‹ L'espèce humaineChapitre 86 sur 160 · CARACTÈRES GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

CARACTÈRES GÉNÉRAUX

rappariiion des traits qui caractérisent les races. L'étude des actions de milieu donne parfois à ce sujet de précieuses indications. L'évolution de l'être humain depuis son apparition à l'état d'embryon jusqu'à l'état adulte fournit surtout des données d'un haut intérêt. Un simple arrêt, un léger excès dans les phénomènes évolutifs sont, me paraît-il, la cause des principales différences qui séparent les races et en particulier les deux ■extrêmes, le Nègre et le Blanc.

Je sais bien que l'on a voulu remonter plus haut. Sous l'influence plus ou moins ressentie des doctrines transformistes, c'est chez les animaux et surtout chez les singes que l'on va trop souvent chercher des termes de comparaison, quand il s'agit d'apprécier ces différences. Des hommes éminents, sans même adopter ces doctrines, emploient fréquemment les expressions de caractère simien^ caractère d'animalité. Pourquoi oublier l'embryon, le fœtus humains? Pourquoi ne pas se souvenir même de l'enfant? Qu'on interroge leur histoire. Elle fournit tous les éléments d'une théorie évolutive humaine bien plus précise à coup sûr et plus vraie que la théorie simienne. C'est encore là un résultat qui ressortira, j'espère, des faits que j'aurai à citer.

Mais que j'aie pu expliquer ou non l'apparition des traits spéciaux qui distinguent les races et quelle que soit l'origine qu'on puisse leur attribuer, je ne prendrai le^ mot de caractère que dans l'acception qu'on lui donne en botanique et en zoologie.

III. — Une espèce animale n'est pas caractérisée seulement par les particularités qu'offre son organisme physique. Nul ne fera l'histoire des abeilles ou des fourmis sans parler de leurs instincts, sans montrer en quoi ils diffèrent d'une espèce à l'autre. A plus forte raison dans l'histoire des races humaines doit-on signaler ce qu'elles ont de caractéristique dans leurs manifestations intellectuelles, morales et religieuses. Bien entendu qu'en abordant cet ordre de faits, l'anthropologiste n'en doit pas moins rester exclusivement naturaliste.

Cette considération bien simple suffit pour déterminer la valeur relative qu'on doit attribuer en anthropologie aux caractères de divers ordres. Ici comme en botanique et en zoologie, c'est aux plus persistants que revient le premier rang. Or, un homme, une tribu, une population entière peuvent changer en quelques années d'état social, de langue, de religion, etc. Ils ne modifient pas pour cela leurs caractères physiques extérieurs ou anatomiques. C'est donc à ces derniers que l'anthropologiste attachera le plus d'importance, contrairement à ce que feraient .à coup sûr le linguiste, le philosophe et le théologien.

Nous verrons toutefois que, dans quelques cas très-rares, les caractères linguistiques l'emportent sur les caractères physiques, en ce sens qu'ils fournissent des indications plus ^frappantes au sujet de certaines affinités ethniques.

Considéré au point de vue physique, l'homme présente des caractères que l'on peut rapporter à quatre catégories dis-

tinctes, savoir : Des caractères extérieurs, des caractères anatomiques, des caractères physiologiques, des caractères pathologiques.

IV. — Caractères extérieurs. — Taille. — Tous les éleveurs regardent la taille comme un caractère de race quand il s'agit d'animaux. Elle est aussi un des traits qui frappent le plus vivement chez l'homme. Ce caractère se montre parfois comme étant bien évidemment sous la dépendance des conditions d'existence. Une nourriture abondante et saine grandit rapidement nos animaux domestiques. Il a suffi d'abriter et d'alimenter avec quelque soin les juments de la Camargue pour relever la taille de cette excellente race chevaline. Chez l'homme, M. Durand (de Gros), confirmant une observation déjà due à Ed. Lartet, a constaté que, dans l'Aveyron, les populations des cantons calcaires l'emportent sensiblement par la taille sur celles des cantons granitiques ou schisteux. Il ajoute avec le D^ Albespy, que le chaulage des terres dans les portions non calcaires de ce territoire a relevé la taille moyenne de deux, trois et même quatre centimètres dans les terrains les plus anciennement chaulés.

Mais d'autre part, il est incontestable que des races de taille fort différente vivent côte à côte sans qu'il soit possible jusqu'ici d'indiquer la cause de cette diversité. Les Nègres nains Akkaset Obongos semblent placés dans des conditions entièrement semblables à celles que subissent les tribus voisines, bien supérieures par la taille.

J'ai donné plus haut 163 tailles de races humaines. J'ai insisté suffisamment sur les conséquences qui en ressortent au point de vue de la série et de l'entrecroisement des caractères. Mais on peut tirer de ces chiffres quelques autres résultats qui ne sont pas sans intérêt.

La moyenne générale donnée par ces nombres serait de 1™,635. Je la regarde comme un peu trop forte, les mesures faisant défaut plutôt pour les petites races que pour les grandes. Elle ne saurait toutefois s'écarter beaucoup de la vérité et on. peut l'accepter provisoirement.

On voit sur le tableau que les Roumains et les Magyars représenteraient à ce point de vue précisément la moyenne de l'humanité.

Les oscillations des tailles moyennes au-dessus et au-dessous de cette moyenne générale s'élèvent pour les Patagons à -f- 0™,H5, pour les Boschismans à — Ora,265. Les oscillations individuellessont de + 0"\29o pour l'indigène de Tongatabou, et de — 0"",495> ou — 0'n,63D pour les Boschismans.

On voit sur le tableau que les oscillations au-dessous de la moyenne générale sont moins nombreuses que les oscillations au-dessus. Ce résultat peut tenir au fait que j'indiquais tout à l'heure. Toutefois il me parait probable que le nombre des races à taille plus élevée que la moyenne l'emporte sur celui

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