‹ L'espèce humaineChapitre 29 sur 160 · HYBRIDATION — PHÉNOMÈNE DE RETOUR · texte numérisé non relu

HYBRIDATION — PHÉNOMÈNE DE RETOUR

Q*ont jamais eu de descendant atavique. Jamais on n*a vu naître OD chevreau de Tunion d*un bélier et d'une brebis, jamais un agneaa n*a été fils d'un bouc et d'une chèvre. Il en est de même chez les végétaux, d'après le témoignage formel qu'a bien voulu me donner M. Naudin.

Bien loin d'être assimilables, les phénomènes d'atavisme et de retour sont absolument différents et caractérisent l'un le croisement entre races, l'autre le croisement entre espèces. Le premier annonce la persistance des Uens physiologiques entre tous les représentants plus ou moins modifiés d'une même espèce ; le second atteste la rupture complète des mêmes liens entre les descendants de deux espèces accidentellement rapprochées par Ihybridation.

VI. — Dans aucun des cas précédents, l'hybridation à n'importe oel degré n'a donné naissance à une série d'individus descendit les uns des autres et conservant les mêmes caractères. On connaît pourtant une exception à ce fait général. Elle est unique et s'est produite dans le règne végétal à la suite du croiseûïent du Jblé avec V^Egilops ovata.

L'hybride de premier sang de ces deux espèces se produit Parfois naturellement et avait été regardé par Requien comme ^e espèce. Fabre, qui le rencontra également dans les champs, y vit un commencement de transformation de l'œgilops en blé. Was tard un hybride quarteron , accidentellement obtenu et <^ultivé pendant quelques années, lui donna des descendants setnblables au bU touselle du Midi. C'était le résultat du retour; ^ais Fabre, qui avait méconnu l'hybridation, crut à une transformation et se flatta d'avoir découvert le blé sauvage dans l'œgilops.

M. Godron comprit au contraire la nature du phénomène et ^ démontra expérimentalement. Il croisa l'œgilops et le blé et obtint la première plante de Requien, YœgUops triticoîdes de ï'abre. Il croisa de nouveau cet hybride avec le froment et reproduisit le prétendu blé artificiel du botaniste montpellerin. Il lui donna le nom d'œgilops speltœformis.

C'est cette dernière forme ayant, comme on voit, . de sang

de froment et -, de sang d'œgilops que M. Godron cultive à

îïancy depuis 4857. L'habile naturaliste qui l'a produite croit ne pas avoir eu chez lui de cas de retour comme il s'en était ïûontré à Montpellier et chez Fabre. Mais il déclare en ^^me temps que des soins minutieux et spéciaux peuvent seuls, ^nserver cette plante artificielle. Le terrain doit être préparé ^vec le plus grand soin et chaque grain disposé à la main dans ^ position voulue. Mises en terre sans soin ou jetées sur la j^uche, ces graines ne germent jamais. M. Godron estime que * ^Bgilops speltœformis disparaîtrait totalement, peut-être en une ^ole année, si on l'abandonnait à lui-même.

VII. — En résumé Tinfécondité comme cas général et dans les exceptions une fécondité très-restreinte ; des séries brusque- 1 , ment coupées soit par Tinfécondité, soit par la variation désordonnée, soit par le retour sans atavisme, tels sont les caractères de rhybridation.

Seul Tœgilops triticoïdes semble venir à rencontre de tous les* autres faits connus. Cette exception est sans doute bien remarquable. Elle n'enlève pourtant rien à ce que nos conclusions ont de général. Produit de Tindustrie humaine, cette plante hybride ne dure que grâce à la même industrie et ne saurait à aucun point de vue être assimilée à ces suites d'individus métis qui naissent et se propagent à chaque instant sans nous et malgré nous, au milieu de nos races animales ou végétales.

(c Mais, disent les écrivains qui nient la réalité de la distinction entre l'espèce et la race, ce que l'homme a fait la nature a bien pu le faire, car elle dispose de l'espace et du temps et par conséquent est plus puissante que l'homme. » Cette argumentation repose sur une confusion d'idées et un singulier oubli de faits bien vulgaires pourtant.

Oui certes, la nature est plus puissante que l'homme dans certains cas et pour certaines œuvres ; mais l'homme a aussi son domaine où il est de beaucoup supérieur à la nature. Les forces naturelles agissent en vertu de lois aveugles et nécessaires dont la résultante est constante. Or l'homme a conquis la connaissance de ces lois; il s'en est servi pour combattre et maîtriser les forces naturelles les unes parles autres; il sait aujourd'hui exagérer les unes, affaiblir les autres; il change ainsi leurs résultantes et par cela même il obtient des produits que la nature ne saurait réalisei*. Donnez à cette dernière tout le temps, tout l'espace que vous voudrez, tant qu'il y aura sur notre globe de l'eau et de l'air, elle ne pourra ni produire ni conserver le potassium, le sodium à l'état métallique; malgré les forces physico-chimiques, ou plutôt en les dirigeant, l'homme a obtenu et conserve ces deux métaux, comme il a obtenu et conserve l'aegilops triticoïdes que l'inflexilDilité des forces naturelles détruit, dès qu'on le livre à leur action.

VIII. — L'infécondité, ou si l'on veut la fécondité restreinte et très-rapidement bornée entre espèces, l'impossibilité pour les forces naturelles livrées à elles-mêmes de produire des séries d'êtres intermédiaires entre deux types spécifiques donnés, est un de ces faits généraux que nous appelons une loi. Ce fait a dans le monde organique une valeur égade à celle qu'on attribue 'avec raison à l'attraction dans le monde sidéral. C'est grâce à cette dernière que les corps célestes gardent leurs distances respectives et suivent leurs orbites dans l'ordre admirable qu'a révélé l'astronomie. La lot d'infécondité des espèces produit lô même résultat et maintient entre les espèces, entre les groupe* divers, chez les animaux et les plantes, tous ces rapports (fuit

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