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RAGE DE GRO-MAGNON

Sous tous les autres rapports, la tête de Gro-Magnon et celle de Ganstadt sont des plus dissemblables. Au lieu d*un front bas et fuyant placé au-dessus de ces crêtes surcillères qui ont fait penser au singe, au lieu d'une voûte surbaissée comme dans le crâne de Néanderthal et ses congénères, on trouve ici un front large s*élevant au-dessus de sinus frontaux assez peu accusés et une voûte présentant les plus belles proportions. Le frontal est remarquablement développé d'avant en arrière. La courbe fronto- occipitale se continue avec une régularité frappante jusque un peu au-dessus du lambda. Là, elle s'infléchit pour former un méplat qui se prolonge sur la partie cérébrale de l'occipital. La région cérébelleuse du même os se porte brusquement en-dessous et présente de nombreuses et robustes empreintes d'insertions musculaires.

Ce crâne remarquable par ses belles proportions l'est encore par sa capacité. Selon M. Broca, qui n'a pu d'ailleurs opérer qu'avec des précautions propres à diminuer le chifl're, il jauge au moins 1590 centimètres cubes. J'ai déjà dit que ce nombre est très-supérieur à celui de la moyenne chez les Parisiens modernes ; il l'est également à celle des autres races européennes actuelles.

Ainsi, chez ce sauvage des temps quaternaires, qui a lutté contre le mammout avec ses armes de pierre, nous trouvons réunis tous les caractères cràniologiques généralement regardés comme les signes d'un grand développement intellectuel.

Les traits de la face ne sont pas moins frappants que ceux du crâne. Dans les têtes que M. Pruner Bey appelle harmoniques y au crâne allongé d'arrière en avant correspond une face allongée de haut en bas. Lorsqu'il y a désaccord entre ces proportions la tête est dysharmonique. Ce dernier caractère est remarquablement marqué chez le vieillard de Gro-Magnon. Le diamètre transversal bizygomatique atteint une étendue rare même chez ks brachycéphales harmoniques. Chez lui l'indice facial descend à 63.

Cette exagération en largeur se retrouve dans tout le haut et les parties moyennes de la face. Les orbites, à bords presque reclilignes, sont remarquablement peu élevés et en revanche très-allongés. Aussi l'inaice orbitaire descend-il ici au chiffre le plus bas qu'ait rencontré M. Broca : il n'est que de 61.

Sfais cette tendance à l'élargissement n'atteint ni la région médiane, ni la portion inférieure de la face. Le nez, dont les os sont hardiment projetés en avant et font une forte saillie, est étroit; par son indice, 45,09, il place le vieillard de Cro- Magnon parmi les lepthorhiniens de M. Broca. La mâchoire supérieure est également rétrécie relativement à la face qu'elle termine, et le bord alvéolaire est projeté en avant de manière à produire un prognathisme très-accentué. La mâchoire inférieure est remarquable surtout par la largeur de sa branche montante qui, d'après les recherches de M. Broca, dépasse sur

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ce point toutes les autres mâchoires humaines connues. Cette largeur est de 49 millimètres. Loin d'être effacé et fuyant comme dans la race de Ganstadt,le menton, légèrement triangulaire, est avancé.

Les caractères céphaliques du vieillard de Cro-Magnon se retrouvent plus ou moins prononcés chez tous les hpmmes de la même race. Ils s'atténuent en général chez les femmes. Ainsi même chez celle dont la tète, malheureusement incomplète, a été recueillie non loin de celle du vieillard, on voit le crâne conserver ses belles lignes et même le front s'élever encore quelque peu. Mais le méplat postérieur est moins accusé, la dysharmonie est moins forte entre le crâne et la face. Celle-ci est relativement plus allongée, les orbites sont plus hauts, le nez est plus large, le prognathisme s'est atténué. On ne saurait néanmoins méconnaître la parenté ethnique de ces deux têtes, trouvées d'ailleurs ensemble et qui fournissent ainsi pour les deux sexes des termes de comparaison certains.

La race de Cro-Magnon était grande. La moyenne déduite des mesures prises par M. Hamy sur un squelette et les os isolés de cÛKj hommes est de 1™,78. Le vieillard de Cro-Magnon avait environ 1™,82 et l'homme de Menton, dont M. Rivière a recueilli le squelette entier et en place, atteignait l™,8o. La femme de Cro-Magnon mesurait ï^^fiQ, Ces os et tous ceux que l'on a pu en rapprocher indiquent en outre une race remarquablement robuste. Ils sont épais et solides. Chez tous les empreintes musculaires sont des plus accusées. Chez le grand vieillard, les fémurs sont à la fois les plus larges et les plus épais qu'ait mesurés M. Broca, comme nous l'avons déjà dit. La ligne âpre en est également d'une largeur, d'une épaisseur insolite et forme une sorte de colonne ou de contre-fort saillant.

En somme, chez les hommes de Cro-Magnon, un front bieB ouvert, un grand nez étroit et recourbé, devaient compenser ce que la figure pouvait emprunter d'étrange à des yeux probablement petits, à des masseters très-forts, à des contours un peu en losange. A ces traits, dont le type n'a rien de désagréable et

Eermet une véritable beauté, cette magnifique race joignait une aute stature, des muscles puissants, une constitution athlé' tique. Elle semble avoir été faite à tous égards pour lutter contre les difficultés et les périls de la vie sauvage.

II. — Nous avons déjà vu que la race de Cro-Magnon se montre immédiatement au-dessus de celle de Canstadt dans les alluvions de Grenelle. Elle est donc aussi fort ancienne, et a connu les grands mammifères aujourd'hui éteints ou émigrés. Plus sociable, plus sédentaire sans doute que la précédente, elle habitait des cavernes où elle a laissé de nombreux spécimens de son industrie ; elle ensevelissait ses morts sous des abris où on les a retrouvés. Une foule de chercheurs éminents ont exploité cc^ carrières scientifiques. Je ne puis les énumérer tous ici ; mais il est un nom que l'on ne me pardonnerait pas d'omettre, celui

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