DANS LES SCIENCES NATURELLES
de la vie. Il admettait d*ailleurs Texistence de races distinctes.
La variabilité de tespèce n'en a pas moins été le thème de <liscussions ardentes entre naturalistes. Aucun d'eux encore n*a oublié la mémorable lutte survenue à ce sujet, entre Guvier et Geoffroy, lutte regardée par Gœthe comme plus importante que les plus graves événements politiques. De nos jours, une grande école à laquelle se rattachent en Angleterre, en Allemagne et ailleurs les plus illustres noms, a repris, en les modifiant à certains égards, les idées de Lamarck et de Geoffroy ; elle les soutient en parlant de ce qu'elle appelle encore la variabilité de l'espèce.
Û y a dans cette formule une grave confusion de mots. Dans la pensée de Lamarck et de Geoffroy, dans celle de Darwin et de ses disciples, l'espèce n'est pas seulement variable, elle est trammtUable. Les types spécifiques ne se modifient pas seulement; ils sont remplacés par des types nouveaux. La variation n'est pour eux qu'une phase d'un phénomène fort djyOférent, la tremsformation.
Je discuterai plus loin ces doctrines. Ici, je me borne à faire observer que la variabilité réelle, admise par les défenseurs mêmes de l'invariabilité doamatique, par Blainville, par exemple, variabilité que j'accepte pleinement, n'a rien de commun avec la transmutabilité de Lamarck, de Geoffroy et de Darwin. — Précisons rapidement la nature et les limites de cette variabilité.
III. — Lorsqu'un trait individuel s'exagère et franchit une limite d'ailleurs assez mal déterminée, il constitue un caractère exceptionnel distinguant nettement de tous ses plus proches voisins l'individu qui le présente. Cet individu constitue une variété.
Le même nom est dû à l'ensemble des individus qui, chez les végétaux se reproduisant par greffe, bouture, marcotte, etc.^ tirent leur origine d'un premier individu exceptionnel, sans pouvoir transmetâ^ par génération normale leurs caractères distinctife. J'emprunte ici à "M. Ghevreul, un exemple curieux de ces variétés multiples. — En 1803 ou 1805, M. Descemet découvrit dans sa pépinière de Saint-Denis, au milieu d'un semis d'acacias {Robinia pseudo-acacia), un individu sans épines qu'il décrivit sous l'épithète de spectabilis. C'est de cet incuvidu multiplié par les procédés que fournit l'art du jardinier, que sont descendue tous les acacias sans ^ines répandus aujourd'hui dans le monde entier. Or, ces individus produisent des graines ; mais ces graiiïes mises en terre n'engendrent nue des acacias épineux. L acacia spectabilis est resté à l'état ào^variété.
Celle-ci peut donc être définie : « Un individu ou un ensemble « d'individus appartenant à la même génération sexuelle, qui se <c distingue des autres représentants de la même espèce par ua « ou plusieurs caractères exceptionnels. »
Il est facile de comprendre combien peuvent être niunbreuâefl
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les variétés d'une seule espèce. Il n'est, en effet, presque aucune partie extérieure ou intérieure d'un animal ou d un végétal qui ne puisse s'exagérer, s'amoindrir, se modifier de cent manières, et chacune de ces exagérations, chacun de ces amoindrissements, chacune de ces modifications caractérisera une Variété de plus, à la seule condition d'être suffisamment accentuée.
IV. — Lorsque les caractères propres à une variété deviennent héréditaires, c'est-à-dire lorsqxi'ils se transmettent de génération en génération aux descenâants du premier individu modifié, il se forme une race. Par exemple, si un acacia sans épines arrivait à reproduire par graines des arbres semblables à lui et jouissant de la même faculté, l'acacia spectabilis cesserait d'être une simple variété ; il serait passé à l'état de race.
La race sera donc : « L'ensemble des individus semblables, « appartenant à une même espèce, ayant reçu et transmettant, « par voie de génération sexuelle, les caractères d'une variété « primitive. »
Ainsi, Vespèce est le point de départ ; au milieu des individus qui la composent, apparaît la variété; quand les caractères de cette variété deviennent héréditaires, il se forme une race.
Tels sont les rapports qui, pour tous les naturalistes, « de « Cuvier à LamarcK lui-môme, » comme dit Isidore Geoffroy, régnent entre ces trois termes. C'est là une notion fondamentale qiron ne doit jamais perdre de vue dans l'étude des questions
âui nous occupent. C'est pour l'avoir oubliée, que les hommes u plus haut mérite ont parfois méconnu les faits les plus significatifs.
On voit que la notion de ressemblance, très-amoindrie dans Vespèce, reprend dans la race une importance égale à celle de filiation.
On voit aussi que le nombre des races issues directement d'une espèce, peut être égal au nombre des variétés de cette même espèce et par conséquent très-considérable. Mais, ce non:bre tend à s'accroître encore d'une manière indéfinie. En effet, chacune de ces races primaires est susceptible de subir des modifications nouvelles pouvant rester individuelles ou devenir, transmissibles par voie de génération. Ainsi prennent naissance des variétés et des races secondaires, tertiaires, etc. Nos végétaux, nos animaux domestiques fournissent une foule d'exemples de ces faits.
V. — En naissant ainsi les unes des autres, en se multipliant, les races peuvent prendre des caractères différentiels de plus en plus tranchés. Mais quelque nombreuses qu'elles soient, quelques différences qu'il y ait entre elles et pour si éloignées qu'elles paraissent être du type primitif, elles n'en font pas moins partie de l'espèce d'où sont sorties les races primaires.
Réciproquement, toute espèce comprend, indépendamment desinmvidus qui ont conservé les caractères primitifs, tous ceux