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CHAPITRE VII

CROISEMENT DES RACES ET DES ESPÈCES VÉGÉTALES ET ANIMALES ; MÉTISSAGE ET HYBRIDATION.

I. — Les unions sexuelles chez les plantes comme chez les animaux peuvent avoir lieu entre individus de même espèce et de même race, ou bien de même espèce mais de races différentes^ ou bien enfin d'espèces différentes. Dans les deux derniers cas il y a ce qu'on appelle un croisement. Ce croisement lui-même prend des noms différents selon qu'il a lieu entre races ou entre espèces différentes. Dans le premier cas il constitue un métissage; dans le second cas, une hybridation. Quand ces unions croisées sont fertiles, le produit du métissage porte le nom de métis ; le produit de l'hybridation, celui d'hybride.

Si l'on a bien compris la différence des rapports existant entre la race et V espèce , on doit être porté à admettre que le métissage et l'hybridation ne sauraient présenter les mêmes phénomènes. L'expérience *et l'observation confirment cette vue de l'espritc

Nous avons donc dans le croisement un moyen de reconnaître si les groupes humains ne sont que des races d'une même espèce ou bien des espèces distinctes. Il suffît pour cela d'étudier chez les autres êtres organisés et vivants les phénomènes du métissage et ceux de l'hybridation ; puis de comparer aux uns et aux autres ceux qui accompagnent le croisement opéré entre groupes humains. Si dans ce dernier cas les phénomènes sont ceux qui caractérisent ïhybridation, on doit conclure que les groupes sont spécifiquemeat distincts et admettre la multiplicité des espèces humaines. Si le croisement entre hommes, morphologiquement différents, s'accompagne des phénomènes propres au métissage, on ne peut voir dans ces groupes qu'autant de races d'une même espèce ; on doit se rallier à la doctrine de Vunité spécifique de tous les hommes.

La question qui nous occupe devient donc toute physiologi-

que et relève uniquement de l'observation et de l'expérience. Pour la résoudre nous nous adresserons plus que jamais aux végétaux aussi bien qu'aux animaux. C'est par les pîfiénomènes de la reproduction que les deux règnes se touchent de plus près. Ici il n'y a plus analogie seulement, il y a presque identité. Et ce n'est pas le supérieur qui s'abaisse ; c'est l'inférieur qui s'élève. On dirait qu'ennoblie par l'importance de la fonction, la plante pour se reproduire devient temporairement animal.

II. — Dans les deux règnes, les unions entre races de même espèce^ c'est à dire ie métissage^ peut s'accomplir en dehors de toute intervention de l'homme ou être dirigé par lui. Il est par conséquent naturel ou artificiel.

Le métissage entre végétaux n'a pu être reconnu qu'à la suite de la distinction des sexes, faite en 1744. C'est à Linné que revient l'honneur de cette grande découverte. Il en comprit sur-lechamp toute la portée et se l'exagéra même, comme nous le verrons tout à l'heure. Linné admit que les unions croisées, observées depuis des siècles chez les animaux, devaient se reproduire entre les plantes et il expliqua ainsi l'apparition de tulipes flambées au milieu de plates-bandes primitivement composées de fleurs unicolores. L'observation, l'expérienae ont mille fois confirmé les premières vues du fondateur des sciences naturelles. On a reconnu de plus que le croisement peut s'accuser dans toutes les parties du végétal par un mélange de caractères semblable à celui qu'avait trahi la coloration des tulipes. M. Naudin entre autres, qui dans une seule année a suivi le développement de plus de douze cents courges, a vu les graines d'un même fruit reproduire toutes les races que renfermait le jardin livré à ses études. Il y avait eu super fétation. C'est un fait d'une haute importance , car il démontre l'égalité d'action dont jouissait le pollen de toutes ces races, si différentes l'une de l'autre morphologiquement. Rien n'accuse mi'eux la facilité du croisement entre races.

Le métissage naturel et spontané des animaux présente les mêmes caractères. Facilité par la locomotion, il s'accomplit chaque jour dans nos maisons, dans nos basses cours, dans nos fermes. La difficulté n'est pas de croiser les races, mais bien d'empêcher leurs mélanges et de les conserver pures. Des expériences précises faites au Muséum par Isidore Geoffroy ont montré que chez les moutons, les chiens, les porcs et les poules, le métissage entre les races les plus diflerentes était toujours et certainement fécond. Ici, aussi, on constate souvent le phénomène de la superfétation. Des chiennes successivement courtisées par des mâles de races diverses ont mis bas des petits qui accusaient jusqu'à trois et quatre souches distinctes. — Les choses s'étaient passées chez elles comme dans les courges de M. Naudin.

On voit que l'homme n'a dû éprouver aucune difficulté à provoquer le métissage et que, lorsqu'il a jugé bon d'y recourir

dans un but quelconque, il n'a eu qu'à le régler en choisissant les reproducteurs animaux ou végétaux. Aussi ce genre d'union est-il depuis longtemps entré dans la pratique journalière pour améliorer, modifier, diversifier de toute façon les êtres vivants sur lesquels s'exerce l'industrie humaine. — Il est inutile d'insister sur des faits connus de tous les jardiniers comme de tous les éleveurs, et je me borne à faire une remarque dont on sentira plus tard l'importance.

On a vu plus haut qu'à force de perfectionner une race animale ou végétale, on arrivait parfois à rompre l'équiUbre physiologique aux dépens de la faculté de reproduction. En pareil cas, le croisement avec une autre race moins modifiée réveille d'ordinaire la fécondité éteinte. Par exemple des porcs anglais importés dans le midi de la France par M. de Ginestous cessèrent de se reproduire après quelques générations. On les croisa avec la race locale plus maigre, moins précoce, et la fécondité reparut.

Tous ces faits et leurs conséquences inévitables ont été admis par tous les naturalistes qui se sont occupés de ces questions. Darwin lui-même en avait reconnu la vérité dans son bel ouvrage sur la Variation des animaux et des plantes. Il se bornait alors à conclure que le croisement entre certaines races de plantes est moins fécond que celui qui s'opère entre certaines autres, proposition que personne n'aura l'idée de combattre. Il est allé plus loin dans les dernières éditions de son livre sur l'origine des espèces. Sans apporter de faits précis dont la signification allât au-delà des sages conclusions précédemment admises par lui, il invoque l'ignorance oii nous sommes relativement à ce qui se passe entre variétés sauvages ; il conclut que l'on ne peut soutenir que le croisement entre variétés soit toujours tout à fait fertile. — C'est un de ces appels à l'inconnu, un de ces arguments où notre ignorance même est invoquée comme preuve, que l'on retrouve trop souvent chez ce penseur emporté par ses convictions. J'aurai à revenir sur ce point. Mais je constate ici que, de l'aveu même de Darwin, tous les faits connus attestent la parfaite fertilité des métis.

En résumé, le croisement entre races^ le métissage, est un fait qui s'accomplit spontanément et que l'homme provoque sans la moindre difficulté; les résultats en sont aussi certains que ceux de l'union entre individus de même race ; bien plus, dans certains cas la fécondité s'accroît ou reparait sous l'influence de ce croisement. — Le croisement entre espèces., V hybridation, va nous montrer des faits absolument contraires.

III. — Gomme le métissage, l'hybridation peut être naturelle ou artificielle.

La première est tellement rare que des naturalistes éminents ont mis en doute sa réalité. Toutefois on en connaît, selon M.Decaisne, une vingtaine d'exemples bien avérés chez les végétaux. — Qu'est ce chiffre comparé à celui des milliers de métis

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