‹ L'espèce humaineChapitre 85 sur 160 · OBSERVATIONS GENERALES. — CARACTERES EXTÉRIEURS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS GENERALES. — CARACTERES EXTÉRIEURS

I. — J'ai cru devoir présenter avec quelque détail ce que nous savons des races humaines fossiles. L'intérêt, la nouveauté du sujet m'y engageaient, et son peu d'étendue permettait de le faire. Mais je ne saurais traiter de la même manière l'histoire des races actuelles. A vouloir les étudier isolément, je pourrais à peine consacrer quelques lignes à chacune d'elles. Même en les groupant par familles, je ne pourrais en donner qu'une idée incomplète et vague, sous peine de dépasser de beaucoup les limites de ce travail.

Il me parait donc préférable d'agir comme les botanistes, les zoologistes, qui commencent toujours par faire connaître d'une ^manière générale la nature et la signification des caractères du (groupe dont ils vont s'occuper. Ces notions, portant sur l'en- ,semble, sont d'ailleurs toujours nécessaires. Elles permettent seules de saisir et de comprendre certains résultats généraux. Quand il s'agit des races dérivées d'une seule et même espèce, «lies deviennent encore plus indispensables , parce que , tout autant que les preuves directes, elles font ressortir et mettent en évidence l'unité d'origine spécifique de ces races.

II. — Si l'on connaissait l'homme primitif, on regarderait comme caractérisant les races tout ce qui les éloignerait de ce type. Faute de ce terme de comparaison naturel, on a pris le Blanc européen pour norme et c'est à lui que l'on a comparé les autres groupes humains. Cela même a conduit à une tendance qu'il nous faut d'abord signaler.

Entraînés par certaines habitudes d'esprit et par un amour propre de race qui s'explique aisément , bien des anthropologistes ont cru pouvoir interpréter les différences physiques qui distinguent les hommes les uns des autres et considérer comme des caractères d'infériorité ou de supériorité de simples traits caractéristiques. Parce que l'Européen a le talon court, et certains Nègres le talon long, on a voulu voir dans ce dernier un signe de dégradation. On oubliait les remarques si justes, faites à ce sujet par Desmoulins à propos des Bochismans. Parce que la plupart des civilisations ont pris naissance chez des peuples dolichocéphales, on a regardé la tête allongée d'avant en arrière comme la forme supérieure. On oubliait que les Nègres et les Esquimaux sont généralement dolichocéphales au premier chef et que les brachycéphales européens sont partout les égaux de leurs frères à tète longue.

Toutes les interprétations analogues sont absolument arbitraires. En fait, la supériorité entre groupes humains s'accuse essentiellement par le développement intellectuel et social ; elle passe de l'un à l'autre. Tous les Européens étaient de vrais sauvages quand déjà les Chinois et les Egyptiens étaient civilisés. Si ces derniers avaient jugé de nos ancêtres comme nous jugeons trop souvent des races étrangères, ils auraient trouvé chez eux bien des signes d'infériorité, à commencer par ce teint blanc dont nous sommes si fiers et qu'ils auraient pu regarder comme accusant un étioleraent irrémédiable.

La supériorité fondamentale d'une race se traduit-elle réellement au dehors par quelque signe matériel? Nous l'ignorons encore. Mais lorsqu'on y regarde de près, tout tend à faire penser qu'il n'en est rien. En m'exprimant ainsi, je sais que je m'écarte des opinions généralement admises et me mets en contradiction avec des hommes dont j'estime au plus haut point les travaux- Mais j'espère donner plus loin des preuves décisives en ma faveur.

Il n'en existe pas moins des différences de tout geni'e d'un, groupe humain à l'autre. Il faut les prendre pour ce qu'elles sont, pour des caractères de race^ des caractères ethniciues. Le rôle de l'anthropologiste est avant tout de les reconnaître, de s'en servir pour délimiter les groupes, puis de rapprocher ou d'écarter selon leurs affinités les races ainsi caractérisées. En d'autres termes, son œuvre est celle du botaniste et du zoologiste décrivant et classant des plantes ou des animaux.

Des esprits impatients ou aventureux me reprocheront peutêtre de rendre la science de Thomme trop descriptive. Je ne m'en défendrai qu'à demi. Pourvu que la description embrassel'être entier, elle nous le fait connaître. En se plaçant à ce point de vue, on reste sur le terrain du savoir positif et l'on court bien moins risque de s'égarer dans les hypothèses.

Je n'en reconnais pas moins à l'anthropologiste le droit et presque le devoir de rechercher les causes qui ont pu amener

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