‹ L'espèce humaineChapitre 124 sur 160 · CARACTÈRES RELIGIEUX — AUSTRALIENS · texte numérisé non relu

CARACTÈRES RELIGIEUX — AUSTRALIENS

dards. Si Tenfant ne se retrouve pas, on en conclut qu*il est îlrité. A la Nouvelle-Nursie, Motogon est créateur. 11 lui a suffi décrier : Terre, parais l Eau, parais l et de souffler pour donner naissance à ce qui existe. Sans être aussi précis, les indigènes du lac Tyrril attribuent la création du soleil à Puppérimbul, qm appartenait à une classe d'êtres semblables aux hommes, mais qui a été transportée au ciel avant la venue de la race actuelle. Bans l'Australie du sud-est, Goyan surveille le mauvais principe nommé Potoyan, Wandon^, Cienga, qui rôde la nuit pour dôwrer les hommes aussi bien que les enfants, et contre lequel ou se protège avec le feu. La lune est encore pour les Australiens un être malfaisant dont le soleil répare les méfaits; diyen génies bons et mauvais, Balumbals et iVanguà, complètent cette mythologie rudimentaire, qui a aussi ses monstres fabuleux, ses grands serpents cachés danis les eaux profondes, etc. Les Australiens croient en outre à une sorte d'immortalité de I*àme qui passerait successivement de corps en corps. Mais ftvant de trouver une nouvelle demeure, les esprits des défunts errent quelque temps dans les forêts, et bien souvent on a cru les voir ou les entendre.

Certes ce ne sont pas là des croyances bien élevées. Il y a IK>artant toute autre chose que ne porterait à le croire la mai^ère dont s'exprime sir John Lubbock. L'idée de la création {>ar la parole et le souffle d'un être puissant est incontestableinent une conception des plus élevées, et elle apparaît nettement chez quelques tribus; l'offrande et la prière ont été constatées ohez d'autres. Chez toutes se montre en germe cette croyance ^a dualisme, à cet antagonisme de puissances surhumaines bien- 'veillantes et malfaisantes qui se retrouve dans les plus grandes -wreligions et qui est à la racme du christianisme lui-même. Quant À la foi en une autre vie, personne dans ces derniers temps ne l'a, je crois, refusée aux Australiens.

Lorsqu'il s'agit de la religion des Polynésiens, Lubbock cite surtout Mariner, "Williams et sir Georges Grey. Ces témoins sont irrécusables quand ils affirment ce qu'ils ont appris. Mais leur silence sur certains points ne permet plus d'affirmer qu'il existe là de véritables lacunes. D'autres voyageurs sont allés bien plus loin qu'eux, ont connu ce qu'ils avaient ignoré, et nous 1 ont appris. Mœrenhout, le premier, je crois, a publié des documents originaux sur les plus vieilles traditions taïtiennes. D'autres sont venus après lui ; et, grâce à des circonstances particulières, j'ai pu profiter de ces études. Dans le livre que j'ai pubUé huit ans avant celui de Lubbock, j'ai revu et discuté les principaux documents dus au commandant Lavaud , au général Ribourt, au missionnaire Orsmond, à M. Gaussin, etc. Tous ces documents, recueillis auprès de chefs appartenant aux plus vieilles familles et bien au courant des traditions de leurs ancêtres, ont un caractère d'authenticité incontestable et jettent un jour tout nouveau sur ce qu'était la reUgion, au moins à Taïti. Je crois

avoir assez nettement précisé ce qu'étaient ces croyances religieuses, et mis hors de doute, qu'à côté de notions relevant uniquement de la superstition, les Taïtiens étaient arrivés à des conceptions remarquables par leur pureté et leur élévation.

Constatons d'abord que dans cette île où Wallis déclarait n'avoir pu découvrir la moindre trace de culte, le culte se mêlait au contraire aux moindres actes de la vie. Gela même avait entraîné de tristes conséquences. Le formalùme avait emporté tout le reste. Confiant dans ses pratiques, dans les prières de ses prêtres, dans l'indulgence de ses dieux, le Taïtien croyait pouvoir se permettre à peu près tout. Chez lui, la foi la plus profonde et la plus naïve s'unissait aux mœurs les plus violentes, les plus licencieuses. Mais l'Europe entière du moyen-âge et, de nos jours encore, bien des contrées, qui ne sont nullement en arrière à d'autres égards, n'offrent-elles rien de semblable ?

Les Taïtiens n'en croyaient pas moins à une autre vie, à des récompenses, à des punitions après la mort. Leur paradis, dont ils faisaient une description séduisante, était réservé aux chefs et à ceux qui avaient fait aux dieux, c'est-à-dire aux prêtres, des largesses suffisantes. N'est-ce pas ce que l'on cherchait, ce que l'on cherche encore chez nous, à obtenir par des fondations pieuses?

Les âmes des autres morts dont la vie avait été régulière allaient immédiatement dans Po, dans l'obscurité, espèce de limbes où paraissent n'avoir existé ni peines, ni plaisirs bien vifs. Mais les âmes coupables étaient condamnées à avoir un certain nombre de fois la chair grattée sur tous les os. Les péchés expiés, elles étaient également admises dans Po. Les Taïtiens admettaient donc une sorte de purgatoire et pas d'enfer. Remarquons encore que le supplice imposé aux coupables suppose une sorte de matérialité de l'âme. Mais n'en est-il pas de même des tourments que presque toutes nos populations chrétiennes croient encore réservés au pécheur précipité dans les flammes de l'enfer?

Le panthéon taïtien était aussi bien hiérarchisé, mais beaucoup plus nombreux que celui des Grecs et des Romains. Au bas de l'échelle se trouvaient les innombrables Tits, chargés de présider à tous les lieux, et de plus aux moindres actions, aux moindres mouvements de l'âme, et jusqu'aux désirs du jour et de la nuit. Au-dessus venaient les Oromotouas, qui représentaient les dieilx domestiques, les Lares et les Mânes des anciens. Les Atouas inférieurs, résidant sur la terre, habitant les eaux, les bois, les vallées, les montagnes, répondaient assez bien aux Faunes, Sylvains, Dryades, Oréades, etc. En outre c'est parmi les divinités de cet ordre que les diverses professions choisissaient un patron. Les chanteurs, les chorégraphes, les médecins en comptaient quatre, les navigateurs douze, les cultivateurs treize. Les dieux du premier rang étaient les Atouas proprement dits. Ceux-ci étaient également fort nombreux. Mais neuf d'entre eux, créés (onbn) directement par Taaroa, avant la formation de l'homme, composaient, à proprement parler, la famille divine.

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