CARACTÈRES OSTÉOLOGIQUES — PROGNATHISME
des singes à celui de l'homme. Gomme il était facile de le prévoir, les lois du développement sont les mêmes dans les groupes simiens leis plus élevés que chez Thomme. L'influence du sexe et de l'âge se fait sentir cnez le gorille, Toranç, le chimpanzé, le gibbon comme cheis nous. Elle paraît être moms prononcée chez les singes inférieurs.
L'indice orbitaire partage Tensemble des Quadrumanes comme l'ensemble des hommes en mégasèmes, mésosèmes et microsèmes. Mais ce caractère réunit les anthropomorphes aux types les plus inférieurs, aux cébiens, aux lémuriens eux-mêmes, que nous savons aujourd'hui se rattacher par leur embryogénie aux ruminants, ou aux édentés. Chez les pithéciens, les genres se partagent entre ces trois groupes. M. Broca tire de ces faits la conclusion fort juste qu'on ne saurait attribuer à l'indice orbitaire aucune valeur caractéristique de nature sériaire.
Chacun sait que chez le Nègre la face entière et surioai la portion inférieure est projetée en avant. On a donné à ce trait le nom de prognathisme. Sur le vivant il est exagéré par l'épaisseur des lèvres. Mais il se retrouve aussi sur la tête osseuse et en constitue un des caractères les plus frappants. M. Topinard l'a étudié d'une manière spéciale et par une méthode personnelle. Il a séparé avec raison le prognathisme facial, qui embrasse la totalité de la face, des divers prognathismes maxillaires et dentaires que j'avais depuis longtemps proposé de distinguer. Ici l'mdice est fourni par le rapport existant entre la hauteur et la projection horizontale de la région étudiée. Mais M. Topinard a récemment substitué à cet indice, l'angle formé par les lignes de profil avec le plan horizontal. C'est une modification heureuse en ?>» qu'elle présente à l'esprit quelque chose de très-précis.
Des envers prognathismes le plus important est celui qui intéresse la portion du maxillaire placée au-dessous du nez et comprenant les alvéoles des incisives et des canines. C'est leprogna^ thisme alvéolo-sous-nasal ou prognathisme maxillaire supérieur. C'est lui que l'on oppose chez le Nègre à Vorthognathisme du Blanc. Ce caractère prêterait à des remarques analogues à celles que j'ai déjà eu si souvent à faire. C'est ce qui résulte bien clairement du résumé suivant que j'emprunte presque textuellement au livre de M. Topinard.
Toutes les races, tous les individus sont plus ou moins prognathes. En général les races d'Europe le sont peu ; les races jaunes et polynésiennes le sont beaucoup plus ; les races nègres davantage encore. Remarquons toutefois que même les indices moyens placent les Tasmaniens (ïô'^jâS) au-dessus des Finnois et des Esthoniens (75®,63) et bien près des Mérovingiens (76%54).
Le minimum ae prognathisme ou maximum d'orthognatisme se rencontre chez les Guanches (81°,34). L'extrême opposé se trouve chez les Namaquois et les Boschismans (59%88). Les moyennes établissent des limites entre les diverses subdivisions des grandes races fondamentales. Mais les variations indivi-
duelles font, comme partout, disparaître ces distinctions. Dana toutes les races il y a des exceptions, des Nègres aussi peu prognathes que des Blancs et des Blancs excessivement prognathes. M. Topinard voit dans ces cas exceptionnels des faits- de métis- . sage, d'atavisme, ou des phénomènes pathdlogiques. Il y a ce^ taineraent du vrai dans cette manière de voir. J'ai depuis longtemps rattaché à l'atavisme le prognathisme, parfois si curieusement prononcé chez quelques Parisiennes. Mais il faut aussi tenir compte de ces oscillations de caractères que Ton rencontre partout dans les races, non soumises à la sélection dans un but spécial.
En tout cas on ne saurait invoquer l'arrêt de développemeirt pour expliquer Texistence d'un prognathisme des plus accusés chez certains individus de race blanche incontestablement pure. En effet, loin de diminuer avec Tâge comme les précédents, ce caractère s'accroît. Chez l'Européen même, Tenfant est manifestement plus orthognathe que 1 adulte. Chez les Nègres, Pniner Bey a fait observer depuis loHgtemps, et j'ai constaté par moimême que l'enfant ne présente à peu près aucune trace de ce trait si caractéristique chez ses parents. C'est seulement à l'époque de la puberté qu'il apparaît et se prononce rapidem^t. La projection de la mâchoire en avant est donc dans les deux races un fait d'évolution normal, plus accusé seulement dans l'une que dans l'autre. Loin d'être le résultat d'un arrêt y le prognathisme accuse un excès de développement.
La théorie absolue de Serres, qui ne voulait voir dans le Nègre qu'un Blanc frappé d'un arrêt de développement général, est donc ici en défaut. En réalité, dans la race noire l'évolution organique reste en deçà de ce qu'elle est en moyenne chei le Blanc à certains égards et va au-delà de cette moyenne sous d'autres rapports. C'est là un fait sur lequel j'ai insisté depuis bien longtemps dans mes cours au Muséum et que confirment, on le voit, les travaux plus précis de ces dernières années.
On voit aussi que, pour rendre compte des différences qui séparent le Nègre du Blanc, il n'est nullement nécessaire de recourir à des phénomènes d'atavisme remontant aux animaux. De simples oscillations en plus ou en moins dans l'évolution normale de l'homme suffisent pour les expliquer. Je me crois donc de plus en plus en droit d'opposer à la théorie évolutive simienne l^ théorie évolutive humaine.
Les arcades zygomatiques, l'os malaire, le maxillaire supérieur, le maxillaire inférieur fournissent encore à l'anthropologiste divers caractères plus ou moins essentiels et qui acquièrent pa^ fois, à propos d'une race donnée, une valeur supérieure à celle qii'ils ont ailleurs. Tel est le peu de hauteur de la voûte palatine chez les Lapons. Mais je ne saurais entrer ici dans ces détails^ je renvoie le lecteur aux Uvres et aux mémoires spéciaux.
IV. — Caractères tirés de la tête osseuse considérée dans son; ensemble. — Lorsqu'au heu d'étudier isolément la face et le crâiMJ