‹ L'espèce humaineChapitre 113 sur 160 · CARACTÈRES PATHOLOGIQUES — IMMUNITÉS RELATIVES · texte numérisé non relu

CARACTÈRES PATHOLOGIQUES — IMMUNITÉS RELATIVES

tout à rheure, les Blancs et les Nègres créoles furent sensiblement plus frappés que les Blancs et les Nègres récemment immi-> ^rés et par suite non encore acclimatés. Ainsi, le milieu de la Guadeloupe, et probablement celui des autres îles mexicaines, apparaît comme exerçant une double action. D'une part il diminue dans une proportion considérable Taptitude à contracter la fièvre jaune; d autre part il rend Torganisme humain sensiblement plus accessible à Tinfluence cholérique.

YI. — Des faits aussi significatifs se passent de commentaires. On voit ce que sont ces immunités relatives dont quelques poly- ^nistes ont voulu faire des caractères spécifiques. Sans avoir à ce point de vue une importance à beaucoup près aussi grande que les phénomènes physiologiques, les phénomènes pathologiques attestent comme eux la nature fondamentalement identique de tous les groupes humains. Relevant essentiellement de la nature acquise dans ce qu'ils ont de spécial, ils accusent un peu mieux cpie les phénomènes physiologiques la différence des races. Mais les uns et les autres sont également /bnc^ebnne&z et, les fonctions, s'accomplissant nécessairement sous Tinfluence immédiate du milieu, ils accusent presque au même degré l'action prépondérante de ce dernier.

VIL — On ne saurait toucher aux questions de pathologie ethnique sans dire quelques mots de Tétrange et funeste influence que la race blanche semble exercer sur certaines races inférieures dont elle vient envahir Thabitat.

Nulle part ce douloureux phénomène n'est aussi frappant qu'en Polynésie. Ici les chiffres ont une éloquence navrante.

Aux Sandwich, Gook évaluait le chiffre de la population à 300 000 âmes. En 1861 on n'en comptait que 67084, soit environ les 0,22 de la population primitive.

A la Nouvelle-Zélande Gook trouva 400000 Maoris. En 1858 il en restait 56049 soit les 0,14. Depuis cette époque la dépopulation a continué. De 1855 à 1864 la perte a été de 0,22 pour la province de Rotorua, les Lacs et Maketou; elle a été de 0,19 en deux ans de 1859 à 1861 aux îles Ghatam.

Aux Marquises, en 1813, Porter comptait 19000 guerriers, ce qui suppose une population de 70 à 80 000 âmes. En 1858 M. Jouan trouvait 2500 à 3000 guerriers et environ 11000 habitants, soit moins des 0,14.

Des estimations comparées de Gook et de Forster il résulte qu'à Taïti la population était au moins de 240 000 âmes. En 1857 le recensement officiel n'en comptait plus que 7212, c'està-dire un peu plus des 0,03.

Ces faits, fussent -ils purement locaux, n'en seraient pas moins étranges. Mais ils se reproduisent partout, jusque dans les Ilots les plus isolés, jusqu'aux îles de Bass, qui forment la limite extrême de la Polynésie au sud-est. Au commencement de ce siècle, Dévies y comptait 2000 habitants; en 1874, Mœrenhout n'en trouvait que 300, soit les 0,15.

Tous les chiffres précédents sont empruntés à la Polynésie orientale, qui, comme on sait, a la première attiré les Européens. Mais les archipels occidentaux commencent depuis queV- 3ue8 années à être envahis à leur tour et la population décroit éjà d'une manière sensible aux îles Tonga, à Vavau, à Tonga- * tabou, etc. Le même fait parait se produire aux Fijis.

Ce n'est pas seulement la mortalité qui grandit chez cette malheureuse race polynésienne ; c'est aussi la natalité qcii diminue. Le fait a été signalé depuis longtemps d'une manière générale. Les chiffres suivants le précisent d'une manière étrange. Dans l'archipel des Marquises, à Taïo-Hae, M. Jouai^xi a vu en trois ans la population tomber du chiffre de 400 à celui de 250 sans qu on eût à enregistrer plus de trois o^i quatre naissances. Aux Sandwich, sur 80 femmes légitimemeï^B^t mariées, M. Delapelin n'en trouvait que 39 qui fussent mère^- On ne comptait que 19 enfants dans les vingt principales famill^^ de chefs. Enfin en 4849 la statistique officielle citée par M. Rem^^» accuse 4,520 décès, et 1,422 naissances seulement. Il en est ci® même à l'autre extrémité de la Polynésie. A laNouvelle-Zéland^^i dit M. Golenso, les mariages sont rarement féconds. Les sejj^^ chefs principaux de Ahuriri sont sans enfants, à l'exception dB-^ Té-Hapuku ; mais de quatre fils mariés que possède ce dernie:^^ trois n'ont pas encore de famille. Ici sur 11 mariages 9 étaierr^^ restés inféconds.

On a voulu rattacher ces phénomènes douloureux à bien d^ causes. On a invoqué tour à tour les guerres, les famines, le^ épidémies, etc.; mais ces fléaux n'ont sévi que localement. On ^^ parlé de la syphilis ; mais on oubliait que la mère d'Œdidé^^ était morte de cette maladie avant le voyage de Wallis lui— ^ même. On a accusé l'ivrognerie introduite, dit-on, par les Euro — péens ; mais avant l'im portion de nos spiritueux , les Polyné siens savaient fort bien s'enivrer avec leur kava, plus redoutabl que l'eau-de-vie. Quant à la débauche, on sait jusqu'où les indigènes l'avaient portée. Sur ce point les Aréoïs n'avaient rien, laissé à faire aux Européens.

Une civilisation trop élevée porte-t-elle en elle-même quelque chose d'incompatible avec l'existence des races inférieures? L'empire exercé par l'étranger, l'envahissement du sol, la violence faite à la religion, aux mœurs, inspirent-ils à ces hommes jadis libres et fiers, un découragement tel qu'ils se refusent à avoir des héritiers ? On pourrait admettre que ces causes morales sont pour quelque chose dans ce qui se passe à Taïti, aux Sandwich, à la Nouvelle-Zélande. Mais comment appliquer cette explication aux archipels où la race locale est restée dominatrice et a conservé avec son ancien genre de vie toutes les traditions de ses ancêtres? Or tel était le cas pour les Marquises, à l'époque du séjour de M. Jouan et du P. Mathias; les Samoa, les Tonga n'ont encore que de rares habitants européens.

Deux chirurgiens de marine, MM. Bourgarel et Brulfert ont

Page 1