‹ L'espèce humaineChapitre 52 sur 160 · CANTONNEMENT PRIMITIF DB L'HOMME · texte numérisé non relu

CANTONNEMENT PRIMITIF DB L'HOMME

La race jaune pure ou mélangée par places d'éléments blancs parait occuper seule Taire dont il s'agit; elle en peuple le pourtour au nord, à Test, au sud-est et à Touest. Au sud. elle se mélaDge davantage, mais elle n'en forme pas moins un élément important de la population.

La race blanche, par ses représentants allophyles^ semble «Toir disputé l'aire centrale elle-même à la race jaune. Dans b passé nous trouvons les Yu-Tchi, les Ou-soun au nord du HoaDg-Ho; de nos jours dans le petit Thibet, dans le Tbibet oriental, on a signalé des îlots de populations blanches. Les Kao-Tsé occupent les régions montagneuses de la Chine ; les Siapath résistent à toutes les attaques dans les gorges du Bolor. Sur les confins de Taire nous rencontrons à Test les Aïnos et les Japonais des hautes castes, les Tinguianes des Philippines ; au ndles Hindous. Au sud-ouest et à Touest Télément Diane, pur oa mélangé, domine entièrement.

Ancane autre région sur le globe ne présente une semblable léimion des types humains extrêmes distribués autour d'un t^tte commun. A lui seul, ce fait pourrait inspirer au naturaliste la conjecture que j'ai exprimée plus haut; mais on peut invoquer d'autres considérations.

Une des plus sérieuses se tire de la linguistique. Les trois . iinrmes fondamentales du langage humain se retrouvent dans les I mêmes contrées et dans des rapports analogues. Au centre et [ «Q sad-est de notre aire, les langues monosyllabiques sont repré- [ aentées par le chinois, le cochinchinois, le siamois, le thibétain. Comme langues agglutinatives, nous trouvons du nord-est au nord-ouest le groupe des ougro-japonaises, au sud celui des dra- Tidiennes et des malaises, à Touest les langues turques. Enfin le ttnscrit avec ses dérivés, et les langues iraniennes représentent ta sud et au sud-ouest les langues à flexion.

C'est aux types Unguistiques accumulés autour du massif central de l'Asie que se rattachent tous les langages humains ; soit par le vocabulaire soit par la grammaire, quelques-unes de tes langues asiatiques touchent de très-près à des langages parlés Amsdes régions fort éloignées, ou séparées de Taire dont il s'agit

BUT des langues fort différentes. On sait que divers linguistes, . Maury entre autres, rattachent intimement les langues dravi* &nnesauxidiomesdel'AuâtraUe,etqueM. Pictet a retrouvé une bole de mots aryans dans nos plus vieilles langues européennes.

Enfin c'est encore d'Asie (pie nous sont venus nos animaux domestiques les plus anciennement soumis. Isidore Geoffroy s'accorde entièrement sur ce point avec Bureau de la Malle.

Ainsi, à ne tenir compte que de Tépoque actuelle, tout nous ttmène à ce plateau central ou mieux à cette grande enceinte. Là, est-on tenté de se dire, ont apparu et se sont multipliés les

Ksmiers hommes, jusqu'au moment où les populations ont dérdé comme d'une coupe trop pleine et se sont épanchées en flots humains dans toutes les directions.

IX. — Mais les études paléontologîques ont conduit assez récemment à des résultats qui peuvent modifier ces premières conclusions. MM. Heer et de Saporta nous ont appris qu'à Tépoque tertiaire la Sibérie et le Spitzberg étaient couverts de plantes attestant un climat tempéré. A la même époque, nous disent MM. Mùrchisson, Keyserlink, de Verneuil, d'Archiac les bamlands de nos jours nourrissaient de grands hervibores, le renne, le mammout, le rhinocéros à narines cloisonnées. Tous ces animaux se montrent chez nous au début de l'époque quaternaire. Ils me semblent ne pas être arrivés seuls.

J'ai dit plus haut que les trouvailles de M. l'abbé Bourgeoisdémontrent à mes yeux l'existence en France de Vhomme tertiain. Mais tout semble annoncer qu'il ne comptait encore chez nous que de rares représentants. Les populations quaternaires au contraire étaient, au moins par places, aussi nombreuses que le permet la vie de chasseur. N'est-il pas permis de penser que, pendant l'époque tertiaire, l'homme vivait dans l'Asie boréale à côté des espèces que je viens de nommer et qu'il les chassait pour s'en nourrir, comme il les a plus tard chassées en France? Le refroidissement força les animaux à émigrer vers le sud; l'homme dut les suivre pour chercher un climat plus doux el pour ne pas perdre de vue son gibier habituel. Leur arrivée simultanée dans nos climats, l'apparente multiplication subite de l'homme s'expliqueraient ainsi aisément.

On pourrait donc reporter bien au nord de l'enceinte dont je parlais tout à l'heure et au moins jusqu'en Sibérie le centre d'apparition humain. Peut-être l'archéologie préhistorique et la paléontologie confirmeront-elles ou infirmeront-elles un jour cette conjecture.

Quoi qu'il en soit, aucun des faits recueillis jusqu'à ce jour n'autorise à placer ailleurs qu'en Asie le berceau de l'espèce humaine. Aucun non plus ne conduit à chercher notre patrie originelle dans les régions chaudes soit des continents actuels soit d'un continent disparu. Cette pensée, bien souvent exprimée, repose uniquement sur la croyance que le climat du globe au moment de l'apparition de l'homme, était ce qu'il est aujourd'hui. La science moderne nous a appris que c'est là une erreur. Dès lors lîen ne s'oppose à ce que nos premiers ancêtres aient trouvé des conditions d'existence favorables jusque dans le nord de l'Asie, où nous ramènent tant de faits empruntés à rhistoire de l'homme, à celle des animaux et des plantes.

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