‹ L'espèce humaineChapitre 46 sur 160 · THÉORIE D*A6ASSIZ · texte numérisé non relu

THÉORIE D*A6ASSIZ

K*| tion singulière qu^ a tenté d'établir entre Vuntté d* espèce et la caracténscUton primordiale des races, Ta conduit à des contradîci^J tions et à des conséquences qui lui sont propres et qu'il n'est guère possible de passer sous silence.

Pas plus que la plupart des polygénistes, Agassiz ne dit nulle part ce qu'il entend par le mot race. Il s'en sert néanmoins à chaque instant et, par exemple, il déclare être prêt à montrer que « les différences existant entre les races humaines sont de même nature que celles qui séparent les familles, genres et espèces de singes ou autres animaux... » a Le chimpanzé et le gorille, ajoute-t-il, ne diffèrent pas plus l'un de l'autre que le Mandingue da Nègre de Guinée ; l'un et l'autre ne diffèrent pas plus de l'orang que le Malais ou le Blanc ne diffèrent du Nègre. »

La conséouence logique d'un langage aussi affîrmatif n'est-elle pas que les hommes forment une famille zoologique comprenant plusieurs genres et plusieurs espèces, tout aussi bien que la famille des singes antiiropomorphes?Ëh bien, non. Agassiz consacre un alinéa à déclarer que cette appréciation si nette s'accorde parfaitement avec l'idée de l'unité et ne met nullement en question la fraternité humaine. Dans un de ses premiers mé* moires sur les questions de cette nature, il avait déclaré que Vhomme est un être exceptionnel, et l'on voit jusqu'où il poussait cette conséquence forcée de ses conceptions.

Dans une lettre adressée aux mêmes auteurs et imprimée dans les Indigenous races af the Earth, Agassiz revient sur le même sujet. Ici il insiste sur des considérations indiquées seulement dans son premier travail et que l'on est vraiment surpris de trouver sous sa plume. Pour démontrer que les mêmes causes locales ont agi sur l'homme et les animaux, il invoque la ressemblance de couleur existant selon lui entre le teint du Malais et le pelage de l'orang ; il compare au même point de vue les Négrittos et les Télingas aux gibbons.

S'il était possible de prendre au sérieux ce rapprochement entre la peau d'un groupe humain et le pelage d'un animal, on ne manquerait pas d'arguments à opposer à l'auteur. Je me borne à rappeler que les gibbons noirs habitent Sumatra, précisément une de ces îles où vivent les hommes regardés par Agassiz comme étant de couleur d'orang.

Entraîné par l'ardeur de la polémique contre les savants qui admettent pour l'homme l'unité d'origine géographique, Agassiz va bien plus loin encore. Il regarde les divers langages comme étant d'origine première aussi bien que tous les autres caractères. Les hommes, affirme-t-il, ont été créés par nations, qui toutes ont paru sur le globe avec leur langue propre. Il assimile ces langues aux voix des animaux; il raille les linguistes d'avoir cru trouver de l'une à l'autre une filiation quelconque. Pour lui, d'une langue humaine à une autre, il n'y a pas plus de rapport qu'entre le grondement des diverses espèces d'ours, le miaulement des chats des deux continents, le cancanage des canards,

le chant des grives, qui toutes « lancent leurs notes harmonieuses et gaies, chacune dans son dialecte, qui n'est ni Théritier ni le dérivé d'un autre. »

A coup sûr, les linguistes n'accepteront pas l'arrêt porté par Agassiz. Mais je dois aussi protester contre l'assimilation admise par cet illustre confrère. Si j'attribue un langage aux animaux, je n'oublie pas combien il est rudimen taire; je me souviens que jamais un animal n'a appris la langue d'un autre. Je sais trop la distance qu'il y a des interjections animales^ à la parole artiméej et je comprends autant que personne, que pour manier ua pareil instrument, pour en tirer de véritables langues, il fallait avant tout l'intelligence supérieure de l'homme. I

Arrivé à ce point, Agassiz a dû sentir lui-même qu'il s'était fourvoyé et, qu'en essayant de fondre la notion d'une espèce humaine unique avec celle de plusieurs races d'origine distincte, il aboutissait à une impasse. Son dernier ouvrage ne porte que trop la trace de cet embarras. C'est probablement pour en sortir que l'auteur a fini par nier l'existence même de 1 espèce. Après avoir repoussé une fois de plus le critérium tiré du croisement et des degrés de fécondité, il ajoute : « Avec lui disparaît à soo tour la prétendue réalité de l'espèce opposée au mode d'existence des genres, des familles, des ordres, des classes, des embranchements. Ce qui en effet possède la réaUté de l'existence, ce sont les individus. »

Ainsi, pour s'en être tenus à la morphologie, pour avoir méconnu le côté physiologique de la question, pour s'être laissés guider par la logique, alors qu'ils ne prenaient pour point de départ que des données incomplètes, Agassiz et Darwin arrivent à un résultai analogue. Tous les deux méconnaissent ce grand fait, compris par le bon sens vulgaire, démontré par la science et qui domine tout en zoologie comme en botanique, savoir : la division des êtres organisés en groupes élémentaires, fondamentaux, qui se propagent dans respace et dans le temps. Mais Darwin, partant des phénomènes de variations que présentent ces êtres, ne voit que des races dans les espèces. Agassiz, uniquement préoccupé des phénomènes de fixité, arrive à ne voir qae <ies individus dans la nature vivante. Tous les deux oublient, que notre grand Buffon était allé successivement à ces deux extrêmes pour en revenir à la doctrine qui comprend et explique l'ensemble des faits, et qui se résume en ces mots : distinction de larac^ et de l'espèce, /

in. — En dépit de ces affirmations dogmatiques et lorsqu'il envient à une application quelconque, Agasm comme Lamarck autrefois, comme Darwin de nos jours, est bien obligé d*employei le mot espèce dans le sens que tant d'autres lui donnent. Dans k mémoire dont je m'occupe, il est à chaque instant question de^ espèces animales et végétales. Leur distribution géographi^^ sert de base à la théorie des origines humaines. L'auteur adi&e^ qu'elles n'ont pu prendre naissance sur un seul et même f(^

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