'amour et du respect des uns , et en butte à la haine profonde des autres. D'une taille ordinaire, d'une physionomie calme et difficile à impressionner; froid, grave, silencieux, digne dans son maintien et ses gestes , avare de paroles inutiles, le caractère de ce
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prince doit plaire aux Castillans et aux Espagnols. Ses ennemis ne Font point épargné, et les calomnies l'ont assailli sans le déconsidérer. On a tenté de faire passer son silence pour de l'orgueil, son calme pour de l'hypocrisie, et sa piété pour du fanatisme ; tactique qui eût pu réussir dans un autre pays, mais l'Espagnol ne donne qu'à coup sûr sa haine ou son amour, et son esprit juste l'empêche de se livrer sans réflexion à de subites préventions ou à un enthousiasme qui n'aurait point de motifs. Quelques personnes ont voulu comparer le caractère de ce prince à celui du sombre Philippe II; mais déjà le jugement que l'on porterait de lui, d'après cette ressemblance, serait complètement faux : don Carlos oppose à cette étrange similitude toutes les vertus de la vie privée. Don Carlos est le modèle des pères de famille : vivant au milieu de ses enfans , chéri de ceux qui l'ap- # prochent , don Carlos a une piété qui ne doit effrayer personne, car elle est pour lui seul. II a toujours témoigné la plus grande indifférence
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pour ce qui touchait aux questions politiques, jusqu'au moment où, attaqué dans ses intérêts par le caprice de Ferdinand, dépouillé de ses droits dans sa personne et celle de ses enfans , il a protesté avec le respect dû à son souverain et la fermeté que donne la conviction et la foi d'une bonne cause. Il s'est éloigné sans causer le moindre ébranlement dans l'État, sans provoquer personne en sa faveur. Mais lorsque Ferdinand eut fermé les yeux, il parut armé de son droit. S'il monte sur le trône, ce sera sans intervention et sans secours étrangers.
Lorsque la famille royale sortit de Cadix , au milieu d'une haie de baïonnettes françaises, la joie d'échapper a une captivité qui eût pu avoir des suites plus dangereuses encore que la prison , était bien naturelle chez Ferdinand et chez les infans : ces princes la témoignaient hautement à tous les Français; lui seul, don Carlos, avait une réserve qui fut remarquée et appréciée des Espagnols. 11 cessait d'étrê captif, mais il semblait regretter de devoir * des étrangers cette
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liberté qu'il eût voulu tenir des Espagnols. Son front était voilé d'une profonde tristesse; sa main ne toucha point celle de ses libérateurs : , tout en lui décelait de douloureuses impressions.
Quelle que soit la destinée de ce prince, il est à croire qu'il n'appellera jamais à son secours que les vrais Espagnols qui ne veulent devoir leur salut qu'à eux seuls. Époux de Marie-Françoise d'Assises, infante de Portugal , princesse d'un haut courage, sœur de ces deux frères qui luttent avec acharnement l'un contre l'autre, don Carlos trouve dans le caractère et les vertus de l'infante de justes dédommagemens aux chagrins qui déchirent son cœur depuis qu'il a été séparé, par Fexil, de sa famille, qui a élevé entre elle et lui la barrière de l'injustice et des intcrets.