MÉTISSAGE ET HYBRIDATION
3 pi naissent chaque jour sous nos yeux I — Et pourtant les conitions matérielles de fécondation sont identiquement les mêmes pour les races et pour les espèces, et nos jardins de botanique, groupant à côté les unes des autres une multitude de ces dernières, facilitent encore le croisement.
Entre animaux sauvages et vivant en liberté l'hybridation est plus rare encore. On n'en connaît pas d'exemple chez les mammifères au dire dîsidore Geoffroy, dont l'expérience a ici une double autorité. La classe des oiseaux seule présente quelques faits de cette nature, rencontrés presque tous dans l'ordre des gallinacés. D'après Valenciennes on n'en connaît pas chez les poissons. — Quand la domestication et la captivité interviennent, les croisements spontanés entre espèces différentes sont un peu moins rares.
L'intervention intelligente de l'homme a multiplié d'une manière remarquable les unions de ce genre surtout chez les végétaux, mais elle n'a pu en étendre les limites. Linné avait cru possible un croisement entre espèces de familles différentes. Mais dès 1761 Kœlreuter montra qu'il s'était trompé. De ces études continuées pendant 27 ans, de celles de M. Naudin, son digne émule, il résulte que le croisement artiflciel ne réussit jamais entre ^pèces de familles différentes et très-rarement entre espèces de genres différents; qu'il est toujours très-difficile et demande pour être mené à bien les plus minutieuses précautions ; qu'il échoue souvent entre espèces de même genre en apparence très-voisines, enfin qu'il est des familles entières où l'hybridation est inipossîble. Parmi ces dernières figure celle des cucurbitacées si bien étudiée par M. Naudin et où nous avons vu le métissage |c plus absolu s'accomplir spontanément. — On ne saurait imaginer, on le voit, de contraste plus complet.
Ce contraste s'accentue jusque dans les moindres détails. Par exemple, toute fleur ayant subi même le moins possible l 'action ^u pollen de sa propre espèce devieni absolument insensible à l'action d'un pollen étranger. — Quefie différence avec l'égalité d'action que nous ont montrée les divers pollens des races les plus éloignées!
Tous les expérimentateurs s'accordent en outre à déclarer Que même dans les unions entre espèces ayant le mieux réussi, la lécondité est à peu près toujours diminuée et souvent, dans des
troportions énormes. Une tête de pavot • somnifère contient abituellement deux mille graines et plus. Dans un hybride de cette espèce Gœrtner n'en trouva que six qui fussent venues à bien. Toutes les autres avaient plus ou moins avorté. — Ici encore quel contraste avec le métissage ramenant la fécondité chez les porcs anglais de M. de Ginestous I
L'hybridation présente chez les animaux exactement les mêmes phénomènes que chez les végétaux. L'homme en détournant, en trompant des instincts impérieux, a pu multiplier les croisements entre espèces. Mais il n'a pu reculer les limites
DE QUATREFAOBS. ^
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fort étroites auxquelles s'arrête ce phénomène. Pas une union féconde n*a eu lieu d*une famille à une autre; de genre à genre elles sont extrêmement rares; d'espèce à espèce même elles sont loin d'être nombreuses, fait d'autant plus remarquable que l'hybridation animale date de loin. Le mulet était conna des Hébreux antérieurement au temps de David, et des Grecs à l'époque d'Homère ; les tïttres et les musmans, produit du croisement du bouc avec la brebis et du bélier avec la chèvre, ont reçu leurs noms distinctifs des Romains.
L'incertitude des résultats est encore un point sur lequel se ressemblent l'hybridation animale et végétale. La même expérience faite avec le même soin, par des expérimentateurs également habiles, tantôt échoue et tantôt réussit sans qu'on puisse en reconnaître les causes. Buffon et Daubenton ont maintes fois tenté de reproduire les titires et les musmons. Ils y sont parvenus deux fois; Isidore Geoffroy a toujours échoué. Le croisement du lièvre et du lapin, tenté des milliers de fois sur une foule de points du globe, parait n'avoir été obtenu que quatre ou cinq fois au plus. Le prétendu croisement du chameau et da dromadaire admis par Buffon et invoqué par Nott est certainement une fable, d'après les détails qu a bien voulu me donner M. de Khanikofif et que j'ai publiés ailleurs. En somme, de tons les faits connus on peut tirer cette conclusion, qu'il n'existe qn« deux espèces de mammifères, l'âne et le cheval, dont le croisement soit fécond à peu près partout et toujours.
En résumé le croisement entre espèces^ Vhybndation est un âôt extrêmement exceptionnel chez les végétaux, chez les animaux livrés à eux-mêmes ; dans les deux règnes l'homme ne le produit que difficilement et entre un nombre d'espèces très-re»treint ; quand il parvient à le produire la fécondité est diminuée à peu près constamment et le plus souvent dans une proportion très-considérable»