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RACE DE CRO-MAGNON — DURÉE

'Cro-Magnon. N'est-il pas évident que cette race a connu ici les derniers temps de l'âge du renne, et les premiers de l'époque actuelle?

Tout en s'accommodant à des conditions d'existence nouvelles, en acceptant les industries d'étrangers plus avancés qu'elle, la petite tribu de Sorde semble avoir conservé intacte la pureté de son sang. Mais il n'a pu en être partout de même, et l'invasion devait entraîner des croisements. Ici encore, les faits justifient pleinement ce qu'indiquait la théorie.

Dans la caverne de l'Homme-Mort, située sur un haut plateau de la Lozère, et qu'ont si bien étudiée MM. Broca et Prunières, on n'a trouvé que des animaux de l'époque actuelle ; point de renne, pas même de cheval, de bœuf ou d<? cerf. En outre, une pointe de lance ou de javelot a été fabriq/.ée avec un fragment de hache en pierre polie. On se trouve donc ici en présence d'une population bien postérieure aux temps quaternaires et trèsprobablement contemporaine de celle qui élevait de nombreux •dolmens dans le voisinage.

Or, les restes de cette population montrent à un haut degré la trace du type de Gro-Magnon altéré en partie peut-être par l'action du nouveau milieu, mais aussi par des mélanges ethniques. La taille a sensiblement diminué ; elle est descendue à lm62 en moyenne. La largeur du haut dé la face s'est atténuée; l'ensemble de la tête est devenu presque harmonique. Mais la dolichocéphalie persiste ; les lignes du crâne sont restées à peu près les mêmes; les orbites sont toujours allongés, l'orifice nasal étroit. Surtout les os des membres ont, en grande majorité, conservé leurs traits si caractéristiques. Les péronés ont les cannelures rencontrées à Gro-Magnon; les tibias sont platycnémiques ; les fémurs présentent cette ligne âpre, renflée en contrefort qui constitue un des traits les plus curieux de la race ; enfin les cubitus ont tous la cavité sigmoïde, la courbure tant de fois signalée comme simienne. Mais en même temps apparaît un trait jusqu'ici étranger à la race p-ure de Gro-Magnon. La fosse olécranienne de l'humérus est perforée sur un nombre de sujets atteignant la proportion de 26 et peut-être de 33 0/0. A lui seul, ce trait que nous trouverons dans d'autres races fossiles, indiquerait un métissage , et confirme les inductions qu'on pouvait déjà tirer de la diminution de la taille, des modifications 'de la face, etc.

Sur les deux crânes, sur les quelques ossements de Géménos, près de Marseille, et que M. Marion a sauvés de la destruction, on constate des faits analogues.

Ainsi, dans la Lozère, comme aux environs de Marseille, la race de Gro-Magnon apparaît en plein temps de la pierre polie, mais avec un mélange de caractères qui accusent l'influence d'un sang étranger. Sur le littoral méditerranéen comme dans les hautes Gévennes, nous la surprenons au moment où ses tribus <?ommencent à se fusionner avec celles qui leur apportaient les

premiers éléments de la civilisation moderne. Il ny a rien d'étrange à ce que de simples chasseurs aient été plus ou moins absorbés par la population plus dense qui possédait des bestiaux et élevait des dolmens.

XI. — Mais, pas plus que celle de Ganstadt et moins encore, la race de Cro-Magnon n'a réellement disparu. On la suit à travers les âges, on la retrouve dans certaines populations de nos jours.

A Solutré, dans les tombes néolithiques placées à coté des sépultures quaternaires, les vieux chasseurs de chevaux sont représentés par leurs descendants dont on retrouve les crânes plus ou moins modifiés. Dans les grottes sépulcrales de la Marne, si habilement et si fructueusement exploitées par M. J. de Baye, le type de Cro-Magnon s'associe à ceux de quatre autres races quaternaires et à une race néolithique. En Allemagne, près du Taunus; en Belgique, dans les cavernes d'Hamoir et à Nivelles; aux environs de Paris, dans les alluvions récents de Grenelle; dans les glaises du port de Boulogne, etc., on a trouvé des restes humains datant de la même époque, appartenant à la même race. Dans l'Aisne, en fouillant un cimetière gaulois de l'âge du fer, M. Piette a rencontré un squelette de Gro-Magnon. A Paris même, les fouilles de l'Hôtel-Dieu, celles du boulevard de Port-Royal, etc., ont livré des crânes de la même race remontant probablement au v^ siècle, et il en est de plus récents. On en trouvera certainement de modernes. J'ai moi-même , par deux fois, constaté chez des femmes, des traits qui ne pouvaient s'accorder qu'avec l'ossature crânienne et faciale de la race dont nous parlons. Ghez l'une d'elles, la dysharmonie de la face et du crâne était au moins aussi marquée que chez le grand vieillard de Gro-Magnon : l'œil enfoncé sous la voûte orbitaire avait le regard dur ; le nez était plutôt droit que courbé, les lèvres un peu fortes, les masséters très-développés, le teint très-brun^ les cheveux très-noirs et plantés bas sur le front. Une taille épaisse à la ceinture, des seins peu développés, des pieds et des mains relativement petits, complétaient un ensemble qui, sans être attrayant, n'avait rien de repoussant.

Les études de M. Hamy ont étendu et agrandi ce champ de recherches. Il a retrouvé le type dont nous parlons dans la collection de crânes basques de Zaraus, recueillie par MM. Broca et Yélasco; il l'a suivi jusqu'en Afrique dans les tombes mégajlithiques explorées surtout par le général Faidherbe, et chez les 'tribus Kabyles des Beni-Masser et du Djurjura. Mais c'est princi- ' paiement aux Ganaries, dans la collection du Barranco-Hundo de Ténériffe, qu'il a rencontré des têtes dont la parenté ethnique avec le vieillard de Gro-Magnon est vraiment indiscutable-. D'autre part, quelques termes de comparaison, malheureusement bien peu nombreux, lui font regarder comme probable que les Dalécarliens se rattachent à la même souche.

XII. — Quelque étranges que puissent paraître ces résultats,.

SURVIVANTS DE L'ÉPOQUE QUATERNAIRE 2i9'

ils ne sont que la répétition, dans l'espèce humaine, de ce qui a déjà été constaté chez les animaux. Depuis longtemps, Lartet a montré qu'à la fin de l'âge quaternaire et pendant que les espèces propres à cet âge achevaient de disparaître, les survivantes se partagèrent en trois groupes. Les unes restèrent sur place ; d'autres émigrèrent au nord, d'autres au midi. Peut-être ces dernières ne firent-elles que persister en Afrique, d'où elles nous avaient envoyé leurs représentants, et où nous les retrouvons encore, tandis que leurs colonies, un moment florissantes chez nous, périssaient sous l'influence des hivers de l'âge actuel. Au reste, comme l'on explique l'ancien mélange des faunes et l'espèce de départ qui en a amené la séparation, il n'y a rien de surprenant à voir les populations humaines présenter un fait analogue.

Pendant l'époque quaternaire, la race de Gro-Magnon avait en Europe son principal centre de population dans le sud-ouest de la France. Le petit bassin de la Vézère était, pour ainsi dire, sa capitale; ses colonies s'étendaient jusqu'en Italie, dans le nord de notre pays, dans la vallée de la Meuse, etc., où elles se juxtaposaient à d'autres races dont il sera bientôt question. Mais peut-être elle-même n'était-elie qu'un rameau de population africaine émigré chez nous avec les hyènes, le lion, l'hippopcKtame, etc. En ce cas il serait tout simple qu'elle se retrouvât de nos jours, dans le nord-ouest de l'Afrique et dans les îles où elle était plus à l'abri du croisement. Une partie de ses tribus^, lancée à la poursuite du renne, aura conservé, dans les Alpes Scandinaves, la haute taille, les cheveux noirs et le teint brun qui distinguent les Dalécarliens des populations voisines; les autres, mêlées à toutes les races qui ont successivement envahi notre sol, ne manifesteraient plus leur ancienne existence que par des phénomènes d'atavisme, imprimant, à quelques individus, le cachet des antiques chasseurs du Périgord.

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