NATURE DES VARIATIONS DANS LES RAGES
tance qui sépare le chou cabus dont on fait la choucroute, du chou-rave, dont on mange la racine, et du chou-fleur ou du brocoli.
Il est bien évident qu'il n'y a pas là seulement altération des, formes primitives. L'organisme est modifié dans ses éléments, qui s'accumulent et s'associent diff'éremment selon les races. Mais ces éléments eux-mêmes sont souvent atteints dans ce qu'ils ont de plus intime. La diminution et la disparition de certains acides, leur remplacement par le sucre, les saveurs, les parfums qui se développent et caractérisent certaines races de légumes et de fruits, attestent que les forces vitales de ces plantes ont éprouvé des modifications très-réelles, fidèlement transmises de génération en génération.
On m objectera peut-être qu'il y a trop peu de ressemblance entre les organismes végétaux et animaux pour que la comparaison précédente des faits anatomiques soit réellement utile. 11 en est autrement des phénomènes physiologiques.
Parmi nos végétaux cultivés, l'activité vitale présente parfois d'une race à l'autre des différences bien remarquables. Dans nos diverses races de blé, la rapidité du développement varie du simple au triple. Dans nos climats tempérés l'orge pamelle met cinq mois à germer, croître et mûrir; en Finlande et en Laponie il n'a que deux mois pour parcourir ces mêmes phases de l'existence. Enfin chacun sait que nos jardins maraîchers et fruitiers sont peuplés de races et de variétés, les unes précoces, les autres tardives.
L'énergie des fonctions de reproduction varie parfois singulièrement selon les races. On connaît ces rosiers qui fleurissent deux ou trois fois par an, ces fraisiers qui donnent des fruits pendant presque toute l'année. Il est des oranges farcies de pépins ; il en est d'autres qui en manquent presque entièrement. Enfin dans certaines bananes et dans le raisin de Goriuthe les graines ont complètement disparu. On comprend que ces derniers produits de l'industrie humaine n'existent qu'à l'état de variété.
IV. — Nous rencontrons chez les animaux des faits correspondant exactement à ceux que viennent de nous montrer les plantes. De plus, nous trouvons chez eux des modifications portant sur les manifestations de ce je ne sais quoi que nous avons appelé Vâme animale.
La diversité des races de nos espèces domestiques est trop connue pour qu'il soit nécessaire d'insister sur ce point. Je me borne à rappeler que Darwin compte 150 races distinctes de pigeons et déclare ne pas les connaître toutes. Ces races sont d'ailleurs assez différentes pour devoir être réparties au moins dans quatre genres dis mets, si on les considère comme autant ^'espèces. Parmi les Mammifères, les chiens présentent des faits analogues. Lors de l'exposition canine de 1863, la Société d'acclimatation, qui s'était montrée très-sévère dans l'admission des
sujets et n'avait accueilli que des types parfaitement purs, n'en réunit pas moins 77 races de chiens. Mais, la plupart appartenaient à l'Europe et surtout à la France ou à l'Angleterre. Presque toutes celles d'Asie, d'Afrique et d'Amérique manquaient au rendez-vous; et, en somme on est autorisé à penser qu'il existe au moins autant de races chez les chiens que parmi les pigeons. Quant aux différences morphologiques, il suffit de rappeler les boule-dogues et les lévriers, les bassets et les danois, les grands griffons et les king-charles. A peine est-il besoin de faire observer que ces différences extérieures supposent dans le squelette, dans les proportions et la forme des muscles, etc., des modifications correspondantes. Les différences anatomiques vont d'ailleurs plus loin. Par exemple, le cerveau du barbet est proportionnellement au moins double de celui du dogue.
Comme chez les végétaux, nous avons chez les animaux des races à développement lent et d'autres qui grandissent et s'engraissent rapidement. Gomme chez les végétaux, la fécondité diminue chez les unes et s'accroît chez d'autres. Trop perfectionnées , c'est-à-dire trop éloignées de leur type naturel, les races animales comme les races végétales finissent par ne se reproduire qu'avec peine ou même pas du tout. En revanche, nos races ovines ordinaires n'ont qu'une portée d'un seul agneau par an; les hong-ti ont deux portées de deux agneaux chacune. La laie sauvage ne porte qu'une fois l'an et ne donne le jour qu'à six ou huit marcassins ; devenue domestique, elle met bas deux fois par an de dix à quinze petits porcs. Sa fécondité est donc au moins triplée. Chez l'aperea, devenu le cochon d'Inde, elle est plus que septuplée.
Chez les chiens, les habitudes imposées par l'éducation transmises et renforcées par l'hérédité finissent par prendre les apparences d'autant d'instincts naturels qui caractérisent les races aussi nettement que des particularités physiques. C'est ce qu'ont mis hors de doute les expériences poursuivies par Knight pendant plus de trente ans. Pour rappeler le contraste qui existe parfois entre ces instincts acquis^ il suffit de nommer les chiens courants et les chiens d'arrêt. Au point de vue du développement relatif de l'intelUgence proprement dite, la différence de race à race est aussi parfois très-marquée. Il suffit de comparer à ce point de vue le barbet et le lévrier.
V. — Si des animaux Qi des végétaux nous passons à l'homme, nous trouvons chez lui comme dans les deux règnes inférieurs des groupes distingués par des différences anatomiques, physiologiques et psychologiques. Le plus souvent les mêmes organes, les mêmes fonctions nous présentent des modifications analogues. Quelle raison pourrait-on invoquer pour prétendre que, considérées dans leur nature^ ces différences, ces modifications ont chez lui une signification plus grave et qu'elles caractérisent non des races^ mais des espèces? Evidemment, aucune; ce serait raisonner en dépit de toutes les lois de l'analogie. Arguerait-on