‹ L'espèce humaineChapitre 32 sur 160 · HUMAINE · texte numérisé non relu

HUMAINE

I. — Nous savons ce que sont l'espèce et la race ; les phénomènes du métissage et de l'hybridation nous donnent un moyen expérimental de les distinguer. Maintenant nous pouvons répondre à la question qui a nécessité cette étude : existe-t-îl une ou plusieurs espèces d'hommes ? Les groupes humains sont-ils des races ou des espèces ?

A moins de prétendre que l'homme seul entre tous les êtres organisés échappe aux lois qui partout ailleurs commandent et régularisent les phénomènes de la reproduction, par conséquent à moins de faire de lui une exception unique précisément dans Tordre des faits qui rapprochent le plus intimement tous les autres êtres, il faut bien admettre que lui aussi obéit aux lois du croisement.

Donc, si les groupes humains représentent un nombre plus ou moins considérable d'espèces, nous devrons constater dans le croisement de ces espèces les phénomènes caractéristiques de Yhyhridation, Si ces groupes ne sont que les races d^une même espèce, nous devrons retrouver dans leur croisement les phénomènes du métissage.

II. — Eh bien, est-il nécessaire de rappeler ce que nous ont appris près de quatre siècles d'expérience et d'observation ? On peut le résumer en bien peu de mots.

Depuis que Colomb a ouvert l'ère des grandes découvertes géographiques, le Blanc, ce terme supérieur extrême de l'humanité, a pénétré à peu près sur tous les points du globe. Partout il a rencontré des groupes humains qui différaient considérablement de lui par leurs caractères de toute sorte ; partout il a mêlé son sang au leur ; partout sur son passage on a vu naître dog races métisses.

11 y a plus. Grâce à une institution détestable, mais dont les

résultats sont heureux pour l'anthropologie, Texpérience s'est complétée. Le Blanc a asservi le Nègre, il Ta transporté presque partout avec lui ; et, là où les races locales ont consenti à s'unir à la race esclave, elles ont engendré partout des métis de ce terme inférieur. En Amérique le zambo est né à côté du mulâtre et du mamabico.

Ce croisement a commencé il y a moins de quatre siècles, et déjà M. d'Omalius estimait, il y a quelques années, que les

métis comptent pour ^^ au moins, dans la population totale du

globe, et l'illustre vieillard avait soin de dire qu'il ne s'agH ici que des métis de races extrêmes.

Dans l'Amérique méridionale, où les Blancs, les Noirs et les indigènes sont en contact depuis longtemps et se sont plus rapprochés, il est des États entiers où les métis sont en majorité, et où il est surtout difficile de trouver un indigène de race pure.

A-t-il fallu user de subterfuges et de précaution pour amener ces unions et assurer la fécondité des produits ? Bien au contraire. La tyrannie des Blancs, les méfaits de l'esclavage, prouvent au delà de toute exigence, que la fécondité ne dépend ici nullement des circonstances, mais uniquement des liens physiologiques existant entre tous les hommes depuis le dernier des Nègres jusqu'au premier des Blancs.

Est-ce avec cette facilité, cette sûreté, que Ton obtient les chabins et les léporides ?

S'il fallait une preuve de plus pour attester la facilité avec laquelle les groupes humains se mêlent et se confondent, je la trouverais dans un de ces témoignages dont on ne saurait contester la valeur, parce qu'ils attestent le résultat d'une expérience journalière. En 1861,1a législature californienne a déclaré déchu de ses droits et soumis à toutes les incapacités constitutionnelles imposées aux hommes de couleur, tout individu blanc convaincu d'avoir logé, cohabité ou vécu maritalement avec un individu nègre, mulâtre, chinois ou indien. La presse locale a proclamé bien haut, que cette mesure avait pour but de prévenir la fusion, l'amalgamation des races.

La législature californienne s'est conduite ici, comme le propriétaire d'un troupeau de race pure qu'il veut soustraire à tout mélange. Elle se montre même plus sévère, puisqu'elle rejette hors de la société légale, non-seulement les produits du croisement, mais encore le père et la mère de race blanche, qui ont failli.

Est-ce d'espèce à espèce, que nos éleveurs d'animaux sont obligés de prendre de semblables précautions? n'est-ce pas uniquement de race à race?

Loin d'être stériles, les unions entre les groupes humains les plus distincts en apparence, sont parfois plus fécondes qu'entre individus pris dans le môme groupe. « Les Hottentotes, nous dit Le Vaillant, obtiennent de leurs maris, trois ou quatre enfants.

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