CHAPITRE VllI
aïOISEMENT DES BACES ET DES ESPÈCES VÉGÉTALES ET ANIMALES; MÉTIS ET hybrides; RÉALITÉ DE l'eSPÈGE.
I. — Dès le premier degré, dans runion du père et de la mère empruntés à deux souches différentes, la race et l'espèce nous montrent donc des phénomènes fort distincts et caractéristiques. Nous allons voir cette opposition s'accentuer encore chez les produits de ces unions, chez les métis et les hybrides,
La nature mixte de ces êtres soulève plusieurs questions. Je me borne à examiner celles qui touchent à la filiation et ont par cela même pour nous un intérêt direct. On peut les formuler d'une manière générale dans les termes suivants : se formet-il naturellement ou peut-on obtenir artificiellement des race» métisses j c'est-à-dire dérivant de deitx races distinctes, et des races hvhrideSj c'est-à-dire nées du croisement de deux espèces ? En d autres termes encore, les métis -et les hybrides conservent-ils pendant un nombre indéfini de générations, la faculté de se reproduire et de transmettre à leurs descendants les caractères mixtes qu'ils tiennent du premier père et de la première mère ayant servi au croisement ?
H. — Quand il s'agit de métis il n'y a pas de doute possible. Une expérience journalière s 'accomplissant sans cesse, souvent «ans l'intervention de l'homme, parfois malgré ses précautions, atteste que les métis de première génération sont aussi féconds que les parents, et transmettent à leurs fils une fécondité égale. Nos jardiniers, nos éleveurs mettent à chaque instant à profit cette propriété du métissage pour varier, modifier ou améliorer ^kur point de vue les plantes ou les animaux sur lesquels porte ^ industrie; les expériences précises de Buffon, des Geoffrojr Saint-Hilaire père et fils, le témoignage de Darwin, bien significatif ici, mettent hors de doute que les unions de race en race 'Cfetent fécondes, quelques différences morphologiques qu'il existe *ûtre elles. Je me borne à citer un exemple emprunté à Darwin.
Le gnato s*unit indifiTéremment dans les deux sens au bœuf ordinaire et le produit est fécond.
Si diverses races d*une même espèce sont en contact habituel et abandonnées à eUes-mêmes, elles se mêlent à tous les degrés. De là résultent des populations bâtardes, sans caractères précis, mais qui, étudiées méthodiquement, conduiraient par nuances insenstoles aux divers types primitifs. C'est ainsi qu'ont pris naissance nos chiens de rue et nos chats de gouttières, restés parfaitement féconds en dépit des croisements cent fois répétés et dans tous les sens.
Lorsque Tindustrie humaine intervient, elle peut, avec des soins, régulariser le croisement entre deux races et obtenir ainsi une race métisse. Après quelques oscillations du côté des types paternel et maternel, celle-ci se consoUde et s'assoit. Mais, quelque constance qu'elle ait acquise ds^s son ensemble, il arrive presque toujours que quelques individus reproduisent à des degrés divers les caractères de l'un des types primitivement croisés.
C'est ce phénomène que l'on a désigné sous le nom d*âAivùme. Il se produit parfois au milieu des races appelées les plus pures et à la suite d'un seu] croisement remontant à pinsieurs générations. Darwin cite l'exemple d'un éleveur qui ayant croisé ses poules avec la race malaise, voulut ensuite les débarrasser de ce sang étranger. Après quarante ans d'efforts il n^ était pas encore parvenu ; toujours le sang malais reparaissait chez quelques individus de son poulailler.
Chez les animaux comme chez les végétaux, la fécondité universelle, facile^ indéfinie entre toutes les races d'une même espèce, quelque diverses et nombreuses (qu'elles puissent être, est un des caractères fondamentaux du métissage ; l'atavisme vient attester le lien physiologique qui unit tous les métis.
ni'. — L'hybridation va nous montrer un ensemble de phénomènes bien différents.
Constatons d'abord avec M. Godron que dans l'hybride végétal l'équilibre physiologique est rompu au profit des appareils de la vie individuelle, aux dépens des appareils de la vie de Tespèce. La tige, les feuilles se développent habituellement d'une manière exagérée relativement aux fleurs. — L'hybride animal le plus commun, le mulet, présente un fait entièrement semblanle. Il est plus fort, plus robuste, plus résistant que ses père et mère ; mais il est infécond.
Cette infécondité n'est pourtant pas absolue chez tous les hybrides de première génération. Eue porte en général d'une manière toute spéciale sur les organes m^es. Koelreuter, à qui il faut toujours remonter quand il s'agit des végétaux, avait déjà montré que, presque toujours, les antères ne renferment plus de véritable pollen, mais seulement des granulations irrégulières. Les ovaires contiennent un peu moins rarement des ovules en bon état. Guidé par ces observations, Kœlreuter fé-