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CHAPITRE XVII

MIGRATIONS PAR MER ; — MIGRATIONS POLYNESIENNES ; — MIGRATIONS A LA NOUVELLE-ZÉLANDE.

I. — La plupart des défenseurs de rautochthonie reconnaissent que les migrations par terre n'ont au fond rien d'impossible ; mais il en est autrement, affîrment-ils, des migrations par mer. Le peuplement de l'Amérique , surtout celui de la Polynésie par des immigrants venus de notre grand continent, est selon eux au-dessus de tout ce que pouvaient entreprendre et accomplir des peuples dépourvus de connaissances astronomiques et de moyens perfectionnés de navigation. A les en croire, les conditions géographiques, le régime des vents et des courants devaient opposer une barrière insurmontable à toute entreprise de cette nature.

Voyons, en commençant par la Polynésie, ce qu'il y a de vrai dans ces assertions. Ce sera pour ainsi dire prendre le taureau par les cornes, car aucune autre contrée du globe ne semble justifier au même degré les dires des autochthonistes.

II. — La Polynésie n'est pas précisément aussi isolée que l'on se plaît à le dire. La seule inspection des cartes eût suffi pour autoriser à penser qu'une population maritime, habituée à parcourir l'archipel malais, a dû plus d'une fois pousser jusqu'à la Nouvelle-Guinée. Ce fait est aujourd'hui au-dessus de toute contestation. Au delà, les archipels de la Nouvelle-Bretagne et des îles Salomon mettent pour ainsi dire des navigateurs quelque peu aventureux sur la route des Fijis; une fois parvenus à cet archipel, pour peu qu'ils aient été poussés par l'esprit des découvertes, ils ont dû gagner assez iacilement la Polynésie proprement dite. La Nouvelle-Zélande au sud, les Sandwich au nord restent toutefois en dehors de cet itinéraire indiqué par la géographie.

Pour que des marins hardis fussent arrêtés dans cette voie, il

aurait fallu que les vents et les courants fussent toujours contraires et irrésistibles. Tant que l'on a cru à l'universalité dans ces régions et à la constance absolue des vents alizés, on a pu leur attribuer ce rôle. Mais les études faites dans l'intérêt du commerce, les écrits du commandant Maury, les cartes du capitaine Kerhallet nous ont appris que le cloud-ring promène ses vents variables sur près de 20 degrés dans l'aire maritime dont il s'agit. Nous savons surtout que chaque année, la mousson renverse les alizés et souffle jusqu'au delà des Sandwich et de Taïti; si bien, qu'au lieu d'avoir le vent contraire, les naviies marchant à l'est l'ont des plus favorables pendant plusieurs mois.

Les considérations tirées des courants conduisent à peu près aux mêmes conclusions. Dans le Pacifique, le courant équatorial portant de l'est à l'ouest forme en réalité deux grands fleuves océaniques distincts séparés par un large contre-courant coulant en sens inverse. Celui-ci longe au nord presque toute l'aire polynésienne ; il s'ouvre pour ainsi dire au débouché de l'archipel indien. Tout indique qu'il a joué un certain rôle dans les faits de dispersion des races constatés dans toutes les provinces de l'Océanie et à l'est de la Malaisie.

Enfin on sait que les phénomènes atmosphériques n'ont rien d'absolument régulier, pas plus dans les régions du Pacifique qu'ailleurs. Cette mer a comme les autres ses typhons, ses tempêtes, qui changent momentanément la direction des vents, qui entraînent les navires en dépit des courants. Les îles, les îlots dont elle est semée ont dû bien des fois recevoir des marins égarés, et nous en citerons des exemples.

Loin d'être impossible, le peuplement de la Polynésie, par des navigateurs partis de l'archipel indien, est relativement facile à certains moments de l'année, à la seule condition que ces navigateurs soient hardU et ne craignent pas de perdre la terre de vue. Or on sait combien les populations malaises répondent à cette condition.

Aussi les hommes qui ont tenu compte de toutes ces circonstances, Malte-Brun, Homme, Lesson, Rienzi, Beechey, Wilkes,... n'ont-ils pas hésité à regarder la Polynésie comme ayant été peuplée par des migrations avançant de l'ouest à l'est.

III. — Au contraire, les écrivains qui se sont arrêtés aux connaissances naguère imparfaites que nous avions de ces mers et à la direction ordinaire des vents, ou bien ont cru à l'autochthonie, ou bien ont imaginé diverses théories pour expliquer la présence de l'homme dans cette multitude d'îles et d'îlots isolés.

EUis a cru que les Polynésiens avaient été portés d'Amérique en Océanie par les vents et les courants ; mais cette hypothèse n'a guère rallié d'adhérents. Elle est en contradiction trop évidente avec tous les caractères physiques, linguistiques et sociaux, qui rattachent les Polynésiens aux races malaises autant qu'ils les éloignent des Américains.

Dumont d'Urville a proposé une théorie plus satisfaisante au premier abord et qui compte encore quelques partisans. A ses yeux la Polynésie serait le reste d'un grand continent qui se rattachait primitivement à l'Asie. Cette terre se serait affaissée à la suite de quelque révolution géologique ; la mer aurait converties plaines et les collines ; les sommets les plus élevés émergeraient seuls aujourd'hui, formant les archipels actuels. Les Polynésiens seraient les descendants des individus échappés à la catastrophe.

Cette hypothèse a l'avantage de conserver les rapports brisés par celle d'Ellis. Et, circonstance curieuse, elle concorde avec la tradition du déluge telle que l'ont conservée les Tahitiens. Ceuxci racontent que la grande inondation eut lieu sans pluies ni tempête. Ce fut la mer qui s'éleva et recouvrit la terre entière à l'exception d'un rocher plat qu'ils montrent encore et où se réfugièrent un homme et une femme. On pourrait croire qu'il n'y a dans ce récit qu'une méprise facile à comprendre. La mer ne monte jamais; mais la terre peut s'enfoncer et l'on s'y est trompé ailleurs qu'à Taïti.

Toutefois on ne peut accepter la théorie de Dumont d'Urville. Elle est en contradiction avec les faits zoologiques, si bien étudiés par Darwin et par Dana. Si l'Océanie montre dans les atols des traces d'affaissement, un grand nombre d'Iles présentent les preuves incontestables de soulèvement, et Taïti est précisément une de ces dernières.

Mais l'argument le plus sérieux à opposer à d'Urville se trouve dans la population. S'il est un fait sur lequel s'accordent tous les voyageurs, c'est que des Sandwich à la Nouvelle-Zélande et des Tongas à l'Ile de Pâques, tous les Polynésiens appartiennent à la même race et parlent la même langue avec de simples variantes de dialecte.

Or l'aire Polynésienne dont je viens d'indiquer les limites extrêmes est plus étendue que l'Asie entière. Que l'on songe à ce que serait une Polynésie Asiatique j si ce continent s'enfonçait BOUS les eaux ne laissant à découvert que le sommet de ses montagnes, où se réfugieraient quelques représentants des populations actuelles! N'est-il pas évident que chaque archipel et souvent chaque île aurait sa race et sa langue particulières ?

A elles seules, les considérations tirées de l'identité des populations et des langages en Polynésie permettent d'affirmer que tous les insulaires ont une origine commune ; et par conséquent, que venus d'un point quelconque, ils ont peuplé successivement, en avançant d'archipel en archipel, le monde maritime où nous les avons découverts.

M. Horatio Haie, l'éminent anthropologiste de l'expédition scientifique des Etats-Unis, a le premier abordé le problème dans sa généralité ; il l'a résolu autant que le permettaient les données recueillies avant lui et par lui-même ; il a tracé une première carte des migrations polynésiennes. De nouveaux faits ont été acquis depuis lors. Sir George Grey a publié les chants his-

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toriques des Maoris; Thomson, Shortland, Hochstetler ont fait connaître des traditions nouvelles ; M. Remy a publié l'histoire d'Hawaii rédigée par un indigène ; M. Gaussin a remporté le prix de linguistique pour sa belle étude sur la langue polynésienne ; le Dépôt de la marine française a reçu des documents précis recueillis à Taïti, auxquels M. le général Ribourt, l'amiral Lavaud, l'amiral Bruat ont ajouté le fruit de leurs recherches personnelles. Ces matériaux inédits ont été libéralement mis à ma disposition et j'y ai joint quelques faits oubliés. J'ai pu ainsi confirmer, dans ce qu'elles ont de général, les conclusions de Haie, tout en y apportant quelques modifications importantes, et compléter, en la modifiant sur certains points, sa carte des migrations. On comprend que je ne pourrais ici entrer dans une discussion détaillée et je me permets de renvoyer le lecteur à mon livre sur les Polynésiens et leurs migrations. Je me borne à un court résumé des résultats dont il présente, je crois, la démonstration.

IV. — Les caractères physiques et linguistiques attestent également que les Polynésiens sont un rameau détaché de ces races malaises que des nuances, parfois assez accusées, partagent en groupes nombreux. C'est à quelqu'un de ces groupes les moins éloignés du type blanc que se rattachent les populations dont il s'agit.

Le point de départ des migrations qui devaient s'étendre si loin dans l'est, a été l'île Bouro ou Bourou, figurée sur toutes les cartes entre Célèbes et Céram. Cette détermination, déjà proposée avec quelques doutes par Haie, me semble mise hors de doute par l'ensemble des traditions recueillies à Tonga par Mariner, dont le savant américain paraît ne pas avoir connu l'ouvrage.

En sortant des mers malaises, les émigrants durent suivre à peu près l'itinéraire indiqué plus haut. Repoussés sans doute par les races noires qui alors comme aujourd'hui occupaient la Nouvelle-Guinée, ils franchirent la Mélanésie. Pourtant quelques canots, probablement isolés, poussèrent jusqu'à l'extrémité orientale de cette grande île et y fondèrent une colonie récemment découverte par le commandant Moresby. C'est elle qui a sans doute fourni aux petits archipels de la Mélanésie au moins une partie des éléments polynésiens qu'y ont signalés plusieurs voyageurs. Nous savons toutefois, grâce aux recherches de M. de Rochas, que l'élément polynésien du petit archipel des Loyalty provient d'une émigration venue vers 1730 des îles Wallis à la Nouvelle-Calédonie.

Le grand courant de l'émigration dut laisser au sud toute la Mélanésie et on le voit se partager en trois branches. L'une arrive aux Samoas, une autre aux Tongas, une troisième aux Fijis. Les deux premiers archipels étaient évidemment déserts ; le dernier avait déjà une population noire. Pourtant il y eut d'abord alliance entre elle et les émigrants. Mais plus tard la c/uerre de race éclata; les Malais furent chassés, laissant probablement

derrière eux une partie de leurs femmes. Ainsi se constitua aux Fijis la population dont les caractères mixtes ont frappé tous les| voyageurs.

Les Malais expulsés gagnèrent les lies Tongas. Les trouvant occupées par des compatriotes, ils les attaquèrent et les vainquirent. Au lieu de les massacrer ou d'en faire des esclaves, ils inventèrent le servage^ institution qu'on n'a rencontrée que dans cet archipel.

Pendant que les colonies malaises fondées aux Fijis et à Tonga étaient dispersées ou désolées par une guerre fratricide, celles de l'archipel Samoa prospéraient. La population devenait de plus en plus dense ; l'esprit d'aventure n'était pas encore éteint; de nouvelles émigrations prirent la mer, marchant dans la direction qui avait conduit aux premières découvertes. A ce moment l'île Savaï a joué un rôle prépondérant attesté par toutes les traditions polynésiennes. On retrouve son nom à peine modifié par les dialectes locaux dans presque tous les archipels, aux Sandwich comme à la Nouvelle-Zélande, aux Marquises comme à Taïti et aux îles Manaïa. Enfin Tupaïa, en traçant la curieuse carte que Forster nous a conservée, désigne l'île Savaï comme la mère de toutes les autres et la figure comme bien plus grande que Taïti. C'est là une erreur; mais cette erreur même met hors de doute l'importance de cette localité au point de vue qui nous occupe.

A l'exception d'une seule émigration qui de Tonga s'est portée directement aux Marquises, c'est de l'archipel Samoa et de l'île de Savaï en particulier que paraissent être parties toutes les grandes expéditions qui ont formé ailleurs des centres secondaires. Taïti et les îles Manaïa sont les deux principaux. La première a peuplé le nord des Pomotous et en partie les Marquises, qui à leur tour ont envoyé des colons aux Sandwich, où les avaient pourtant précédés des Taïtiens. Les secondes, où s'étaient rencontré des Taïtiens et des Samoans, ont poussé leurs colonies jusqu'à Râpa, aux Gambiers, à l'extrémité sud-est de la Polynésie et jusqu'à la Nouvelle-Zélande au sud-ouest.

V. — Nous n'avons guère que des renseignements isolés et fort incomplets sur la plupart de ces migrations. Suffisants pour mettre le fait hors de doute, ils ne nous disent rien sur les circonstances qui l'ont accompagné ou suivi. Il en est tout autrement quand il s'agit de la Nouvelle-Zélande. Grâce aux chants recueillis par sir Georges Grey, nous avons l'histoire détaillée de cette colonisation. Cette exception est doublement heureuse en ce qu'elle nous renseigne sur une foule de points importants, et cela précisément au sujet de ces îles qui, rejetées bien loin du monde polynésien proprement dit, se prêtaient encore mieux que tout le reste de cette aire aux hypothèses autochthonistes. Aussi me semble-t-il utile d'entrer ici dans quelques détails.

Ce sont les habitants de Rarotonga, une des principales îles Manaïa, qui ont eu l'honneur de découvrir et de coloniser la

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Nouvelle-Zélande. Peut-être pourtant une émigration tongane est-elle venue se joindre à eux à une époque indéterminée.

Le Christophe Colomb de ce petit monde fut un certain Ngahué, forcé de fuir sa patrie pour échapper aux persécutions d'une reine qui voulait lui enlever une pierre de jade. Le hasard sans doute le conduisit à la Nouvelle-Zélande. Il y découvrit plusieurs morceaux de jade qui lui permirent probablement de rentrer en grâce auprès de la femme chef car on ne voit pas qu'il ait été inquiété après son retour à Rarotonga.

Pendant l'absence de Ngahué, une guerre générale était née dans son île. Les vaincus suivirent les conseils du voyageur qui les engageait à aller occuper avec lui la terre récemment découverte. Plusieurs chefs se réunirent et construisirent six canots dont les noms ont été conservés. Le chant traduit par sir Georges Grey nous apprend que l'un d'eux, VArawa^ fut fait avec un arbre abattu à Rarotonga, qui est située de l'autre côté d'Hawaïki. Nous rencontrons ici une de ces S aval secondaires dont j'ai parlé plus haut. C'est de là que partirent les émigrants. « Autrefois, dit un des chants déjà cités, nos ancêtres se séparèrent : les uns furent laissés à Hawaïki, les autres vinrent ici dans des canots. »

Ces mêmes chants racontent les accidents de la traversée, les tempêtes qu'eurent à supporter les navigateurs, les soins donnés aux premières cultures , les voyages d'exploration tentés sur cette terre nouvelle, les discussions qui s'élevèrent entre les divers équipages. Ils montrent que les liens avec la mère patrie subsistèrent pendant quelque temps, si bien qu'une jeune fille fît la traversée avec quelques compagnes et que des expéditions guerrières partirent tantôt d'Hawaïki, tantôt de la colonie, pour venger quelques-uns de ces outrages regardés par cette race sauvage comme exigeant du sang.

Ces traversées n'ont rien qui doive étonner. Les Polynésiens savaient fort bien se diriger en mer en se guidant sur les étoiles ; et, la route d'un point à un autre une fois reconnue, était inscrite, si l'on peut s'exprimer ainsi, dans un chant qui ne s'oubliait plus. Ils avaient de l'ensemble de leur monde maritime une idée générale très-juste. La carte dessinée par Tupaïa, et que j'ai reproduite dans mon livre, vaut celles que dressaient nos savants du moyen-âge et embrasse une aire autrement étendue. Tupaïa avait vu par lui-même plusieurs des lies qu'il a figurées. D'après les calculs de Cook il s'était avancé dans l'ouest à près de quatre cents lieues marines (2700 kilomètres). Mais c'est par les chants sacrés de sa patrie qu'il connaissait le reste de la Polynésie et qu'il a pu en tracer le croquis très-suffisamment exact.

Quant aux canots dont il est ici question, ce n'était rien moins que ces doubles pirogues dont tous les voyageurs ont parlé avec admiration et que Cook déclarait être très-propres aux voyages d3 long cours. C'est là un fait qui ressort à diverses reprises de détails très-précis contenus dans quelques-uns des chants tra-

duits par sir Georges Grey. Nous voyons par exemple un des chefs émigrants, Ngatoro-i-Rangi, « monter sur le toit de la maison construite sur la plate-forme qui joignait les deux canots. » Ajoutons que VAi^awa et les autres navires pareils portaient habituellement 140 guerriers, et Ton comprendra combien est dénuée de fondement l'assertion des écrivains qui déclarent ces trajets impossibles, faute de moyens de transport suffisants.

VI. — Les documents de diverses natures que nous possédons aujourd'hui n'ont pas seulement permis de mettre hors de doute le fait général des migrations et de reconnaître les circonstances qui ont accompagné plusieurs d'entre elles. Ils nous mettent encore à même d'indiquer avec une approximation très-suffisante la date de quelques-unes des plus importantes.

C'est d'ordinaire par les généalogies des familles princières que l'on arrive à ce résultat. Chacune d'elles forme une sorte de litanie qui se chante sur un rhythme précis et dont chaque verset comprend le nom d'un chef, celui de sa femme et celui de son fils. Tout individu capable de retenir une chanson de cent vers peut donc apprendre aisément la plus longue de ces généalogies. Confiées à la mémoire des arépos ou hommes archives , elles étaient conservées avec un soin jaloux. Thomson nous apprend qu'on a fait à la Nouvelle-Zélande une véritable enquête au sujet de ces documents verbaux, et leur authenticité a été si bien reconnue qu'ils font foi en justice comme nos parchemins.

Or, aux Marquises, Gattanéwa, l'ami de Porter, descendant des premiers colons dans la partie tongane de l'archipel, ne comptait que quatre-vingt-huit prédécesseurs. A Hawaï la généalogie des Taméhaméha, d'après M. Remy, comprend soixantequinze versets. En 1840, selon Williams, Rarotonga était gouvernée par le vingt-neuvième descendant de Karika, le fondateur de la colonie. Aux Gambiers, M. Maigret a vu le vingt-septième chef régnant depuis l'arrivée des premiers colons de Rarotonga.

Haie a fort bien montré que la généalogie Hawaïenne renferme au début, comme bien d'autres même en Europe, des personnages fabuleux. Il a cru devoir retrancher les vingt-deux premiers versets. On doit bien probablement faire une correction analogue à celle des Marquises. Quant à celles de Rarotonga et des Gambiers , elles sont trop récentes pour que la fable ait eu le temps de les vicier.

Haie, guidé par quelques considérations que je ne saurais discuter ici, a attribué à chaque verset de ces généalogies la valeur d'une génération^ soit 25-30 ans. Mais Thomson et M. Remy^ qui ont eu le temps de se renseigner d'une manière plus exacte, les regardent comme indiquant seulement les règnes. En calculant la durée moyenne de ces règnes d'après celle que donne la liste des rois de France depuis Clovis jusqu'à Louis XVI, on arrive au chiffre de 21 »»% 13.

D'après ces données, l'arrivée des Tongans aux Marquises aurait eu lieu vers l'an 419 de notre ère ; celle des Taïtiens aux

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