‹ L'espèce humaineChapitre 57 sur 160 · MIGRATIONS POLYNÉSIENNES · texte numérisé non relu

MIGRATIONS POLYNÉSIENNES

Sandwich vers 701 ; Karika aurait colonisé Rarotonga en 1207 ; les Gambiers auraient été peuplées en 1270.

Pour la Nouvelle-Zélande, nous avons une double source d'informations et les résultats obtenus par ces deux voies concordent si bien qu'on ne saurait douter de leur exactitude. Les généalogies de la plupart des chefs Maoris remontent à ces hardis pionniers dont j'ai indiqué l'histoire. Thomson, qui en a examiné plusieurs, estime que l'on peut porter en moyenne à vingt le nombre des chefs qui se sont succédé dans chaque famille depuis la colonisation. Prenant pour base la liste des rois d'Angleterre, il attribue à chaque règne de chef une durée de 22 ans y-j. Ces données le conduisent à l'an 1419. La liste des rois de France donnerait seulement l'an 1457.

D'autre part, parmi les chants conservés par sir Georges Grey, il en est un qui raconte l'histoire du fils de Hotunui, un des chefs colonisateurs de la Nouvelle-Zélande et de ses descendants immédiats. A la quatrième génération^ on voit naître une fille, « de laquelle, ajoute la légende, sont descendus, en onze générations^ tous les principaux chefs aujourd'hui vivants de la tribu des Ngalipaoa. » En comptant 30 ans par génération, on trouve que la migration d 'Hotunui avait eu lieu 450 ans avant le moment où sir Georges Grey recueillait le document (1850 environ), ce qui reporte à l'an 1400.

Ainsi, c'est au plus tôt dans les premières années du xv" siècle qu'ont pris terre à la Nouvelle-Zélande ces Maoris, dont les autochthonistes veulent faire des enfants du sol.

yn. — Je n'ai parlé jusqu'ici que des migrations plus ou moins volontaires, telles que peuvent en déterminer l'esprit d'aventure , des troubles civils ou l'autorité d'un prêtre envoyant à la recherche de terres nouvelles un excédant de population. Mais lorsqu'il s'agit de la Polynésie, il faut, ai-je dit plus haut, tenir compte aussi des accidents de mer. On en connaît plusieurs exemples. C'est de cette manière qu'a été peuplée Toubouaï qui, vers la fin du siècle dernier, à quelques années d'intervalle, reçut trois canots partis d'îles difTérentes et dont l'un venait de Taïti. Tous les trois emportés» par la tempête vinrent successivement aborder à cette île restée jusque-là déserte.

Telle est encore l'histoire du chef Touwari et de ses compagnons, hommes, femmes et enfants, découverts par le capitaine Beechey à l'île Byam-Martin qu'ils étaient en train de coloniser. Partis d'Anaa, île située à 400 kilomètres à l'est de Taïti, pour aller rendre hommage à Pomaré , ils furent surpris près de Maïatea par la mousson venue plus tôt que d'ordinaire. Rejetés au sud-est, au milieu des Pomotous, ils abordèrent d'abord à l'île Barrow. Mais n'y trouvant aucun moyen d'existence, ils reprirent la mer et rencontrèrent l'île où les trouva le navigateur anglais.

Cet exemple est complet en ce qu'il réalise toutes les circonstances indiquées par la théorie. 11 constate des rapports réguliers ontro îles placées à de grandes distances ; il précise une des cir-

constances qui ont dû plus d'une fois écarter de la route connue ces hardis navigateurs ; il montre comment un Ilot isolé a pu recevoir tous les éléments d'une colonie ; il met hors de doute la possibilité de la dissémination s'opérant dans une direction exactement opposée à celle des vents alizés. Ajoutons que le trajet total de Maïatea aux lies Barrow et Byam-Martin est de plus de mille kilomètres, et l'on comprendra sans peine que la Polynésie se soit peuplée par colonisation volontaire ou accidentelle.

VIII. — Une dernière circonstance importante à signaler et qui est en désaccord complet avec toute hypothèse d'autochthonie, c'est qu'en abordant dans les îles où nous les avons découverts, les Polynésiens les trouvaient inhabitées.

Les chants que nous devons à sir George Grey, montrent qu'à la Nouvelle-Zélande, la plupart des premiers immigrants ne rencontrèrent aucune trace de population les ayant précédés. Un seul, nommé Manaïa, trouva sur un point la terre occupée par des indigènes. Cette exception, précisément parce qu'elle est unique, atteste qu'il s'agit d'une population peu nombreuse. Confinée dans les derniers rangs de la société maorie, elle en a quelque peu altéré le type. Le portrait publié par Hamilton Smith, et l'un des crânes que possède le Muséum, nous apprennent que ces prétendus indigènes étaient des Papous. Il est évident qu'ils étaient arrivés à la Nouvelle-Zélande par suite de quelque accident analogue à ceux que je rappelais tout à l'heure, et n'avaient pas même eu le temps de se multiplier assez pour occuper tous les rivages de l'île du nord.

Les traditions des Sandwich rapportent un fait à peu près de même nature. Elles disent que les premiers colons venant de Taïti, trouvèrent dans ces îles des dieux et des esprits^ qui habitaient les cavernes et avec lesquels ils firent alliance. Il s'agit évidemment d'une population de troglodytes que la légende s'est plu à grandir et dont l'origine n'est pas difficile à trouver. Si Kadou, dont Kotzebue a conservé l'histoire, au lieu de partir des Carolines pour arriver aux îles Radak, était parti de ces dernières, s'il avait fait à peu près le même trajet dans la même direction, c'est aux Sandwich qu'il aurait pris terre.

Le mélange des races polynésienne et micronésienne explique aisément le teint plus foncé et les traits moins purs des Hawaïens. Peut-être la même cause rendrait-elle compte des différences de traits, de mœurs, d'industrie, que présentent quelques tribus des Iles Basses.

A part ces exceptions bien peu nombreuses et bien faibles, on le voit, toutes les îles de la Polynésie paraissent avoir été désertes au moment où y abordèrent les navigateurs partis de Bourou ou leurs descendants. Ce fait est formellement attesté parles traditions pour les Kingsmill, Rarotonga, Mangarewa, les îles ïonbouai, etc. La pureté de la race atteste qu'il en a été, de même pour les Tongas, les Samoas, les Marquises, etc.

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