NATURE DES VARIATIONS DANS LES RACES
caractéristiques de la race dans les deux règnes inférieurs, il devra conclure en faveur de l'unité spécifique.
C'est par cette voie que je suis arrivé au monogénisme, et j'ai la certitude qu'elle y conduira de même quiconque la suivra.
II. — L'idée d'espèce, avons-nous vu, repose sur deux notions distinctes, celle de ressemblance et celle de filiation. Occuponsnous d'abord de la première. C'est celle à laquelle on s'arrête le plus souvent. Personne n'hésite à regarder comme de même espèce, deux individus très-semblables l'un à l'autre , s'ils montrent, au contraire, des différences un peu accusées et que les renseignements manquent, on hésite ou l'on se prononce pour la négative.
L'esprit accepte aisément cette dernière conclusion, lorsqu'il s'agit des hommes. Une étude, continuelle quoique inconsciente, a formé notre œil, qui apprécie chez nos semblables les plus délicates nuances dans les traits, dans la couleur de la peau, dans l'aspect de la chevelure, etc. Or, cette délicatesse d'appréciation a ici un grave inconvénient. Elle conduit inévitablement à s'exagérer la valeur des différences existant de groupe à groupe et conduit par cela même à les regarder comme autant d'espèces.
Mais, pour que ce jugement eût une valeur réelle, il faudrait avoir démontré au préalable que les variations d'un groupe humain à l'autre, sont en dehors de celles qu'on a constatées entre des groupes d'animaux et de plantes bien positivement connus pour n'être que des races d'une même espèce.
Or, il n'en est pas ainsi. Pour peu que l'on cherche à se rendre compte de la nature et de l'étendue des variations, on reconnaît bien vite que, dans les races animales et végétales, elles atteignent des limites que ne franchissent jamais, qu'atteignent rarement les différences entre groupes humains.
III. — Je n'ai pas à insister longuement sur les changements morphologiques et anatomiques des végétaux. Il suffît de rappeler combien sont nombreuses et diverses, ces variétés de légumes, de fleurs, d'arbres fruitiers ou d'ornement dont le nombre s'accroît sans cesse. Chez ces derniers, il est vrai, la variété passe assez rarement à Tétat de race. La greffe, le marcottage, etc., permettent de les multiplier avec promptitude et sûreté, comme l'acacia sans épines, et les jardiniers ont habituellement recours à ces procédés. Toutefois, même parmi les arbres fruitiers, un certain nombre de ces variétés se sont fixées d'elles-mêmes et se reproduisent par graines. Les pruniers, les pêchers, la vigne, en ofl'rent des exemples. Quant aux plantes annuelles, aux légumes en particulier, on ne peut les conserver et les multiplier que de cette façon. Là, nous ne comptons que des races, et chacun sait combien elles sont nombreuses et variées. A lui seul, le chou (Brassica oleracea) en compte 47 principales, se sous-divisant chacune en un certain nombre de races secondaires, tertiaires, etc. Or il est bien inutile d'insister sur la dis-