‹ L'espèce humaineChapitre 45 sur 160 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

CANTONNBKBMT PRIMITIF DB L^BSPÂGB HUM AINB

CaïAPITRE XIV

mÉORiE d'agassiz ; — centres de création.

I. — A l'exception des Terres Australes, à peine entrevues, à Texception de quelques îlots et de quelques déserts dont nous n'avons pas à tenir compte, toutes les régions abordées depuis que s'est ouverte l'ère des découvertes modernes, se sont montrées plus ou moins peuplées. En parcourant le globe dont iJ prenait possession, rhomme européen a rencontré l'homme partout, et la paléontologie quaternaire vient de nous le montrer sur les rivages les plus éloignés des deux continents.

Ces populations si diverses sont-elles toutes filles du sol qu'elles habitent ? l'homme a-t-il pris naissance là où nous le montre l'histoire, là où les voyageurs l'ont rencontré ? ou bien, parti d'un certain nombre de points ou d'un seul, a-t-il envahi peu à peu la surface du globe ? En d'autres termes, l'homme aujourdliai cosmopolite, a-tnil été primitivement plus ou moins cantonné. Ces questions ont été tout à tour résolues dans les sens divers qu'elles comportent. Malheureusement ces solutions ont été trop souvent influencées par des considérations absolument étrangères à la science. On s'est cru obligé d'adopter soit l'une soit rautre, au nom du dogme ou de la philosopiiie ; on a confondu cette question avec celle du monogénisme et du polygénisme, sans s'apercevoir que, sur ce point spécial, les deux doctrines doivent conduire au même résultat quiconque reste fidèle aux données de la science. On sait que celle-ci est notre seule guide ; voyons donc ce qu'elle nous apprend à ce sujet.

II. — La doctnne qui admet la multiplicité des origines géographiques de l'homme, a été plus souvent affirmée que sou-

tenue par des arguments plus ou moins sérieux. Âgassiz est le seul naturaliste qui Tait développée et précisée, en Tappuyant sur des données générales. Il est donc nécessaire d*exammer d'abord ces données. Un exposé même très-succinct fera comprendre comment j'ai le regret de combattre ici un des hommes dont j'ai de tout temps estimé le plus le savoir et le caractère. Il y a de singuliers rapports et des contrastes non moins frap-

Eants entre Agassiz et les disciples les plus exagérés de Darwin, 'illustre auteur de V Essai sur la classification est aussi exclusivement morphologiste que ceux-ci ; pas plus pour lui que pour eux, la notion de filiation ne fait partie de l'idée d'espèce; comme eux, il déclare que les questions de croisement, de fécondité continue ou restreinte n'ont au fond aucun intérêt. Il est permis d'attribuer ces opinions, si étranges chez un zoologiste aussi éminent qu 'Agassiz, à la nature de ses premiers travaux. On sait qu'il débuta par ses célèbres recherches sur les poissons fossUes. Or, nous avons dit plus haut quelle influence exerce presque inévitablement l'étude des fossiles, chez lesquels on n a à apprécier que des formes, où rien n'appelle l'attention sur l'enchaînement généalogique des êtres, où l'on ne rencontre jamais de père, de mère et d'enfants.

Mais tandis que les darwinistes admettent l'instabilité perpétuelle des formes spécifiques et leur transmutation, l'illustre professeur de Cambridge croit à leur immutabilité absolue. Sur ce point fondamental, il est l'antipode de Darwin. Dès 1840, tout en proclamant l'unité de l'espèce humaine, il admet que la diversité qu'elle présente tient à des différences physiques priwir tives. Ce n'est là au fond qu'un polygénisme mitigé; et, comme toute doctrine polygéniste, celle-ci devait entraîner son auteur à mettre l'homme en contradiction avec les lois générales. En 1845, Agassiz acceptait lui-même cette conséquence, dans un mémoire sur la distribution géographique des animaux et des hommes. H attribuait aux mêmes causes la diversité des uns et des autres. <( Mais, ajoutait-il, tandis que dans chaque province zoologique les animaux sont d'espèces différentes^ l'homme, malgré la diversité de ses races ^ forme toujours une seule et même espèce. » L'année suivante il déclarait croire à « un nombre indéfini de races d'hommes primordiales et créées séparément ».

Agassiz a réuni et développé toutes ses idées dans un mémoire inséré en tête du grand ouvrage polygéniste mtitulé Types of mankind. On voit que Nott et uliddon, les auteurs de ce livre, ne se sont nullement mépris sur la signification réelle d'une doctrine qui proclame l'unité spécifique de l'homme, tout en admettant que les races humaines ont été créées isolément avec tous les caractères qui les distinguent. Nous ne nous v tromperons pas davantage et nous verrons en Agassiz un véritable polygéniste.

A ce titre j'aurais à faire aux idées de Téminent naturaliste toutes k« objections que Ton a déjà vues. Mais de plus, l'associft»

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