CARACTÈRES RELIGIEUX — PEAUX-ROUGES, NÈGRES
blables à ceux dont parlent les contes orientaux, et qui tous dépendent absolument du Grand-Esprit. Celui-ci seul est toutpuissant, et le mauvais faible et borné dans son pouvoir.
La croyance à une autre vie était en outre universelle chez ces populations. Elles avaient relativement à Tautre monde, à la transmigration des âmes, à la multiplicité des existences, des idées assez va^es; mais dans plusieurs légendes recueillies soit par les prenuers voyageurs, soit dans ce siècle même par Schooleraft, on trouve formulée de la manière la plus explicite la doctrine des récompenses promises aux bons, des peines qui attendent les méchants.
Tout autant que nlmporte quel peuple, et bien plus que les Arabes antérieurs à Mahomet , les Algonquins et les Mmgwés méritent, d'être regardés comme monothéistes. Rien ne permet d'ailleurs de supposer que chez eux ces croyances spiritualistes fussent dues à rmtelligence exceptionnelle d'un individu isolé qui aurait j[oué le rôle de prophète à la façon de Mahomet. Elles ont tous les caractères d'une manifestation spontanée des instincts de la race elle-même. Or ce fait est d'autant plus remarquable, que ces Peaux-Rouges, presque exclusivement chasseurs, 8 étaient arrêtés bien près des derniers rangs de l'échelle sociale.
Les Nègres Guinéens, bien supérieurs aux Algonquins et aux Mingwés, au point de vue de la civilisation, leur sont fort inférieurs sous le rapport reUgieux. Toutefois, ne parler que de leur fétichisme^ c'est être profondément injuste envers eux. Il n'y a là en réahté qu'une forme superstitieuse plus ou moins intimement associée à un fond de croyances bien autrement élevées. Ici encore la foule des observateurs s'est arrêtée à ce qui frappait immédiatement ses regards ; mais heureusement il s'en est trouvé d'autres qui ont su voir au-delà de ces premières apparences.
De nombreux témoignages , trop unanimes pour pouvoir être mis en doute, prouvent que du cap Vert au cap Lopez on croit à un Dieu suprême, invisible, qui a créé tout ce qui existe. Chez tes Dahomans, ce Dieu lui-même serait soumis à un être plus 'élevé, qui, disent ces Nègres, est peut-être le Dieu des Blancs. Le plus souvent, il est vrai, on regarde cette divinité suprême comme gouvernant l'univers car l'intermédiaire de ses ministres; mais souvent aussi, on lui attribue une intervention directe. Alors on l'implore, on la remercie, on lui adresse des prières dont on connaît quelques formules. Dans celle que d'Avezac a recueillie de la bouche d'Oché-Fécoué, les Yebous demandent à Obbà-el- Orun [Roi du ciel) de les préserver de la maladie et de la mort. Ils ajoutent : « Orissa {Dieu), donnez-moi la fortune et la sagesse. »
A côté du Dieu bon, se trouve pour presque tous les Guinéens le mauvais esprit, très-puissant aussi. On cherche à l'apaiser par des offrandes. Les Nègres croient parfois le voir ou l'entendre la nuit. Mais on sait bien que ce n'est pas seulement sur les côtes de Guinée que l'on s'imagine avoir de pareilles visions.
Au-dessous viennent les dieux inférieurs, fort nombreux et
parfois hiérarchisés. Ce sont eux qui sont envoyés dans les fétiches pour surveiller et protéger les hommes. Le fétiche, d'après le témoignage de prêtres et de Nègres fort croyants, n'est pas fe Dieu mi-mêmey û n*est que la demeure du Dieu.
Tous les Guinéens croient à une autre vie, mais ont sur ce sujet des opinions fort différentes. En général ils la regardent comme à peu près semblable à celle-ci. Quelques-uns ont une idée confuse de la métempsycose ou pensent devoir renaître dans un enfant. Les Issinois croient à Vimmortalité de Tâme, qui, en quittant cette terre, va renaître dans un autre monde placé au centre du globe et réciproquement. G*est presque la vie alternante, telle que l'avait conçue Hippolyte Renaud, ofQcier d'artillerie distingué, et un de ces penseurs qui ont éprouvé le besoin de s'expliquer la destinée de l'homme.
L'idée d'une rémunération est nettement formulée chez bien des tribus guinéennes. Pour quelques-unes d'entre elles les sages, les inteUigents deviennent les messagers des dieux; les méchants sont noyés en passant un certain fleuve et meurent pour toujours ou deviennent des démons. Chez d'autres, les âmes de ceux qui ont mal vécu vont chez le mauvais esprit, mais on
S eut les en retirer par des offrandes faites aux dieux. Voilà onc chez les Nègres l'idée du purgatoire et du rachat à côté de l'idée d'enfer.
VIL — Je crois en avoir dit assez pour mettre hors de doute un fait complètement indépendant de toute hvpothèse, et qui me semble avoir une sérieuse importance. G est que souvent des idées extrêmement élevées et se rapprochant singulièrement de celles dont s'honorent les grandes religions, existent aussi dans les petites, quoique masquées par d'autres notions de nature inférieure. G'est que presque partout, et probablement partout, il faut distinguer la religion de la superstition. Mais pour reconnaître cet or au milieu de sa gangue, il faut du temps, une étude sérieuse et un esprit vraiment dégagé de préjugés.
Sans doute, la superstition et la religion sont souvent comme fusionnées dans les croyances de certaines races, de même que chez elles le sorcier et lé prêtre se confondent dans un seul personnage. Mais il n'en est pas toujours ainsi; et, lors même que le rapprochement produit une confusion apparente, on doit évidemment chercher à distinguer ces deux éléments. Or, ce tra- -.-.,1 -. XXX X . .i.-^ j -1 -'-^gîi (les races infé-
'influence fâcheuse moins croyant ne rattachera pas au christianisme, tel qu'il est entendu de nos jours en France, les contes sombres ou riants recueillis dans nos campagnes par les Villemarqué, les Souvestre, etc. Il les placera, avec toutes les pratiques qui s y rattachent, dans ce qu'on peut appeler la mythologie populaire. Eh bien, l'homme de science ne doit-il
J)as faire une distinction pareille, quand il cherche à apprécier a religion proprement dite des nations barbares ou sauvages?